Vous avez toujours craint qu’on ne trouvât singulier qu’un fils s’érigeât en Commentateur des Tragédies de son père, & de Tragédies que ce pere lui-même a condamnées si sévérement dans les dernieres années de sa vie. […] Je suppose que ces Pieces dramatiques nous enseignent à détester le vice, à fuir le crime, à nous défier de nos foiblesses, à craindre nos passions, à les sacrifier au devoir ; qu’elles nous excitent aux vertus les plus sublimes, aux actions les plus héroïques : dira-t-on que l’Auteur de pareils Ouvrages s’en doive accuser comme de péchés capitaux ? […] Des Poëtes graves & austères, si nous jugeons des mœurs par les écrits, n’ont pas craint d’introduire l’amour dans leurs Ouvrages ; mais il y est si insensé, si furieux, si misérable, que les remords dont il est tourmenté, que les catastrophes qui l’accablent, ne servent qu’à inspirer de la crainte & de l’éloignement pour cette déplorable passion.
Je ne trouve donc rien que de fort bon dans le premier dessein de la Comédie, où l’on doit peindre le vice avec les plus noires, mais les plus vives couleurs, pour le faire craindre : où l’on doit mettre la vertu dans le plus beau jour, et l’élever par les plus grands Eloges pour la faire pratiquer. […] qui craint les coups de s’enfuir du combat, ou bien si une jeune Veuve qui ne s’accommoderait pas du Célibat, ferait un péché mortel de passer en de secondes Noces avant l’année de son veuvage ? […] Il ne faudrait pas remonter bien haut pour voir que la plus infâme de toutes les conditions était celle des Cabaretiers : ils n’étaient reçus ni en témoignage, ni même à intenter aucune Action pour le payement de ce qui leur était dû, tant on craignait de salir les Tribunaux en y parlant d’une profession si honteuse ; cependant ils ont aujourd’hui la qualité de Marchands de Vin, et travaillent à se faire incorporer parmi les Marchands que par distinction on appelle Honorables hommes, et dont on fait les Consuls et les Echevins, qui sont les premiers grades de la Bourgeoisie.