Comme si on y faisait un aveu, que le Théâtre ne peut subsister sans galanterie, on crée un personnage, un Misaël amoureux de Judith, un jaloux follement transporté, pour ne la quitter jamais, et pour lui faire tenir le langage des amants sans religion, se prosterner aux pieds de Judith372, l’appeler beauté immortelle, faire cent réflexions sur ses appâts, et ne parler que de mouvements jaloux qui l’agitent sans cesse 373, c’est son caractère et l’exercice qu’on lui donne. […] Si les Comédiens ont encore quelque teinture de Religion, ils ont bien sujet de trembler d’avoir osé prononcer les paroles saintes sur le Théâtre. […] Et la Religion Chrétienne doit être bien plus sévère sur cet article puisque c’est ôter le pain aux Pauvres, qui sont les membres de Jésus-Christ, et que saint Augustin ne craint point de dire « Donare res suas histrionibus vitium est immane, quia laudatur peccator in desiderii animæ suæ, et qui inique agit benedicitur. […] que c’est un crime de donner aux Comédiens, parce que c’est autoriser ceux que la Religion condamne.
Un Payen qui suivait les devoirs de l’honnête homme, qui ne s’écartait jamais de ce que lui prescrivaient ses Dieux & la probité, ne valait-il pas ce Chrétien qui semble se faire un plaisir de se moquer de la Religion, & d’afficher les désordres de sa vie ?