Je sais bien qu’un nouvel Auteur peut traiter le même sujet que l’ancien, mais de peur de passer pour plagiaire, il évitera de copier les plus belles scènes et de se servir des plus beaux vers ; il fera peut-être mieux à tout prendre que l’ancien Auteur, qui a traité le même sujet, mais sa pièce aurait été beaucoup meilleure, s’il avait pu sans scrupule et sans rien diminuer de sa réputation se servir de tout ce qu’il a trouvé d’excellent dans l’ancienne pièce ; or pour cela il faudrait qu’il lui fût imposé par un prix proposé de perfectionner telle pièce, alors il ne perdrait rien des beautés de telle pièce de Corneille, de Racine, de Molière et de leurs successeurs, ou s’il se trouvait forcé de perdre quelques-unes de ces beautés, il leur en substituerait de plus grandes et y en ajouterait de nouvelles.
Un bal où on la força de se trouver, fut le prélude de sa défaite, & comme la premiere scène d’une piece dont les désordres furent le triste dénouement : ce qu’elle ne répara dans la suite qu’en y renonçant. […] Mais il n’est point de maladie dont un bal & une comédie ne soit le remede : elle voulut y venir, se trouva guérie, & fit prier la Reine de l’inviter. […] Les charmes de la vérité me détromperent, la foi qui avoit été comme ensevelie sous mes passions, se renouvella ; je fus comme une personne qui, après un profond sommeil, où elle a songé qu’elle avoit été grande, heureuse, estimée de tout le monde, se réveille en sursaut, & se trouve chargée de chaînes, percée de plaies, abatue en langueur, & renfermée dans un cachot.