Mais le Foudre est un Foudre en peinture, qui n’offense point le Maître, et qui fait rire le Valet ; et je ne crois pas qu’il fût à propos, pour l’édification de l’Auditeur, de se gausser du châtiment de tant de crimes, ni qu’il y eût sujet à Sganarelle de railler en voyant son Maître foudroyé ; puisqu’il était complice de ses crimes, et le ministre de ses infâmes plaisirs.
On sçait bien que le ridicule tombe sur un homme qui emploie, & qui outre les expressions de la Religion, pour un intérêt charnel, ainsi que dans le Tartuffe ; mais ces peintures, quoique naïves, sont trop sujettes à être mal interprétées.
Ce ne fut qu’en 1725 qu’on vit disparoître en peu d’heures tous ces monuments de la gloire du Grand Henri, qu’il y avoit lui-même fait éléver, pour y substituer plusieurs rangs de loges, tout au tour, & de tous côtés des peintures grotesques, grand nombre de particuliers qui ont fait des théatres de société ont offert à Thalie de pareils sacrifices, de ce qu’il y avoit de plus beau dans leurs appartements.
Quoique le ridicule tombe sur l’hypocrite qui emploie les termes de la religion pour son intérêt, & que (dans l’Œdipe) les Prêtres de Jocaste soient reconnus pour des imposteurs, ces peintures, quoique naïves, sont trop sujettes à être mal interprêtées, & dans l’esprit des jeunes gens ces vices occasionnent une trop mauvaise application.
La poésie et la musique sont bien des arts libéraux, aussi bien que l’architecture et la peinture.
On sent en effet qu’il s’est plus attaché à la peinture des passions qu’à celle des mœurs ; & par là il est tombé dans l’inconvénient de cette ressemblance de personnages, qu’on lui reproche avec raison, & qui a donné lieu de l’accuser aussi, mais mal-à-propos, de n’avoir mis sur la Scène que des François déguisés. […] Ce même art exige que dans la peinture des mœurs, le pinceau soit si exact à différencier les Nations, qu’on ne puisse jamais prendre l’une pour l’autre, ni les confondre dans les ressemblances générales.
décrivant les spectacles des Anciens, et surtout leurs Bacchanales, fait des peintures si horribles de leurs infamies et de leurs prostitutions publiques, que je ne puis me résoudre à vous les rapporter. […] Ils ont crié contre les banquets et contre les festins, contre le luxe et contre les parures, contre les bâtiments superbes, contre magnificence des maisons, la richesse des ameublements, la rareté des peintures, etc.
Si les peintures et les images immodestes ou obscènes présentent naturellement à l’esprit ce qu’elles expriment, combien plus sera-t-on touché des représentations théâtrales, où, comme dit Bossuet, « tout paraît effectif ; où ce ne sont point des traits morts et des couleurs sèches qui agissent, mais des personnages vivants, de vrais yeux, ou ardents, ou tendres et plongés dans la passion, de vraies larmes dans les acteurs, qui en attirent d’aussi véritables dans ceux qui regardent : enfin de vrais mouvements, qui mettent en feu tout le parterre et toutes les loges ; et tout cela, dites-vous, n’émeut qu’indirectement et n’excite que par accident les passions….
exerçant l’art de peinture, et depuis devenu plus savant, vendit ses fables aux Ediles :Crinite au ch. du li. 1. des Poetes Latins.
» Mais la peinture de ces délits qui compromettent la sûreté des citoyens, n’est peut-être pas ce que le théâtre offre de plus dangereux. […] De cette passion la sensible peinture Est pour aller au cœur la route la plus sûre. » Il a raison, sans doute, sous le rapport du succès de la pièce ; mais, pour le spectateur, de quel danger n’est-elle pas, si, comme il le dit précédemment ? […] Ne pouvions-nous donc laisser aux tribunaux criminels le soin de punir ces monstres qui déshonorent jusqu’au nom d’homme ; aux médecins, celui de tenter la cure de ces malheureux dont le délire, même en peinture, affecte toujours péniblement l’humanité ? […] Mais de longs traits de feu, jetés à l’aventure, D’une chaleur brûlante animaient sa peinture : C’était l’âme d’un père ouverte aux malheureux ; Son cœur se déchirait en gémissant sur eux ; Le faible et l’indigent croyaient voir à son zèle, L’ange consolateur les couvrir de son aile.
Ils disent enfin que la peinture fidèle des passions et des peines qui les accompagnent, suffit seule pour nous les faire éviter avec tout le soin dont nous sommes capables. […] On prétend nous guérir de l’amour par la peinture de ses faiblesses. […] Encore une fois, je n’entreprends point de juger si c’est bien ou mal fait de fonder sur l’amour le principal intérêt du Théâtre ; mais je dis que, si ses peintures sont quelquefois dangereuses, elles le seront toujours quoiqu’on fasse pour les déguiser. […] L’amour de l’humanité, celui de la patrie, sont les sentiments dont les peintures touchent le plus ceux qui en sont pénétrés ; mais, quand ces deux passions sont éteintes, il ne reste que l’amour proprement dit, pour leur suppléer : parce que son charme est plus naturel et s’efface plus difficilement du cœur que celui de toutes les autres. […] Notre ville est si petite que les peintures de mœurs les plus générales dégénéreraient bientôt en satires et personnalités.
Il ne fait pas plus de grace aux précieuses de la parure & du fard, il en trace une peinture burlesque, sous le nom d’un Gorgibus, nom bas & de pur tabarinage ; c’est un bon homme, pere d’une des précieuses, oncle de l’autre, qui choqué de leurs manieres, fait aussi le portrait de leur toilette, qu’elles trouvent fort mauvais : elles font de la pommade pour les levres , dit la servante, c’est trop pomader , répond Gorgibus, ces pendardes-là avec leur pommade, ont envie de me ruiner, je ne vois par-tout que blanc d’œuf, lait virginal, & mille autres brimborions que je ne connois point ; elles ont usé le lard d’une douzaine de cochons, pour le moins, & quatre valets vivroient tous les jours des pieds de moutons qu’elles employent.
Les peintures les plus licentieuses le sont-elles dans tous leurs traits ?
Ce Prince de la scène, ces merveilleux du logis ; victimes infortunées des maux innombrables aussi honteux que douloureux, fruits amers de leur corruption traînent des corps blasés des membres infects ; une salle de spectacle seroit pire qu’une salle d’hôpital, si la décoration des odeurs plus nécessaire que celles des peintures ne trompoit l’odorat, comme la perspective trompe les yeux, & ce n’est pas moins dans le physique que dans le moral que se vérifia la parole de Saint Paul.
La peinture de leurs désordres les corrigeroit.
Voilà ce que la Foi nous apprend, voilà ce qu’elle nous découvre par ses lumières, et qui assurément n’approchent pas de la réalité ; car on manque de pensées et d’expressions pour donner un portait au naturel, et pour faire une peinture vive et parlante de ce divertissement, qui est aussi ridicule qu’il est honteux ; car si l’extravagance ne s’était naturalisée dans nos mœurs ; nous appellerions folie ce qu’on nomme gentillesse.
Veut-il dire que ce sont des gens tels que sont ceux dont Horace nous fait la peinture, qui menaient à la vérité une vie païenne, mais couverte néanmoins d’un extérieur innocent, et qui n’avait rien qui pût blesser le monde.
Ne semble-t-il pas avoir pris plaisir de faire, en la personne de Dom Juan, une peinture affreuse d’un vrai scélérat, qui n’est capable d’inspirer aux jeunes gens qui en voient la représentation, que des sentiments déshonnêtes, impies et de véritables Athées.