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42. (1702) Lettre de M. l’Abbé de Bellegarde, à une Dame de la Cour. Lettre de Lettres curieuses de littérature et de morale « LETTRE. de M. l’Abbé de Bellegarde, à une Dame de la Cour, qui lui avait demandé quelques réflexions sur les pièces de Théâtre. » pp. 312-410

Le Livre que Castelvetro a écrit sur cette matière, est merveilleux, et il le serait encore davantage, sans l’affectation qu’il fait paraître à combattre mal à propos le sentiment d’Aristote : Ronsard, du Bellay, Peletier qui commençaient à avoir quelques idées de l’Art poétique, en ont écrit ; mais quelques éloges qu’on ait donné de leur temps à leur poésie, elle nous fait pitié maintenant. […] Une scène commence à l’entrée, ou à la sortie d’un Acteur, qui ne doit jamais ou entrer ou sortir que nécessairement. […] Lorsque les obstacles cessent, que les doutes s’éclaircissent, et qu’enfin la destinée des principaux personnages s’est développée, c’est alors que commence le dénouement, qui doit toujours naître du fond de la Fable, et qui ne peut être préparé avec trop d’artifice, ni être trop court ni trop simple. […] Les Censeurs de la Comédie disent qu’elle a commencé par la superstition, qu’elle a été raffinée par le plaisir, et maintenue par la politique. […] Les choses ne demeurèrent pas longtemps dans cet état de simplicité et de grossièreté ; à mesure que les pièces de Théâtre commencèrent à se polir et à se perfectionner, elles commencèrent aussi à devenir plus dangereuses, par la peinture des passions que l’on introduisit dans les pièces de Théâtre, qui n’ont point d’autre but, que d’exciter un plaisir sensuel dans l’âme des spectateurs, et de dresser des pièges à la pudeur.

43. (1705) Traité de la police « Chapitre IV. De la Comédie Française ; son origine, son progrès, et les Règlements qui ont été faits pour en permettre, corriger et discipliner les représentations, ou pour en assurer la tranquillité. » pp. 439-445

Il arriva quelques désordres aux portes de l’un et de l’autre de ces Hôtels, parce que les Comédiens exigeaient trop d’argent pour y entrer, et qu’ils commençaient leurs représentations trop tard pendant l’Hiver. […] Nous avons fait et faisons très expresses inhibitions et défenses auxdits Comédiens, depuis le jour de saint Martin jusqu’au quinzième Février, de jouer passé quatre heures et demies au plus tard ; auxquels pour cet effet enjoignons de commencer précisément avec telles personnes qu’il y aura à deux heures après midi, et finir à ladite heure ; que la porte soit ouverte à une heure précise, pour éviter la confusion qui se fait dedans ce temps, au dommage de tous les Habitants voisins. […] Les Pièces de théâtres de nos premiers Poètes commencèrent à vieillir ; et leurs représentations froides et languissantes n’ayant plus cet air de nouveauté qui ne charme qu’autant qu’il surprend, ne donnaient plus aucun plaisir. […] Les Italiens au contraire par leur imprudence et les obscénités qu’ils avaient commencé de mêler dans leurs Scènes, ont été chassés et leur théâtre détruit ; en sorte qu’il ne reste plus présentement à Paris que l’Opéra et la seule Troupe des Comédiens Français.

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