L a Religion a donné la naissance & la durée à ces divertissements, T. […] Mais ces Divinitez ne paroissant point appaisées, & la peste continuant tousiours, on eut recours à des remedes plus surs & plus innocens, & disposant doucement les esprits à la joye, on appella les Boufons du païs d’Hetrurie, qui commancerent ces Ieux Sceniques par de simples mommeries sans art & sans raison, mais qui ne laisserent pas d’avoir quelque effet, & dont le succez quoy que naturel, fit un des principaux mysteres de leur Religion.
Si le but principal de la comédie est d’exciter les passions, parce qu’elle sait que l’homme ne hait rien tant que le repos, et ne se plaît qu’à être remué, celui de la religion Chrétienne est de les calmer, les réprimer, arrêter leurs fougues et leurs saillies, tenir renfermées dans leurs cachots ces bêtes farouches qui ne sont enchaînées que par les liens invisibles de la grâce, c’est le principal exercice de la morale Chrétienne, c’est notre lutte, notre tâche, notre combat journalier, le tout de l’homme Chrétien, la grâce que Jésus-Christ nous a apportée du Ciel est une grâce militaire qui arme l’homme contre lui-même, et le met dans la nécessité de tenir ses passions sous ses pieds, s’il n’en veut bientôt devenir le jouet et le misérable esclave, « actiones carnis spiritu mortificare quotidie affligere minuere, frænare, interimere »S. […] Tertullien dans un ouvrage exprès qu’il a composé contre cet abus, entreprend de faire voir qu’il est incompatible avec la sainteté de la religion que nous professons, car il est certain dit ce docte Africain, que la recherche des plaisirs sensuels est une des passions la plus violente et la plus tyranniquec de l’homme, et qu’entre les plaisirs, celui des spectacles transporte davantage, ils font revivre les passions dans les cœurs les plus mortifiés, les animent, les fortifient, et après avoir comme extasiés ceux qui se repaissent de ces funestes divertissements, et avoir excité des mouvements d’amour, de haine, de joie, de tristesse, le cœur se ferme à ceux de la grâce plus calmes et plus modérés, et y devient impénétrable.
Car quand un Chrétien se trouve au spectacle, pour assister à ce que les Gentils font en l’honneur de quelqu'unj de leurs idoles, c’est approuver l’idolatrie Gentile, et fouler au pied la vraie et divine religion en contuméliek du vrai Dieu. […] Les bêtes cruelles surmontées et apprivoisées par la piété et religion des autres : il verra pareillement plusieurs avoir été ressuscités des morts, et plusieurs corps jà consumés être sortis de leurs sépulchres, pour se réunir à leurs âmes : et surtout verra un merveilleux et admirable Spectacle, à savoir le diable, lequel avait triomphé de tout le monde, gésir tout étendu, sous les pieds de Jésus-Christ.
Or, ce qui réprime cette passion est une certaine horreur que la religion, la coutume et la bonne éducation en donnent ; mais rien n’affaiblit tant cette horreur que les spectacles ; parce que cette passion y paraît sans honte et sans infamie, parce qu’elle y paraît même avec honneur, d’une manière qui la fait aimer ; parce qu’elle y paraît si artificieusement changée en vertu, qu’on l’admire, qu’on lui applaudit, et qu’on se fait gloire d’en être touché. […] Loin de l’exciter en soi et dans les autres, il faut au contraire faire des efforts continuels pour la contenir dans les bornes que la raison et la religion lui ont prescrites.
Le Tartuffe a dévoilé les impostures des faux Dévots, et révélé les mystères des Hypocrites, qui abusaient de la Religion, et de la piété, pour faire leur fortune aux dépens des dupes, et pour se donner impunément toutes sortes de licences. […] Je crois que l’on peut faire le même raisonnement sur les Comédies, et tolérer celles, où l’on ne trouve rien ni contre la piété, ni contre la Religion, et qui peuvent même contribuer à réformer les faibles des hommes, en les divertissant. […] La Comédie qui avait été instituée pour corriger les vices des hommes, et pour réformer les mœurs, servit bientôt à les corrompre par l’abus que l’on en fit, et par les choses licencieuses qu’on y mêla : Mais qu’y a-t-il que les hommes ne puissent corrompre, puisqu’ils abusent de ce qu’il y a de plus saint dans la Morale et dans la Religion, pour favoriser leur libertinage et leurs erreurs ? […] Si les Pères ont tant déclamé contre les spectacles de leur temps, ce n’est pas précisément à cause qu’on y commettait des idolâtries ; mais c’est à cause que l’on n’y parlait que des faux Dieux ; et que tout s’y ressentait de la fausse Religion des Païens ; ce qui se pratique encore aujourd’hui en plusieurs pièces de Théâtre, comme dans l’Amphitryon, où Jupiter et Mercure se cachent sous des figures humaines, pour commettre un adultère.
comme une espèce de rétractation de toutes les libertés qu’il s’était données : car on sait que jamais homme ne fut plus libre en matière de Religion, aussi passa-t-il dans l’esprit du Peuple pour un impie. […] avec quelle pudeur et quelle religion pouvez-vous faire dire à Tertullien que Dieu a établi le Cirque ? […] Cela ne doit pas nous surprendre, le triomphe des passions était réservé à la Religion Chrétienne ; tout son but est de les calmer, de les abattre, de les mortifier, et de les détruire autant qu’on le peut en cette vie. […] Quand Sa Majesté voudra chasser les Comédiens de son Royaume, elle le pourra, et la Religion lui en fournira des motifs ; sa conduite sera autorisée par l’exemple de Saint Louis, et d’autres de ses Prédécesseurs. […] On pardonnerait avec peine à un homme du monde d’ignorer ces premiers principes de la Religion, mais qui pourra le pardonner à un Théologien ?
On en a horreur pour peu qu'on ait de Religion.
des hommes qui font profession de la Religion Chrestienne, n’ayent point honte de se ioindre aux Payens ; qu’ils suiuent auec eux les impietés & les superstitions ; qu’ils corrompent le sens des Sainctes Escritures pour maintenir les abominations des Spectacles ; qu’ils prophanent ce qu’il ne faut manier qu’auec reuerence ; & qu’ils dressent à l’idolatrie vn trophée de nos depoüilles ? quelle odieuse lascheté ; puisque fauorisants de leur presence les spectacles qui sont instituez à l’honneur d’vn Idole, c’est toûjours à la gloire du Paganisme, & au mespris du vray Diev, & de la Religion.
Le plus grand nombre a trouvé trop de faste dans cette amende-honorable, faite à la religion. […] On a vu que l’état de comédien n’est pas plus autorisé en France, par la législation, que par la religion.
Mais Lipse ne doute pas que le changement des temps, de Religion & de domination, n’en ait fait ruyner de beaucoup plus considerables, qui estoient à Lion, Vienne, & ailleurs. […] L es jeux du Cirque estant apuyez, partie sur la Religion, partie sur la Coustume, subsisterent malgré le changement des gousts & des temps.
Enfin, comme si la Religion devoit toujours avoir part à la naissance de la Poësie Dramatique, on attribue l’établissement des Représentations Théâtrales, sérieuses, à ces Pelerins qui revenant de la Terre Sainte le bourdon à la main, voulurent amuser le Peuple. […] Par ces Ouvrages la Musique devenue la maîtresse de la Poësie, dont elle devroit être l’esclave, après avoir corrompu le Théâtre, est entrée hardiment dans nos Temples, & là, sous le manteau de la Religion, Signorregia, regne en Souveraine.
nous faisons profession d’embrasser la Religion Chrétienne conformément aux saintes Lois qui nous y sont prescrites ; et nous y témoignons que nous renonçons au diable, à ses Anges, et à ses pompes. […] Ne font-ils donc profession d’une Religion si sainte, que pour la déshonorer par une conduite si basse et si indigne d’eux, et pour désobéir à l’Eglise, qui leur défend si expressément cette sorte d’amusement.
On introduisit des personnes qui s’entreparlaient ; on en fit un divertissement tout profane : et les séparant tout-à-fait de la Religion, elles devinrent en plusieurs endroits une École de désordre : Car les Auteurs de ces Pièces cherchant leur propre avantage plutôt que l’honneur de ces fausses Divinités pour lesquelles ils n’avaient guères de vénération, prirent pour sujet de leurs Discours les matières les plus agréables, qui sont ordinairement celles qui traitent de l’amour. […] Pour les Sacrifices, il y avait longtemps, et même plusieurs Siècles qu’on les avait séparés de la Comédie : Les Prêtres n’y étaient plus appellés ; les Spectacles n’étaient plus des assemblées de Religion qui eussent demandé qu’on y fût venu dans un esprit de piété ; mais des assemblées de divertissement où chacun ne cherchait que la joie. […] Mais sans nous débattre sur les mots de blasphême et d’idolâtrie ; qu’appellez-vous les pompes du monde, qu’appellez-vous les pièges de satan, qu’est-ce que mépris de la véritable Religion, insulte à la Majesté de Dieu, corruption des bonnes mœurs, si ce n’est cela ? […] On a fait plusieurs excellens Traités pour montrer qu’il y a une infinité de choses mauvaises dans les Comedies même qui passent pour les plus épurées ; et que dans celles qui sont prises sur des sujets sains, toutes les vertus y sont offensées, comme la vérité, la modestie, la patience, l’humilité, la piété même et la Religion, qui en devraient faire le caractère. […] Péché d’autoriser par votre présence des assemblées profanes, où toute la morale de l’Évangile est renversée, où toutes les maximes de l’amour se débitent au scandale de la Religion, où l’on entend des chansons qui amolissent et qui corrompent peu à peu le cœur, Péché dans la complaisance que vous avez pour ces airs languissants et amoureux, quand vous seriez même exempts de toutes passions….
Il est clair que l’action est tout-à-fait modernes ; ainsi l’on fait agir Mercure, Jupiter, dans un tems où l’on ne connait que la Religion Chrétienne, que le culte du vrai Dieu : il est aussi comique d’avoir fait une telle faute, que si l’on fesait paraître un des Saints de la Légende au grand Aléxandre, ou bien à un des anciens Rois de Perses.
Il ne serait point étonnant qu’ils en eussent de meilleurs que les nôtres, puisque chez eux l’état de Comédien n’a rien de vil, & que l’Etat ni la Religion ne le flétrissent point.
On apprend aussi dans cette école des maximes de libertinage contre les véritables sentiments de la Religion.
Ce sont, dit-il, des gens qui ne servent qu’à flatter et à nourrir les voluptés et la fainéantise ; et à remplir les esprits oiseux de vaines chimères, qui les gâtent, et qui causent dans les cœurs des mouvements déreglés que la sagesse et la religion commandent si fort d’étouffer.