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133. (1758) Causes de la décadence du goût sur le théatre. Première partie « Causes de la décadence du goût sur le théâtre. — Chapitre III. De la Fable Tragique. » pp. 39-63

Fatime ouvre la Scène, en rappellant à Zaïre, ses sentimens passés pour la Religion Chrétienne. […] D’un autre côté, Fatime est Chrétienne, & il n’est pas dans les mœurs Turques, de confier des enfans qu’ils ne manquent jamais de faire élever dans leur Religion, à des Esclaves Chrétiens. […] Elle y mêle des reproches & des conseils, qui tendent à faire ressouvenir Zaïre de sa Religion, de l’état où elle est réduite, & de ce qu’on fait pour elle. […] L’intérêt de la Religion l’emporte toujours en eux sur tout autre motif, & cet intérêt n’a jamais plus de force que sur le vulgaire. […] L’inquiétude même où ce tendre pere étoit de savoir si sa fille abandonnoit une fausse Religion pour la vraie, y auroit encore contribué ; mais on vient de voir un Prince rassuré sur la foi de sa fille, exciter ses amis à partager sa fermété, remettre son sort & celui de ses enfans entre les mains de son Dieu ; & tout-à-coup ce Héros oublie son intrépidité, succombe à sa joie, & expire.

134. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 7 « Réflexions sur le théâtre, vol 7 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SEPTIÈME. — CHAPITRE V. Suite du Théatre de S. Foix. » pp. 105-139

Cette excursion ne sera pas hors-d’œuvre, le théatre y revient souvent, elle achevera de caractériser son esprit, & la licence sur la religion, & les mœurs des Auteurs & amateurs du théatre. […] L’intention de servir la religion ne vaut-elle pas l’intention des Courtisannes de Madrid de servir la patrie, pour justifier l’action de ce Moine ? […] J’avoue qu’un faiseur de farces n’est pas obligé de savoir l’Ecriture & les canons ; mais il doit avoir la prudence de ne point parler de ce qu’il ignore, & de ne pas se jouer de la religion qu’il professe. […] Malheureusement ce Prince croyoit à l’Eglise, il étoit pieux ; il étoit donc imbécille, car de tous les temps l’autorité des Ministres de la religion n’est qu’usurpation. […] Il étoit trop religieux, trop vertueux, trop sage, pour imiter un homme dont le principal mérite, qui l’a tant fait louer depuis quelques années, a été d’avoir toléré, favorise, soutenu, professé la religion protestante, ou plutôt de n’avoir pas eu de religion.

135. (1825) Des comédiens et du clergé « Des comédiens et du clergé. —  dénombrement du clergé de france avant et depuis la révolution.  » pp. 346-350

La puissance séculière, l’autorité civile, et les magistrats surtout, doivent apporter une telle surveillance sur l’empiètement que les ecclésiastiques pourraient entreprendre sur ce qui concerne le gouvernement de l’Etat, et l’existence des citoyens, que le nombre des prêtres est tellement considérable, qu’ils forment, à eux seuls, une masse imposante dans le royaume, et que le gouvernement rencontrerait partout des individus tout prêts à lui résister, dans des matières d’autant plus délicates, que ces mêmes ecclésiastiques sont reconnus et révérés par les peuples comme des juges suprêmes en fait de religion et d’affaires de conscience. […] On a vu des souverains pontifes ambitieux, audacieux, employer la majesté de la religion et son crédit sur l’esprit des peuples, pour bouleverser des trônes et jeter le fer et la flamme parmi les nations ; la tiare voulait une autorité absolue sur le diadème des rois, et ses prétentions trouvaient des appuis dans tous les Etats de la chrétienté, où la cour de Rome compte des milliers d’ecclésiastiques qu’on peut considérer comme autant de généraux, ou de capitaines d’armées, qu’elle y fait stationner.

136. (1825) Encore des comédiens et du clergé « CHAPITRE VI. Des Comédiens français rétablis dans leurs droits civils et religieux, à raison de leur profession, et entièrement affranchis des anathèmes et des excommunications de l’Eglise. » pp. 130-133

Il en résulte que, non seulement à Rome et en Italie, mais encore dans tous les autres Etats, et par conséquent en France, la profession de comédien doit y être entièrement affranchie des anathèmes et de l’excommunication de l’Eglise, pourvu toutefois que les acteurs se soumettent, ainsi que tous les autres citoyens, aux devoirs de chrétien et aux pratiques de religion. […] de Sénancourt ne pourra pas assurément m’accuser ici d’hypocrisie, et encore moins de chercher à décliner la juridiction ecclésiastique en matière d’excommunication, car on trouvera à la page 154 du livre intitulé des Comédiens et du Clergé, l’indication d’une catégorie assez nombreuse de ceux qui encourent les anathèmes et que l’église réprouve et condamne : on y verra un vaste champ ouvert au Code pénal religieux ; mais au moins le comédien, en se trouvant confondu dans l’immense majorité des pécheurs de chaque catégorie, ne verra pas sa profession spécialement et uniquement frappée de l’animadversion des prêtres ; il aura un sort commun avec tous les autres infracteurs des pratiques de notre religion, et ne subira pas une spécialité outrageante pour avoir exercé une profession dans laquelle il a été institué, soutenu, encouragé et honoré par le prince et par nos lois.

137. (1752) Traité sur la poésie dramatique « Traité sur la poésie dramatique — CHAPITRE III. En quoi consiste le Plaisir de la Tragédie, & de la grande émotion que causoient les Tragédies Grecques. » pp. 49-62

Les Poëtes ajustoient au Théâtre les Sujets pour les rendre plus terribles ; & la Religion contribuoit à les rendre vraisemblables : cette remarque est nécessaire pour bien entendre les Tragédies Grecques. […] Nous ne pouvons concilier entre elles, les opinions des Anciens, ni comprendre leur Religion. Je n’ai voulu que montrer ici que cette Religion fournissoit à leurs Poëtes des Sujets très-capables de jetter cette grande émotion, qui fait le plaisir de la Tragédie, & qui a toujours causé le succès de celle d’Œdippe. La Religion qui rendoit ce Sujet plus terrible, ne subsiste plus.

138. (1759) L.-H. Dancourt, arlequin de Berlin, à M. J.-J. Rousseau, citoyen de Genève « L. H. Dancourt, Arlequin de Berlin, à Mr. J. J. Rousseau, citoyen de Genève. » pp. 1-12

J'allais me regarder comme un monstre dans la société, si je n’eusse eu recours à ma conscience, au sens commun et à la Religion : je les ai consulté tous trois : tous trois m’ont assuré que vous aviez tort. […] La Tragédie et la Comédie sont bonnes aux hommes en général, et je ne suis de votre avis qu’en partie sur l’influence des religions, des gouvernements, des lois, des coutumes, des préjugés et des climats sur les spectacles. Térence et Molière ont eu le même objet, ils ont offert des spectacles de même espèce à des peuples différents par les lois, les mœurs, le gouvernement et la Religion. […] Celles où les Auteurs n’ont envisagé que de flatter le goût particulier de la Nation, n’ont pas à beaucoup près un succès aussi étendu, d’où l’on doit conclure que les bons spectacles sont ceux où l’on attaque les vices communs à tous les hommes, et que par conséquent c’est le genre auquel on doit se borner, puisqu’il est universellement utile indépendamment du gouvernement, des lois et de la Religion.

139. (1823) Instruction sur les spectacles « Chapitre XVI. Il y a des divertissements plus utiles et plus décents que les spectacles. » pp. 138-149

Ce sont des plaisirs bien plus dignes de nous que tous ces faux plaisirs des spectacles qu’on n’aime et qu’on ne recherche avec tant d’ardeur que parce qu’ils flattent et nourrissent le penchant et le goût qu’on a pour les plaisirs criminels de la voluptébk. » « Tertullien et saint Cyprien nous invitent à des spectacles bien différents des spectacles profanes : ils introduisent l’homme raisonnable et chrétien dans le sanctuaire de la religion et de la nature, pour charmer tour à tour sa raison et sa foi. […] « Si des choses que l’univers étale à nos yeux l’on passe aux objets que la religion nous présente, quoi de plus auguste et de plus sublime ? […] Contemplons les merveilles de sa naissance et de sa vie, les circonstances édifiantes de sa mort, la gloire de sa résurrection, la mission et le zèle de ses disciples, leurs succès prodigieux : sans lettres, sans crédit, ils établissent jusqu’aux extrémités du monde la religion d’un Dieu crucifié. « Admirons encore la réconciliation du genre humain avec Dieu le Père, par la médiation de son Fils ; le triomphe de la vérité sur l’erreur et l’imposture, celui de la mortification sur la volupté, de l’humilité sur la gloire du monde ; le mépris de la vie et des richesses que la religion nous inspire.

140. (1776) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-neuvieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-neuvieme. — Chapitre V. Autres Mêlanges. » pp. 121-140

Mais un Censeur est un homme public, chargé de veiller sur la religion & les mœurs, & à ne rien souffrir sur la Scène qui les blesse. […] Il a toujours respecté la religion ; mais les mœurs & la charité n’ont pas eu le même privilege. […] Les femmes en font toute la gaieté & le plaisir, & en même-temps la justice de toutes les condamnations qu’en fait la Religion. […] Le choix d’un tel Auteur, tant de travail pour mettre entre les mains de tout le monde un ouvrage dangereux, fait-il l’éloge de la religion, de la sagesse, de la vertu de son auteur ? […] Sa fortune ne vient que de la dépravation des mœurs & de l’affoiblissement de la Religion, toujours plus grande dans ce siecle.

141. (1715) La critique du théâtre anglais « CHAPITRE IV. Le vice élevé en honneur et substitué à la place de la vertu sur le Théâtre Anglais. » pp. 240-301

Le galant-homme que celui qui n’a ni religion, ni probité, ni honneur, ni politesse, ni les dehors mêmes de ces qualités ! […] Ainsi l’on pervertit les mœurs et l’on éteint la Religion dans ceux qui ont peu de lumières et encore moins d’expérience. […] Je comprends que les lois de la Religion et celles du Théâtre Anglais sont bien différentes. […] Le Mufti badine dans cette Pièce sur sa Religion et fait à des canailles une pointilleuse harangue. […] un homme bien propre à être le conservateur et l’oracle de la Religion !

142. (1709) Mandement de M. L’Evêque de Nîmes contre les Spectacles pp. 3-8

Ceux qui sont nés dans les lumières de la foi et de la Religion Catholique, ne rougissent-ils pas d’avoir part à ces œuvres de ténèbres : mais vous, Mes très-chers Frères, qui êtes sortis du sein de l’hérésie, quand ce ne serait qu’en apparence, dans le temps qued vous viviez dans le libre exercice de vos erreurs, osiez-vous, ou par crainte, ou par conscience, approcher de ces spectacles que vous fréquentez aujourd’hui ? […] Convient-il, Mes très-chers Frères, d’étaler sur des théâtres un attirail de vanité; d’y jouer des Scènes divertissantes, et d’y remplir l’esprit et le cœur des peuples de frivoles et ridicules passions, dans des conjoncturesh où chaque citoyen doit prier pour son Prince j ; où le Roi s’humiliant le premier lui-même sous la main toute-puissante de Dieu, implore ses anciennes miséricordes ; et touchék d’une guerre que la justice et la Religion l’obligent de soutenir, met tout son Royaume en prière Prières ordonnées partout. […] Nous adorerons le Dieu des armées, et nous substituerons des spectacles de Religion aux spectacles impurs et profanes, dont vous n’avez été que trop enchantés.

143. (1763) Réflexions sur le théâtre, vol. 2 « Chapitre V. Infamie civile des Comédiens. » pp. 101-125

Eh qui leur ôte ni la religion ni l’honneur ? […] Ils retrouveront quand ils voudront la religion et l’honneur dont ils sont déserteurs. […] Oter la religion et l’honneur. Les Comédiens n’ont donc ni honneur ni religion, puisqu’on les leur a ôtés. Eh qui peut ôter la religion ?

144. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 3 « Chapitre IX. Sentiments de S. Cyprien et de quelques autres Pères. » pp. 175-201

C’est que le vice a toujours eu les mêmes torts, employé les mêmes prétextes, et porté aux mœurs et à la religion les mêmes atteintes. […] Il ne nous reste d’un grand nombre d’ouvrages de ce savant et pieux Evêque du second siècle, qu’une apologie de la religion Chrétienne contre ses calomniateurs, entre autres un Philosophe habile nommé Aurolique. […] Ils obéissent à la loi divine, professent la vraie religion. […] Le théâtre a renversé l’Empire Romain ; et nous nous vantons d’avoir des mœurs, de la religion, de la décence, de la probité ! […]  8.) de la comédie, bien éloignée sans doute de son temps (au douzième siècle) de l’élégance et de la pompe de la comédie Française, mais qui toujours semblable à elle-même par ses vices et ses dangers, qui en font le caractère, n’a pas mérité seule les anathèmes que la religion et la vertu ont lancés sur elle dans tous les temps.

145. (1752) Lettre à Racine « Lettre à Racine —  AVERTISSEMENT DE. L’ÉDITEUR. » pp. -

Ceux qui savent apprécier l’heureux accord des talens Littéraires & des sentimens de sagesse & de retenue que la Religion & la vraie philosophie inspirent, verront avec plaisir cet illustre Ecrivain, autrefois néanmoins si injustement outragé, traiter avec autant de goût & de lumière, que d’aisance & de précision, les Principes de l’art dramatique, & les resserrer dans les justes bornes de la décence & de l’utilité. […] Ces Lettres feront connoître à la fois & la Religion de ce grand Poëte & la noblesse de ses Sentimens, exemple qu’on ne sauroit trop proposer dans le siècle où nous sommes.

146. (1823) Instruction sur les spectacles « Préface. » pp. -

Quand même nos prétentions iraient jusque là, elles seraient moins déraisonnables et plus légitimes que celles des prétendus philosophes de nos jours qui veulent détruire la religion, faire fermer ses temples, avilir ses ministres, et qui, s’ils en avaient le pouvoir, les congédieraient et les égorgeraient, comme ils l’ont déjà fait. […] Pour lutter avec plus d’avantage contre le tourbillon de ces esprits légers pour qui le langagea de la religion est trop sublime, nous avons emprunté des armes, non seulement aux saints Pères et aux saints Docteurs de l’Eglise, mais encore aux incrédules des deux derniers siècles et aux auteurs dramatiques eux-mêmes.

147. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 4 « LIVRE QUATRIEME. » pp. 1-3

La religion, les lois, la politique, seraient peu utiles à l'homme, si elles ne le rendaient vertueux. Une religion serait fausse, si elle enseignait le vice ; les lois méprisables, si elles ne le défendaient ; la politique pernicieuse, si elle l'accréditait, si le vice la mettait en œuvre et en était le fruit.

148. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 7 « Réflexions sur le théâtre, vol 7 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SEPTIÈME. — CHAPITRE III. Théatre de S. Foix. » pp. 52-75

A en juger par les traits qu’il lance fréquemment contre les choses saintes, on croiroit qu’il a fort peu de religion. […] Les traits malins contre la religion, les mœurs, la levée des impôts, le despotisme des Rois, sont sans nombre. […] Dans la fable & dans l’histoire l’homme a toujours vécu dans une société toute formée, qui connoissoit la religion & la pudeur. […] Voici sa religion & sa morale. […] C’étoit l’ancienne religion des Gaulois & de tout le Nord de l’Europe (il se trompe encore).

149. (1765) Réflexions sur le théâtre, vol. 4 « CHAPITRE IV. Suite des effets des Passions. » pp. 84-107

Dans cette religion on ne fut jamais iconoclaste. […] Il s'en faut bien que le Dieu des Chrétiens soit si bien servi dans ses Eglises, qu'on y ait la même révérence, et que la religion des Magistrats y fasse observer la même police pour les offrandes, et publiques à la porte, et particulières dans les chapelles des Prêtresses, les pensions, etc. qui peut les apprécier ? […] Vous le croyez, c'est votre religion ; vous le craignez, c'est votre intérêt. […] Jamais la religion et le monde ne se sont montrés plus contraires. […] Rendu à la raison et à la religion, quelle chute, quel vide !

150. (1825) Des comédiens et du clergé « Des comédiens et du clergé. —  piété et bienfaisance d’un comédien.  » pp. 365-370

On a déjà vu dans les chapitres précédents que la qualité de comédien n’excluait pas la pratique de la piété, et que plusieurs d’entre eux se faisaient un devoir de suivre les obligations qui nous sont imposées par la religion, en même temps qu’ils exerçaient leur propre profession. […] Le caractère de bienfaisance que Beauchâteau a déployé dans la circonstance que je viens de décrire, et qui a pris son origine dans la pratique d’un des devoirs que la religion nous impose, doit couvrir et honorer sa mémoire de l’estime générale.

151. (1783) La vraie philosophie « La vraie philosophie » pp. 229-251

Tous les Rois Chrétiens, à l’exemple de Charlemagne, n’ont-ils pas abandonné les Comédiens au mépris du Public & aux anathêmes de la Religion ? […] Les partisans des spectacles manqueront toujours de la possession de bonne foi ; le Christianisme foudroiera toujours contre un amusement dont l’effet est de nuire aux mœurs, en donnant des idées de crimes, opposées à celles que donnent la raison & la Religion. […] D’ailleurs notre Religion nous présente cette action de désespoir comme le plus grand & le plus funeste des crimes. Il est donc réservé au Théatre de contredire la morale de la raison & de la Religion ? […] Je vous avouerai, dit-il, que depuis quelques années j’avois beaucoup à souffrir intérieurement d’avoir travaillé pour le Théatre, étant convaincu, comme je l’ai toujours été, des vérités lumineuses de notre Religion, la seule divine, la seule incontestable.

152. (1775) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-septieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre V. Remarques Angloises. » pp. 133-170

Ne vouloit-on pas aussi placer le mausaulée de Crébillon à Saint-Roch, si le Roi plein de Religion n’eut défendu ce sacrilége ? […] Le fanatisme anglois contre la religion catholique est toujours le même : la philosophie n’a pu le corriger. […] Le poëte n’enfante ces absurdités que pour rendre odieuse la religion romaine, en peignant ses ministres comme des scélérats qui abusent des choses les plus saintes pour les plus grands crimes. […] Après le rétablissement de Charles II, on crut ne pouvoir trop s’éloigner d’une conduite qui, sous le manteau de la Religion, avoit fait de si grand maux : on donna dans l’extrémité opposé, la moindre apparence de religion fut traité de puritanisme. […] La scène ne parle de la Religion que pour l’affoiblir, la décréditer, & s’en jouer.

153. (1855) Discours sur le théatre, prononcé dans l’assemblée publique de l’Académie de Pau, où se trouvoient les Députés des Etats du Béarn et les Dames de la ville pp. 1532-1553

Je combattrais en chaire pour la religion et pour la vertu ; j’alarmerais votre conscience par la vue des blessures profondes que le spectacle fait à votre âme. […] Il est beau de perdre la vie pour sa religion et pour sa patrie. […] Dans la religion, c’est la folie des esprits forts ; dans les sciences, la vanité des demi-savants ; dans la société, la hauteur et l’indépendance. […] Religion, politique, droit public et intérêt des princes, histoire, morale, philosophie, tout est de son ressort. […] Conversus efflavit animam.On est à plaindre dans la littérature comme dans la religion, quand toute la vie on a joué, on a aimé, on a fréquenté la comédie.

154. (1774) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre seizieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre I. Diversités curieuses. » pp. 5-37

Au reste, il paroît véridique & plein du zele philosophique de ce siecle ; il paroît sans religion comme sans mœurs, & inépuisable en traits satyriques contre les Prêtres, les Religieux, les dévotes, la dévotion qu’il tâche de décrier. […] Une religion austere est-elle d’intelligence avec le cœur ? […] Heureusement un fonds de religion dont il étoit rempli, & que les nuages du théatre avoient obscurci, reprit le dessus, & lui fit abandonner Paris & la scene. […] Elles avoient un objet, parloient religion, disoient des choses utiles, elegantes pour le temps, quoique très-groffiérement. […] L’Histoire de Danemarc, tom. 1, C. 9, attribue aux Islandois un trait de religion fort plaisant.

155. (1823) Instruction sur les spectacles « Chapitre premier. Origine des Spectacles. » pp. 1-14

On la regardait alors comme un acte de religion capable de fléchir la colère des dieux. […] Les représentations théâtrales ne recommencèrent qu’en faveur des mystères de la religion qu’on s’avisa de mettre en action : ces pieuses scènes préparèrent le rappel des anciens jeux scéniques, qui reparurent successivement chez les peuples modernes ; mais ce ne fut d’abord qu’un mélange de farces jouées concurremment avec les mystères. […] Mais on reconnut bientôt l’indécence qu’il y avait à faire servir au plaisir du peuple les mystères de la religion, d’autant plus que, pour plaire à la multitude, on les déshonorait par une mixtion de farces scandaleuses. […] Les enfants sans souci s’étaient aperçus que ce n’était pas en jouant des moralités, ou en ne représentant que les mystères de la religion, qu’ils amusaient le peuple ; ils y joignirent des farces assorties au goût corrompu du temps : ce qui attira contre eux un arrêt du parlement qui les supprima en 1584.

156. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quinzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littéraires, sur le théatre. — Chapitre V. Du Faste. » pp. 154-183

Les cérémonies de la Religion, la richesse des Temples, les ornemens sacerdotaux font un tableau de la Divinité & de ses mystères, instruisent, touchent, augmentent le respect, animent la dévotion, la piété s’en sert utilement. […] La pompe de ses décorations de ses habits, de son langage annoncent sa gloire, & exercent sa puissance ; les vices, les passions & leurs objets dans le point de vue le plus imposant, étendent son empire : quel contraste entre les deux Religions ! […] Voilà les Dieux & les Déesses du théatre, couverts de tout ce qu’il y a de plus riche, & qui n’ont ni religion ni vertu, non est spiritus in visceribus ejus . […] Leur conduite n’est pas moins insensée, la première Adoratrice, c’est elle-même qui rend à son corps un vrai culte, & plus qu’à la divinité ; on s’est toujours fait un point de religion d’orner les Temples & tout ce qui sert au culte de Dieu ; mais jamais on n’a tant fait pour aucun Dieu, qu’une Actrice en fait pour sa parure ; jamais autel n’a été paré avec autant de soin que sa tête, jamais Prêtre n’a montré plus de zèle que la femme de chambre & qu’elle-même, jamais dans aucune Religion les Fêtes où on les honore n’ont été aussi fréquentées que la toilette qui revient tous les jours avec la même solennité. […] 5.° Le visage est le miroir, l’image de la Divinité ; il faut donc l’embellir par religion pour honorer Dieu, comme on embellit les Églises, les ornemens, les autels ; c’est un genre de culte que Dieu n’agréa jamais, qui loin de l’honorer l’offense.

157. (1823) Instruction sur les spectacles « Chapitre XXII. Le repentir de quelques auteurs dramatiques d’avoir travaillé pour les théâtres doit nous engager à éviter ces divertissements. » pp. 183-186

De combien de remords n’ont pas été agités ceux qui conservaient encore dans leur esprit un reste d’attachement à la religion ? […] Il s’appliqua aux devoirs de la piété et de la religion avec d’autant plus de soin qu’il avait plus de douleur de n’y avoir pas été toujours fidèle.

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