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2. (1661) Le monarque ou les devoirs du souverain « SIXIEME DISCOURS. Si le Prince peut apprendre les Arts Libéraux, comme la Peinture, la Musique, et l’Astrologie. » pp. 195-201

Si le Prince peut apprendre les Arts Libéraux, comme la Peinture, la Musique, et l’Astrologie. […] La Peinture est une Poésie muette qui immortalise les grands hommes, qui nous fait voir leurs sentiments sur leurs visages, et qui nous représentant leur air et leur port, nous représente quelque chose de leur esprit. […] La Peinture est une imitation de la Nature, Elle exprime ses plus beaux ouvrages avec autant d’adresse que de bonheur ; et plus puissante que son modèle, qui est assujetti aux saisons, Elle nous fait voir de la neige en Eté, des fleurs en Hiver, des fruits au Printemps, et des bourgeons en Automne. Mais quelque avantage que puisse avoir la Peinture, je ne conseillerai jamais à un Roi de s’y exercer, parce que sa main est destinée pour quelque chose de plus grand, et que tout ce qu’il peut emprunter de cet Art ingénieux, c’est le dessein et le crayon pour tracer le Plan des Villes qu’il veut assiéger, ou de celles qu’il veut défendre. Le reste est indigne de sa condition, et quand il voudra se délasser ou se divertir, il trouvera des emplois plus sortables à sa Grandeur que celui de la Peinture.

3. (1768) Réflexions sur le théâtre, vol 10 « Réflexions sur le théâtre, vol 10 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE DIXIEME. — CHAPITRE VI. De l’Iconomanie théatrale. » pp. 141-158

La peinture est un langage, & le discours un tableau ; la modestie doit donc également regner dans l’un & dans l’autre ; la peinture doit être aussi chaste que le langage : c’est une des bonnes qualités de la langue Françoise, d’être naturellement modeste ; nous l’avons prouvé dans une autre occasion, par un Discours exprès sur la chasteté de la langue Françoise ; il s’en faut bien que le pinceau, que le burin soient aussi retenus que l’homme sage ; quelle honnête femme oseroit faire la description du corps humain, en nommant les choses par leur nom, comme une estampe les prononce & les étale ? […] La peinture ne rend, & ne doit rendre que l’objet tel qu’il est lui-même, tel qu’il se présente aux regards, tel qu’il se présente à l’artiste qui l’imite, il doit vivre dans son image : la parfaite imitation est la perfection de l’art. […] Peut-on ne pas sentir le tort infini qu’on se fait dans le monde, même corrompu par le caractère des peintures qu’il étale, & par l’état où il le fait peindre lui & les siens ? […] Non, non, la vertu ne doit jamais, même en peinture, se parer des livrées du vice, elle se détruit elle-même en se déguisant ; ce déguisement est un crime qui lui porte le coup mortel. […] Sur l’infâme tableau de Leda ; il décide qu’on ne peut le retenir en conscience, même en le voilant, quoiqu’un chef d’œuvre de peinture : Omnis immunditia ne nominetur in vobis (nec pingatur ;) on péche mortellement en regardant dans les lieux publics, les jardins des Princes, les nudités indécentes.

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