Des périls auxquels on s’expose en allant au bal. […] Ces principes étant ainsi établis, considérons le mélange qui se fait dans le bal des hommes avec les femmes. […] Il est donc évident que ceux-là pèchent grièvement qui vont aujourd’hui au bal, et qui fréquentent la danse, à cause des dangers qui en sont inséparables, et auxquels ils s’exposent : car quand il pourrait se rencontrer quelque bal où l’on n’appellerait que les seuls parents, ou les seuls amis ; néanmoins il est vrai de dire absolument qu’il n’y peut avoir aujourd’hui aucune assemblée pour la danse où il n’y ait du danger, à cause de la corruption du siècle et des mauvaises coutumes qui s’y sont introduites, ne se tenant plus aucun bal où la jeunesse ne se rende, et où elle n’entre de gré ou de force ; et cet usage a si fort prévalu, que si on fait quelque assemblée pour la danse où on veuille faire ce choix des personnes honnêtes, parentes ou amies, et fermer la porte aux étrangères, on heurte insolemment, et on fait mille outrages et mille affronts au maître de la maison. […] Mais ceux qui vont au bal et qui fréquentent la danse, ne sont pas les seuls coupables ; les hautbois, les violons, les joueurs de tambour, et toutes les autres personnes qui servent à cet exercice, pèchent aussi grièvement, parce qu’elles contribuent au mal que les autres font ; et leur métier est illicite à l’égard des bals et des danses, parce qu’il est employé pour des actions qui sont toujours accompagnées du péché. […] Quel jugement porterons-nous encore de ceux qui ne font le bal, et n’assemblent du monde que dans ces intentions, soit qu’ils se regardent eux-mêmes, soit qu’ils veuillent par ce moyen satisfaire aux inclinations de quelque personne qu’ils considèrent, ou qu’ils aiment ?
Du Bal. […] Car si dans le Balet, la Dance haute, la legereté & la force, ont quelque effet particulier ; dans le Bal, la majesté & la bonne grace ne s’y font pas moins remarquer. […] Ainsi le Bal merite bien quelque sorte de soins, & qu’un galant homme s’aplique à se bien tirer d’un pas si dangereux. […] Il est deux choses principalles pour reussir au Bal, la propreté ou l’agencemẽt, & la belle Dance. […] Les Dances nouvelles font la gloire & l’honneur des Bals, un surcroit de la mode, & une augmentation de beautez des Assemblée.
Où l’on examine si le Bal public proposé par M. […] S’il voyait par exemple un Seigneur Commis présider à votre Bal, quel abus, dirait-il, fait-on donc ici de la Magistrature ? […] Elle ne peut assister dans un Bal que pour y contraindre le plaisir, ou pour y participer. […] O le beau Bal, ô le beau Bal ! […] , p. 109-111) pour l’appliquer au bal.
Je viens maintenant à la question des bals. […] Quant au concile de Trente, si des auteurs ont écrit qu’on avait donné un bal à Philippe II, que ce bal fut ouvert par le cardinal Hercule de Mantoue et que les pères y dansèrent avec décence et gravité, c’est qu’ils avaient à ce sujet d’assez bons renseignemens. […] N’avez-vous pas lu dans Cahusac et Noverre que Socrate dansait aux bals de cérémonie d’Athènes, et que Platon mérita le blâme des philosophes pour avoir refusé de danser à un bal que donnait un roi de Syracuse ? […] Enfin, vous trouvez moins de péril au bal masqué où j’ai dit qu’une mère ne conduisait point sa fille, et vous préférez les loges fermées au bal ordinaire. […] N’est-ce pas vous qui m’obligez de convaincre les plus incrédules qu’on ne péche pas en allant au bal et au spectacle ?