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32. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Causes de la décadence du goût sur le théâtre. — Chapitre VI. De la Poésie de style. Si elle fait seule la destinée des Poëmes. » pp. 94-121

Une dignité nouvellement acquise remplit toute l’ame d’un ambitieux encore dans la poussiere. […] C’est que les défauts qui s’y remarquent sont oubliés, dès que l’ame s’est ouverte à la chaleur du sentiment, au pathétique des passions. […] Le style n’est autre chose que l’assemblage de plusieurs signes, dont on est convenu de se servir, pour exprimer les affections de l’ame. […] Le Poëte avec l’expression, n’imite que des idées représentatives des mouvemens de l’ame.

33. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 7 « Réflexions sur le théâtre, vol 7 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SEPTIÈME. — CHAPITRE VII. Sentimens des Prédicateurs. » pp. 168-180

Dans le monde les passions sont séparées ; le théatre les rassemble, les combine, les diversifie toutes à la fois, pour mieux séduire ; objets, modes, vanités, erreurs, tout agit ; c’est un enchantement qui énerve, possede, corrompt toute l’ame. […] Oui, il y a péché de vous exposer sans nécessité au danger de perdre la grace ; péché d’autoriser par votre présence des assemblées où toute la morale de l’Evangile est renversée ; péché dans la complaisance que vous y prenez, quand vous seriez exempt de passion ; péché dans les suites inévitables, pensées criminelles, désirs honteux, rendez-vous infames, mysteres d’iniquité ; péché dans la perte du temps, on n’en trouve point pour des exercices de piété, & on passe les heures entieres à des amusemens frivoles ; péché dans le mauvais usage de l’argent qu’on y dépense ; péché dans l’état où ils mettent notre ame, dissipation d’esprit, éloignement des choses de Dieu, froideur pour la priere, amour du monde, &c. […] Pour les livres qui traitent des mystères sublimes de la contemplation & de la vie intérieure, toléreroient-ils des divertissemens criminels, eux qui pour faire mourir l’homme à lui-même, interdisent les plaisirs innocens, & font de la croix le bonheur & les délices de l’ame fidèle ? […] Qui aime son ame, la perdra ; qui la perd pour moi, la trouvera.

34. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quinzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littéraires, sur le théatre. — Chapitre V. Du Faste. » pp. 154-183

Il est permis de chercher le bien, donc il est permis de chercher le beau (la beauté) ; donc il est permis, louable d’en user, comme si la beauté du corps qui excite la passion, étoit la même chose que le bien de l’ame qui la réprime & évite le danger. […] 3.° La beauté du corps doit être conservée & augmentée comme les beautés de l’ame. Un Chrétien, un Sage ne donnera jamais le même prix à deux Êtres si différens ; faut-il même cultiver la beauté de l’ame par l’hypocrisie ? […] 4.° La beauté du corps est la marque de la beauté de l’ame & de sa bonté. […] Ce passage traduit mot à mot est inintelligible : qu’est-ce que recevoir un visage contre son visage, & le mensonge contre son ame ?

35. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Seconde partie « Causes de la décadence du goût sur le théatre. — Chapitre XIX. Des Talens mal-à-propos attribués aux Comédiens. » pp. 45-62

L es partisans du Comédien, pour lui accorder une considération qui ne lui est pas dûe, se fondent sur l’esprit de discussion & d’analyse qu’ils prétendent lui être nécessaires ; sur l’intelligence qui doit lui découvrir tous les rapports de son rôle, ceux des autres rôles avec celui-là, & ceux de tous ces rôles avec l’objet principal du Poëme ; sur les finesses de son art, sur les coups de théatre que le Comédien tir de son propre fond, sur la grandeur d’ame, & les entrailles essentielles à l’Acteur tragique ; sur la déclamation & les bienséances scrupuleuses qu’ils ont seuls introduites au Théatre, & sur la profonde connoissance qu’ils en ont. […] Il nous reste à examiner si les entrailles, & la grandeur d’ame sont en effet indispensables au Comédien. […] Remond de Sainte-Albine, ne se fait jamais mieux remarquer, qu’en paroissant avoir emprunté le génie de l’Auteur, auquel elle prête sa voix, & l’ame de l’héroine (ou du héros) qu’elle représente.

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