/ 214
12. (1707) Réflexions chrétiennes « Réfléxions chrétiennes, sur divers sujets. Où il est Traité. I. De la Sécurité. II. Du bien et du mal qu’il y a dans l’empressement avec lequel on recherche les Consolations. III. De l’usage que nous devons faire de notre temps. IV. Du bon et mauvais usage des Conversations. Par JEAN LA PLACETTE, Pasteur de l’Eglise de Copenhague. A AMSTERDAM, Chez PIERRE BRUNEL, Marchand. Libraire sur le Dam, à la Bible d’Or. M DCCVII — Chapitre XII. Du temps que l’on perd à la Comedie, et aux autres spectacles de même nature. » pp. 269-279

Par consequent fortifier l’attache que nous avons pour ces facultés, et pour leurs objets, augmenter l’impression qu’ils font sur nôtre ame, c’est aller directement contre le but du Christianisme, c’est travailler à affermir ce que cette sainte Religion a entrepris de détruire et d’anéantir. […] Ces mouvemens fortuits, et produits par les occasions, réiterés quelques fois de suite, deviennent des habitudes, et laissent dans l’ame une pente extrémement forte à les produire tout de nouveau. […] Par consequent plus une passion revient souvent, plus elle s’enracine dans l’ame, plus elle est violente et emportée, plus on y est assujetti. […] Mais ce qu’on le voit repurgé des grossieretés qu’on y remarquoit autrefois fait qu’on y va sans scrupule, et qu’on reçoit tout sans distinction, en sorte que les semences du mal, qui y sont répanduës, penetrent jusques dans le fond de l’ame, et trouvent le moyen d’y germer, et d’y fructifier.

13. (1752) Traité sur la poésie dramatique « Traité sur la poésie dramatique — CHAPITRE IV. La Tragédie est-elle utile ? Platon condamne toute Poesie qui excite les Passions. » pp. 63-130

Examinons de plus près la chose, & considerons si cette Partie de notre ame avec laquelle la Poësie imitative a du rapport, est en effet frivole ou sérieuse. […] Le Poëte même Dramatique se sent peu de génie pour exprimer cette tranquillité de l’ame, tout le but de son art n’allant qu’à plaire au commun des hommes. […] Est-ce que vous ne savez pas que notre ame est immortelle & qu’elle ne périt jamais ?  […] Plus un Spectacle jette d’émotion dans l’ame, plus il attache. […] Cette Catastrophe remet les choses dans l’ordre, & l’ame du Spectateur dans la tranquillité.

14. (1757) Article dixiéme. Sur les Spectacles [Dictionnaire apostolique] « Article dixiéme. Sur les Spectacles. » pp. 584-662

ne réveillent-ils pas dans leurs cœurs celles dont ils ont été ou sont les malheureux esclaves, pour donner de l’ame à leur jeu ? […] & quelque effet qu’il produise d’ailleurs, n’est-il pas insipide, si l’ame n’y est remuée ? […] Ignorez-vous que c’est toujours beaucoup nuire à son ame, que de ruiner le rempart qui la mettoit à couvert de l’impression d’objets dangereux par eux-mêmes ? […] le monde a-t-il rien nulle part de plus ébranlant pour le cœur, par le combat des passions qui en fait l’ame ? […] En effet, n’est-ce pas là que l’on remue tous les plus grands ressorts de l’ame ?

15. (1759) Lettre sur la comédie pp. 1-20

On ne dira pas cette fois que c’est un Homme peu instruit, un Dévot imbécille, un Poëte mécontent du Public, un Vieillard sans ame & sans prétentions, qui renonce au Théâtre. […] Tout à-coup la Religion, toujours reconnue & respectée de cet Homme de Lettres, mais combattue encore dans son ame par la fausse gloire, par l’habitude, par l’autorité des exemples, la Religion acheve de lui dessiller les yeux. […] Il s’élevoit souvent des nuages dans mon ame sur un art si peu conforme à l’esprit du Christianisme, & je me faisois, sans le vouloir, des reproches infructueux, que j’évitois de démêler & d’approfondir : toujours combattu, toujours foible, je différois de me juger, par la crainte de me rendre & par le desir de me faire grace. […] Je vous demanderois grace ; Monsieur, sur quelques traits de cette Lettre, qui paroissent sortir des limites du ton épistolaire, si je ne savois, par une longue expérience, que la vérité a toute seule par elle-même le droit de vous intéresser indépendamment de la façon dont on l’exprime, & si d’ailleurs, dans un semblable sujet dont la dignité & l’énergie entraînent l’ame & commandent l’expression, on pouvoit être arrêté un instant par de froides attentions aux régles du style, & aux chétives prétentions de l’esprit.

16. (1778) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre vingtieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre premier. Remarques Littéraires. » pp. 11-51

Mon cœur blessé d’un trait de flamme, résiste & combat vainement ; rien n’est si beau que mon amant, rien n’est si tendre que mon ame. […] Il faut satisfaire à l’esprit aussi-bien qu’à l’oreille, & ne s’adresser à l’imagination que peut arriver plus surement à l’ame. […] C’est une exagération plus qu’oratoire, de mettre l’ame entiere de la nation aux pieds du théatre y prenant des leçons d’héroïsme. […] Que signifient ces paroles, l’ame est une étincelle allumée au feu des yeux d’une femme  ? […] Mais si l’ame de l’homme a reçu la vie aux yeux d’une femme, la femme a donc été été créée avant l’homme ?

17. (1752) Traité sur la poésie dramatique « Traité sur la poésie dramatique —  CHAPITRE X. Des six parties de la Tragédie, suivant Aristote. Examen de ces six parties dans Athalie. » pp. 260-315

Les périls qu’il a courus ont tenu le Spectateur dans de continuelles allarmes : ainsi cette Piéce a pour ame les deux Passions essentielles à la Tragédie, la Crainte & la Pitié. […] Voilà l’espece de Tragédie qui entraîne l’ame où elle veut, suivant le terme d’Aristote. […] Une ame ferme & paisible, étant toujours égale & uniforme, est très-difficile à représenter. […] Ceux-ci au milieu des périls ont cette tranquillité que donne la vertu ; les autres dans la Grandeur & sur le Trône, ont l’ame toujours troublée & inquiete. […] Et qu’en diroit Socrate, qui dans le Passage que j’ai rapporté page 75, interdit la Poësie Dramatique à tout homme qui craint de voir troubler l’œconomie de son ame ?

18. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome II « De l’Art du Théâtre. — Chapitre prémier. De la Comédie-Bourgeoise, ou Comique-Larmoyant. » pp. 6-13

Lorsque nous sommes témoins de quelque événement, nous ressentons ou de la joye ou de la tristesse : il est rare que ce qui nous affecte nous inspire tout à la fois des passions contraires, comme le sont celles que la Comédie-Bourgeoise veut éxciter dans notre ame. […] quel intérêt puis je prendre à une action qui donne à mon ame tant de mouvemens divers ? […] Il est vrai qu’une fois que l’ame est affectée, elle fait peu d’attention à ce qui pourrait la détourner du principal objet qui l’occupe.

19. (1586) Quatre livres ou apparitions et visions des spectres, anges, et démons [extraits] « [Extrait 2 : Livre VI, chap. 7] » p. 590

Je dis miracles divins, pour les discerner d’avec les faux miracles du diable qui par ses prestiges et impostures faisait bien souvent accroire aux Païens qu’il était l’ame d’un mort pour les tromper. […] Elles ne nous soufflent point une rage et une haine en l’ame, ains une paix et dilection.

20. (1762) Apologie du théâtre adressée à Mlle. Cl… Célébre Actrice de la Comédie Française pp. 3-143

Enfin l’Auteur sur la Scène en est réduit au point de ne pouvoir donner de l’ame à ses expressions, de la chaleur à ses mouvemens, de l’éloquence à ses tons, du sentiment à son geste. […] Y a-t-il rien de si rapide & de si puissant sur son ame que le tableau de ses mœurs ? […] La vertu au contraire n’en veut point seulement à celle-ci ; mais en outre à nos facultés principales : à l’ame, par son élévation sublime ; au cœur par ses charmes secrets. […] Tous les autres en un mot acquierent de l’ame, de l’expression. […] S’il lui arrive jamais de nous pervertir, d’amolir notre cœur, d’énerver notre ame, on ne peut pas s’y méprendre : il est aisé de voir que ce n’est pas l’amour ; mais seulement son abus.

21. (1758) Sermon sur les divertissements du monde « SERMON. POUR. LE TROISIEME DIMANCHE. APRÈS PAQUES. Sur les Divertissements du monde. » pp. 52-97

et fallût-il éternellement ignorer les manieres du monde, ne vaut-il pas mieux à ce prix garder votre ame et la sauver ? […] cela est-il d’une ame qui cherche Dieu, qui travaille pour le Ciel, qui amasse des trésors pour l’éternité ? […] De quels mouvements divers l’ame est-elle agitée selon les divers caprices du hazard ! […] Or si c’est enfin votre pied, ne l’épargnez pas, parce qu’il vaut bien mieux perdre votre pied, votre main, votre œil, tout votre corps, que de vous mettre en danger de perdre votre ame ; Bonum tibi est. […] parce que l’un de ces trois caracteres suffit pour vous damner, et qu’il n’y a point de divertissement qui puisse compenser la perte de votre ame, et que vous ne deviez sacrifier pour votre salut.

22. (1776) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-neuvieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-neuvieme. — Chapitre VI. Dorat. » pp. 141-175

Notre Prélat regne en maître absolu, Dispose seul de cette ame facile, Lui fait tout faire au nom de l’Evangile, Et se prépare à des plaisirs d’Elu. […] Il doit trouver dans son ame toute la virilité de son sexe qu’il a perdu. […] Ses ouvrages sont des éclairs ; les émotions qu’il donne sont si promptes, que l’ame n’a pas le temps de les rassembler & d’en former le sentiment, cet acte intérieur & délicat qui seul constitue le plaisir. […] Cet Abbé, Poëte, étoit d’une bonne maison, quoiqu’il fit des jolis vers ; il avoit l’imagination brillants, l’ame sensible & pleine de chaleur, ouverte aux douces impressions de la volupté. […] Jouissance morne, inquiéte, qui répugne à toute ame honnête, qu’un Egoïsme féroce n’a pas encore dénaturé.

23. (1781) Réflexions sur les dangers des spectacles pp. 364-386

quand au lieu d’une jeunesse mâle et vigoureuse, on ne trouvera plus que de petits squelettes pâles, hideux, sans énergie dans l’ame comme sans force dans le corps ? […] Il lui faut plus d’une espèce d’étourdissement pour assurer l’heureux oubli de ses fatigues et de ses peines, et rendre à son ame diversement agitée le calme nécessaire à des opérations sages et utiles. […] Quelle vigueur d’ame peut déployer un peuple dont toute la récréation, on pourroit dire aujourd’hui, toute l’occupation, est de se repaître de spectacles propres à nourrir la mollesse et la paillardise ? […] On verra renaître avec les mœurs l’énergie de l’ame, la force et la santé du corps ; les plaies de l’humanité se prêteront à un traitement vivifique ; le gouffre qui se préparoit à engloutir les générations, se refermera sur lui-même…. […] Quand l’ame une fois est épanchée et répandue hors d’elle-même, elle prend de la haine contre tout ce qui pourroit l’y faire rentrer.

24. (1768) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre onzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littéraires, sur le théatre. — Chapitre II. Autres Anecdotes du Théatre. » pp. 43-70

Aucun spectacle, dit-il, ne mérite l’attention du sage, le sage prouve la force, la vertu, (la santé) de son ame, quand il les méprise autant que le vulgaire les admire : Epist. famil. […] S’il ne s’accoutume à penser, à sentir noblement chez lui & chez ses amis, si dans les moindres procédés il n’est observateur scrupuleux des bienséances, qui sont l’ame de la société, & le lien de toutes les vertus ; s’il ne vuide son cœur de mille petites passions indignes de l’honête-homme, elles l’arracheront sans cesse à son tâlent, à son emploi, & en feront un comédien corrompu : où sont ces acteurs admirables ? […] La fureur des grands pour les filles de théatre est aussi singuliere que celle des Persans pour les femmes de Visapour ; l’ame des unes est aussi laide que la peau des autres. […] L’ennui profond d’une ame sterile perce à travers leur rire d’étiquete ; empoisonnés dans un cercle d’intrigues qui les dégradent, ils vieillissent en pirouétent. […] Le pittoresque de la musique ne forme qu’un tableau des mouvements de l’ame, jamais des conversations ni des idées spirituelles de la poésie, des regles, des axiômes, &c.

25. (1767) Réflexions sur le théâtre, vol 6 « Réflexions sur le théâtre, vol 6 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE SIXIÈME. — CHAPITRE VIII. Sentimens de S. Chrisostome. » pp. 180-195

Je vous exhorte donc & vous conjure d’aller vous confesser & faire pénitence en particulier des péchés commis au théasre, qui ne sont pas médiocres ; vous puniriez un domestique qui mettroit des ordures dans un vase d’or destiné à renfermer des parfums ou des pierres précieuses, faites-vous moins de cas de votre ame ? […] Couverte des feuilles de la parure & de ses agrémens, elle a aveuglé votre ame ; mon discours sera la hache qui coupera cet arbre infortuné. […] Grand nombre y passent les jours entiers, ce qui cause dans leurs maison de grands désordres ; ils apprennent avec grand soin ce qu’ils y entendent dire ; & pour le malheur de leur ame leur mémoire trop fidele ne le leur rappelle que trop : tandis qu’ils ne peuvent sans impatience être un moment à l’Eglise. […] Il vaudroit mieux couvrir votre visage de boue que de voir avec plaisir l’image du crime : la boue ne nuit pas tant à vos veux, que la vue de ces objets nuit à votre ame. […] De même que les ordures souillent & bouchent les oreilles du corps, les discours, les chansons, les vers licentieux souillent & bouchent celles de l’ame.

26. (1754) Considerations sur l’art du théâtre. D*** à M. Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Geneve « Considérations sur l’art du Théâtre. » pp. 5-82

Les différens mouvemens de l’ame y sont exprimés : les ressorts secrets que le vice & la vertu font jouer successivement, y sont exposés au grand jour : le spectateur juge. […] Dans la Tragedie de Mahomet, que vous approuvez du moins en partie, vous appréhendez que la grandeur d’ame qu’il étale, ne diminue l’atrocité de ses crimes. […] L’ame y acquiert de nouvelles lumieres, & le corps n’y perd rien de sa vigueur. […] La multiplicité des images qu’elles nous présentent, éleve notre ame & lui procure de nouvelles lumieres. […] Mais cette crainte dans une ame généreuse cede au desir de se rendre utile à ses concitoyens, & de mériter par ses travaux le prix de l’approbation & de l’estime publique.

27. (1769) Réflexions sur le théâtre, vol 8 « Réflexions sur le théâtre, vol 8 — RÉFLEXIONS. MORALES, POLITIQUES, HISTORIQUES, ET LITTÉRAIRES, SUR LE THÉATRE. LIVRE HUITIEME. — CHAPITRE VI. Euphemie. » pp. 129-148

l’ame est déchirée, ne déchire pas. Dieu ne peut changer mon ame ; pour me vaincre, il faut tout son pouvoir. […] Ma raison impuissante ou vain la repoussoit dans mon ame expirante. Qu’est ce qu’une ame expirante, des larmes repoussées dans une ame expirante ? […] l’ame.

/ 214