est-il étonnant que notre Religion desaprouve de telles Pièces ? […] Les Auteurs ne pourront offrir que des Drames adaptés à la nouvelle manière de représenter, convenables à la dignité, & sur-tout à l’innocence & à l’honnêteté des nouveaux Acteurs ; utiles aux mœurs, ou tout au moins propres à exciter le rire des honnêtes gens, par des saillies fines & naïves, sans allarmer la pudeur, & sans blesser la Religion*. […] Parmi les Exercices de la Jeunesse, un des plus utiles, est sans contredit la Danse [M] [M] : il forme le corps, donne de la souplesse aux membres, augmente l’adresse, fait acquérir des grâces : on devrait, dans toutes nos Maisons publiques d’éducation, revenir du préjugé qui fait croire que la Religion condamne cet Exercice nécessaire ; une foule de Roquets déclament contre lui, avant d’avoir examiné ce que prohibe la Religion : qu’ils l’apprennent d’une femme : Les Grecs & les Romains, dans les temps de corruption, inventèrent des Pyrrhiques obscènes, qu’on dansait en chantant des paroles lascives* : on donna quelquefois de ces Danses sur les Théâtres, & dans presque toutes les maisons, on recevait des Mimes, qui les exécutaient, en jouant des Pièces infâmes : est-il étonnant, que la Religion Chrétienne qui commençait alors à réformer l’univers, se soit élevée contre ces sources de corruption, & qu’elle ait proscrit, sous le nom général de Danses, des amusemens que le Gouvernement civil n’aurait pas dû tolérer ? […] Une Religion telle que la nôtre, si grande, si sainte, qui console le pauvre, retient le malheureux sur le bord du précipice creusé par le desespoir, fait tressaillir de joie l’indigent au sein de la misère ; qui porte l’épouvante sur l’heureux oppresseur, fait trembler le Tyran victorieux, impuni, & fraye au remords le chemin du cœur des Rois, doit être respectée dans nos Drames. […] Cependant, en respectant la Religion, prenons garde à ceux qui la plient à des vues ambitieuses ; à ces hypocrites qui la deshonorent par le rigorisme ; à ces fanatiques, dont l’esprit-de-parti est plus dangereux encore.
Voici ce qu’il a dit sur les spectacles, il y a quelques années, dans un discours public : « Voyez les théâtres tenant école de corruption et de scélératesse… foulant aux pieds les vertus les plus saintes avec l’intention patente de faire aimer, choyer, admirer le duel, le suicide, l’assassinat et le parricide, l’empoisonnement, le viol, l’adultère, l’inceste, préconisant ces forfaits comme la fatalité glorieuse des esprits supérieurs, comme un progrès des grandes âmes qui s’élèvent au-dessus de la vertu des idiots, de la religion des simples et de l’humanité du commun peuple. […] Cette déclaration étant faite, on lui accordera les secours de la religion.