Et ce grand Homme répond, qu’il est vrai que toutes choses ont été instituées de Dieu, mais qu’elles ont été corrompues par le Démon ; que le fer, par exemple, est autant l’ouvrage de Dieu que les herbes et que les Anges ; que toutefois Dieu n’a pas fait ces créatures pour servir à l’homicide, au poison et à la magie, quoique les hommes les y emploient par leur malice ; et que ce qui rend bien des choses mauvaises, qui de soi seraient indifférentes, c’est la corruption et non pas l’institution. » « D’où, ajoute notre Docteur, en appliquant ce raisonnement à la Comédie, il s’ensuit que considérée en elle-même, elle n’est pas plus mauvaise que les Anges, les herbes et le fer ; mais que c’est le Démon qui la change, l’altère et la gâte. » Après quoi il conclut enfin, « que la Comédie, suivant Tertullien, doit être mise au nombre des actions indifférentes, et que ce n’est pas la condamner que d’en reprendre seulement l’excès comme il a fait». […] Ou plutôt quelle horrible corruption des paroles de l’Ecriture ! […] Il en prend son Ami à témoin, il insulte à ceux qui ne sont pas de son avis ; et il traite de Réformateur un des plus grands hommes du siècle, parce qu’il soutient que dans les Comédies d’aujourd’hui il y reste toujours quelque chose de la première corruption des Spectacles ; et que d’y assister, c’est s’exposer à faire naître des passions que les Chrétiens sont obligés de réprimer avec toute l’application dont ils sont capables. […] Mais on lui a fait assez voir la faiblesse de ses preuves ; et on lui soutient encore avec les plus habiles gens et les meilleurs connaisseurs, que dans les Comédies mêmes que l’on joue aujourd’hui, il reste toujours quelque chose de la première corruption des Spectacles ; qu’on y étale encore tout ce que le monde a de plus vain et de plus pompeux, qu’on y fait toute sorte d’efforts pour enchanter les yeux et les oreilles ; et qu’on n’y épargne rien de tout ce qui peut séduire le cœur par le remuement des passions, dont on fait jouer souvent les ressorts les plus fins sous de belles apparences de vertus : en sorte qu’un Comédien croirait avoir perdu son temps s’il n’avait causé quelque émotion et fait quelque brèche au cœur de ses Spectateurs ; et que les Spectateurs de même croiraient avoir perdu leur argent s’ils sortaient de la Comédie aussi froids qu’ils y sont entrés. […] Ceux donc qui jouent la Comédie, sont d’honnêtes gens qui se sont destinés à cet emploi, et qui s’en acquittent sans scandale, et avec toute sorte de bienséance, à moins que parmi eux il ne s’en trouve de malhonnêtes, de même qu’en toute autre profession : alors leur malice naît de leur propre corruption, et non pas de leur état, ni de la profession dont ils se mêlent, puisque tous ne leur ressemblent pas.
Il y a eu même des Comédies entre eux, comme la plupart de celles d’Aristophane, où il ne se lit rien qui soit déshonnête, et qui pût corrompre les mœurs ; tant s’en faut, c’étaient des manières de Satires mordantes pour accuser la corruption qui s’y était glissée Etant fort peu répandu, le théâtre d’Aristophane passe souvent pour chaste, jusqu’au XVIIIe s. […] Du depuis, la corruption ayant prévalu, et ces passe-temps s’étant rendus ordinaires, tout le peuple y courant avec une passion ; qui tenait lieu de manie ; Cicéron en a formé plainte, et l’a attribué à ce que les mœurs s’étaient perverties, « Il n’y aurait (dit il) aucune Comédie si nous n’approuvions les crimes qui y sont représentés Tusculanarum, lib. 4, n. 11. […] bv , les qualifie à son exemple, « une Ecole de turpitude », et dit qu’on y enseigne « les adultères, et toute corruption de mœurs Lactance, lib. 6. cap. 20. […] D’ailleurs, qui ne sait, que vu la corruption de notre nature, les mauvais exemples ont beaucoup plus de force que n’en ont les bons. […] Nous avons montré le mal qu’il y a ès Théâtres à le considérer en eux, à savoir un reste de l’ancienne Idolâtrie à laquelle ils doivent leur origine, perte de temps, argent mal employé, des feintes mensongères et des déguisements condamnables, entre ces feintes quelques-unes qui sont horribles, et coupables d’une énorme impiété : Surtout, une Ecole dangereuse pour y apprendre la lasciveté et toute corruption de mœurs, 2.
Il ne faut point s’appuyer sur la coûtume, quand ce n’est que le libertinage & la corruption du siécle qui l’ont introduite.