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189. (1603) La première atteinte contre ceux qui accusent les comédies « LA PREMIÈRE ATTEINTE CONTRE CEUX QUI ACCUSENT LES COMÉDIES » pp. 1-24

Non, je ne dois point rechercher loin de nous les ombres et les sépulcres, puisque nous en avons aujourd’hui dans notre France, en l’œil des cités, en la plus auguste ville de l’Europe, le corps, la lumière, et la vie de tous les plus rares et dignes Comiques du monde, en ceste troupe de Parnasse, nourrissons des Muses, Aigles de Jupiter, vrais enfants d’Apollon, race divine, interprètes des Dieux, qui ont gratifié Paris de leur présence : quelles louanges vous peut-on donner ?

190. (1666) La famille sainte « DES DIVERTISSEMENTS » pp. 409-504

Il n’est rien de vilain dans les Métamorphoses, qui ne fournit la matière à une action publique : Aujourd’hui le plus grand de leurs Dieux se changeait en une pluie d’or pour avoir entrée dans la chambre de Danaé. […] Les incestes qui font rougir la nature, n’étaient comptés que pour des divertissements, que les Dieux et les Déesses prenaient tous les jours : Cette grande Ville, qui était la Capitale du monde, était sur le penchant du précipice, si les Censeurs n’en eussent fait leurs plaintes, et n’eussent tâché d’arrêter le cours d’un si honteux débordement. […] Quel plus puissant attrait y pouvait-il avoir pour tirer un homme à la débauche, que de voir que les dieux faisaient gloire de leurs impuretés ? […] Les faux Dieux ne paraissent plus sur nos théâtres, que comme des fantômes : Comme ils n’ont plus de crédit parmi les hommes, leur vie débordée ne peut servir d’excuse à qui fait mal ; mais la Comédie n’est pas pourtant sans danger, elle n’est pas si pure que les bonnes mœurs n’en soient choquées ; on lui souffre quelquefois des farces qui feraient rougir des Païens, il s’y dit des mots que si l’Enfer pouvait parler, il n’en dirait pas de plus mauvais. […] NDE Figure d'homme ou de femme dont la partie inférieure se termine en gaîne, comme celle du dieu romain Terminus qui servait de borne.

191. (1776) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-neuvieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-neuvieme. — Chapitre VIII. Du Clergé comédien. » pp. 176-212

Vous y verrez des murailles couvertes de peintures de tous les Dieux du Paganisme, Venus, Adonis, l’Amour, ne sont-ils pas de toutes les pieces, mulieres plangentes Adonidem . […] Les murailles sont toutes chargées des images des Dieux des nations, elles font toute la décoration du Théatre, universa Idola descripta in pariete in circuitu per totum .

192. (1770) La Mimographe, ou Idées d’une honnête-femme pour la réformation du théâtre national « La Mimographe, ou Le Théâtre réformé. — [Première partie.] — Huitième Lettre. De la même. » pp. 100-232

Les Drames de la seconde & de la troisième espèces sont à l’étroit sur nos petits Théâtres : il leur faudrait des Palais dignes de la majesté des Dieux & de la grandeur des Rois ; des Théâtres en un mot, (presque*) comme ceux de la Grèce & de Rome. […] La Scène change souvent dans un Opéra : tantôt elle présente des Jardins, des Campagnes délicieuses, de sombres Forêts : il faut que l’agréable y soit plus riant qu’aux autres Spectacles, le sérieux plus foncé, que les Deserts y soient effrayans ; les Temples & les Palais d’une magnificence digne des Dieux ou des Fées : la Scène y doit être vaste, & libre à cause des Danses ; mais qui empêcherait qu’on ne plaçât plus agréablement & plus naturellement les Chœurs ? […] Des Etres fantastiques, tels que les Dieux & les Magiciens, peuvent causer de l’étonnement, exciter l’admiration ou la terreur ; mais jamais ils n’intéresseront : j’imagine, que par cette raison même, la Fable & les Romans merveilleux sont plus propres que l’Histoire à fournir les sujets des Opéras : outre qu’un Poème où de véritables Héros agiraient, est trop fort de choses, il est contre l’idéalité que Cyrus, Artaxerxe, Alexandre agissent, parlent & meurent en chantant : au lieu que n’ayant que des idées extraordinaires des personnages imaginaires, nous leur supposerons plus facilement une manière de s’exprimer tout-à-fait différente de la nôtre : en outre, le Poème n’ayant par lui-même que très-peu d’intérêt relatif, il sera tel qu’il doit, être, pour que le Musicien ait sa tâche tout entière, & ne soit pas réduit à la nécessité de briller tour-à-tour avec le Poète : la Musique chez nous donnera seule le pathétique, & même l’intérêt ; c’est-à dire, que ces affections ne seront que dans la manière de s’exprimer, prêtée par le Musicien à des Etres indifférens par eux-mêmes à l’humaine nature : par ce moyen chaque langage aura sa partie distincte ; le Poète, la pensée, les situations, le tissu de l’action ; le Musicien, le mouvement & l’expression. […] Une Nation doit quelque chose à sa gloire ; elle peut & doit montrer son opulence & son goût : l’Opéra est un vaste champ pour la magnificence & pour les talens : on peut ne rien épargner, à ce genre de Spectacle : les efforts des hommes seront toujours assez au-dessous du pouvoir des dieux qu’on y représente. […] Laissons à l’Opéra tout ce qui précède les beaux jours de la Grèce & de Rome, les Dieux, les Demi-dieux, les Fées, & la Chevalerie ; admettons sur le Théâtre par excellence, les Lycurgue, les Solon, les Charondas, les Socrate, les Aristide, les Camille, les Cincinnatus, les Cesar & les Sertorius : pourquoi même n’oserions-nous pas choisir des sujets récens, & célébrer des familles encore existantes ?

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