Si le péché est connu, il doit en priver devant les hommes ; Dieu l’a expressément ordonné : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens. » Le pécheur en est indigne, et ce serait un scandale de voir ainsi profaner les sacrements. […] Il est vrai que ses effets sont plus étendus ; elle prive de l’entrée à l’Eglise de l’assistance à la messe, des suffrages des fidèles, du commerce civil, etc., ce que ne fait pas la seule notoriété, dont la cessation du péché et la réparation du scandale suffisent pour faire cesser le refus, sans une absolution particulière, comme l’exige la censure. […] Je ne garantis ni la justesse du raisonnement de ces Ecrivains dans des objets si différents, ni leur autorité pour faire ce changement de discipline, ni la sagesse de leurs mesures pour assurer le repos public, aux dépens de la religion et des mœurs, par une tolérance universelle ; il me suffit que les Comédiens aient toujours été traités de même, que dans toutes les opinions on ait unanimement reconnu qu’indépendamment de toute excommunication, on a dû leur refuser, et on leur a refusé en effet tous les sacrements, en vertu de leur péché, de leur scandale public, sur la seule notoriété. […] Mais depuis que le théâtre est devenu un objet intéressant pour la religion et les mœurs, une école savante des passions, une leçon artificieuse de vice, un assemblage attisé de toutes les occasions de désordre, un spectacle frappant de péché, enveloppé du titre séduisant d’ouvrage d’esprit, du voile trompeur d’une modestie apparente, des attraits délicats d’une volupté épurée, des pièges cachés sous l’air de la décence et de la bonne compagnie, l’Eglise a allumé toutes ses foudres contre ce chef-d’œuvre de scandale et de péché, d’autant plus dangereux, qu’il cache adroitement son poison sous les dehors imposants de la politesse, de la réserve, de la censure de quelque vice, des exemples de quelques vertus morales, qui semblent devoir se dérober aux alarmes et aux regards de l’Eglise et de la vertu. […] Mais faire ou recevoir des aumônes, des présents d’amitié ou de parenté, des salaires d’ouvrier ou de domestique, sans aucun rapport au théâtre, tout cela n’est pas plus défendu aux Comédiens qu’à tout autre, quelque excommuniés, quelque pécheurs publics qu’ils soient ; on ne donne aucun scandale, on ne participe point à leur crime.
Loin que ce soient de ces adoucissements qu’on apporte quelquefois pour affaiblir le scandale, ce sont des raffinements inventés pour éviter une uniformité qui pourrait paraître ennuyante. […] qui ne fait point attendre le Lecteur pour lui fournir une ample matière de scandale. […] Dans L’Amour Désintéressé, Scandale essaye d’obtenir de Mde. […] Scandale lui repart : « Vous dites vrai, l’homme peut toujours s’égarer ; oui le pur homme.… mais vous êtes quelque chose de plus…. […] Scandale ajoute que « les sages de l’Orient devaient leur instruction à une étoile ; ce que Grégoire le Grand a très bien remarqué à la gloire de l’Astrologie.
Lorsqu’ensuite ils condamnent les Théâtres, c’est grande injustice de les accuser qu’ils donnent du scandale ; Car un Pasteur ne donne pas du scandale, alors qu’il fait bien sa charge, et s’acquitte en conscience de ce à quoi il est tenu en vertu d’icelle. […] Par cela même demeure résolu ce qu’on exceptait, que le scandale de ceux qui s’offensent d’en voir d’autres qui courent aux Théâtres est un scandale pris, et non pas donné. […] , et protestait quant à lui que jamais plutôt il n’en eût mangé, que de donner du scandale au moindre1. […] En distinguant scandale « pris » et « donné », Vincent joue sur les deux sens du mot, le sens religieux (scandale donné) et le sens moral que le Dictionnaire de l’Académie (1e éd., 1694) définit ainsi : « Se dit aussi de l'indignation qu'on a des actions et des discours de mauvais exemple. […] En rapprochant le mot « scandale » du mot « éclat », Vincent prend sans doute le premier en son double sens, actuel et religieux.