respectable Laberius*, vous qui forcé par un ordre étrange de monter sur la Scene, conçutes tant d’horreur de vous-même pour vous être vu mêlé avec des hommes si inférieurs à votre rang, que diriez-vous de la confusion que le Théâtre a jettée dans l’ordre de nos Sociétés ? […] L’amour ne seroit plus sous leur pinceau ; ils écarteroient à jamais cette passion funeste ; & qui pourroit raconter tous ses maux, montrer l’horreur de ses excès, ses fureurs, ses trahisons, ses ravages ! […] Ainsi le vice dans un lointain reculé, dans une sorte de nuit epaisse qui augmenteroit l’horreur qu’il inspireroit, serviroit lui-même à rendre la vertu plus aimable.
Qu’il est triste d’être obligé de prouver à des Chrétiens toute l’horreur qu’ils doivent avoir pour les représentations profanes ! […] qui seroit assez endurci pour souffrir, sans horreur, toute l’impiété de ce langage ? […] Le grossier qu’on épargne à vos yeux, vous feroit horreur s’il se montroit ; & l’adresse à le cacher, vous familiarise avec lui. […] un saint Théophile qui prouvoit aux Payens la pureté de notre Morale par l’horreur que les Chrétiens avoient pour les spectacles : que diroit-il de nous ? […] Ils en reviendront, dites-vous, plus propres à la société, pleins d’horreur pour les vices qui défigurent l’honnête homme, pleins d’amour pour les vertus qui font la douceur du commerce du monde.