a fait un Livre tout entier contre les spectacles, où il les rejette tous avec horreur, comme des extravagances, des allumettes d’impureté, et des inventions diaboliques ; mais il n’invective pas moins fortement contre ces actions profanes dans son Apologétique.
Je suis ici comme une pauvre biche poursuivie d’une meute de chiens affamés dont les uns ne demandent que de faire curée de mon honneur, les autres sous le spécieux nom de mariage persécutent mon intégrité, et les uns et les autres me sont en horreur comme contraires au dessein que j’ai fait depuis le temps que j’ai eu du ciel quelque lumière de connaissance de n'être jamais à autre époux qu’a Jésus-Christ Crucifié.
un lieu où sont représentés avec une étonnante précision tous les ridicules de la pauvre humanité, depuis ceux du prince assis sur le trône, jusques à ceux du pauvre couché sur la poussière ; où l’hypocrisie mise à nu, succombe sous le poids des anathèmes publics ; où la liberté trouve toujours des applaudissements, et la tyrannie des sifflets ; où le fanatisme excite l’indignation, la pitié ou le mépris, et où la charité, la tolérance sont toujours accueillies avec transports ; où enfin tout ce qui est juste, noble, généreux, désintéressé, trouve sympathie, et où l’on ne repousse que ce qui est contraire aux vrais intérêts des peuples et au bonheur de l’humanité : voyez l’épouse de Thésée, bourrelée de remords, et expirante au milieu des plus cruelles angoisses, victime d’une flamme coupablee ; quel cœur de femme n’a pas frissonné d’horreur aux accents de désespoir, de rage et de fureur de notre immortelle tragédienne dans le rôle de la belle-mère d’Hippolytef !
pourquoi passer une partie de la vie où l’on aurait horreur de mourir, et un sentiment si naturel n’est-il pas un puissant préjugé contre la prétendue justification du théâtre profane ?
À peine ai-je trouvé quelque tempérament dans les Scholastiques, qui presque tous sont d’avis de lui faire grâce, que je me sens accablé par un torrent de passages des Conciles et des Pères, qui depuis le premier jusqu’au dernier, ont tous fulminé contre les Spectacles, et ont employé la ferveur de leur zèle, et la vivacité de leur éloquence pour en donner une si grande horreur aux Fidèles, que les consciences faibles et timorées ne veulent pas même qu’il soit permis d’en disputer. » Qui ne croirait que notre Théologien ayant à prendre ici parti, s’en va renoncer aux Scholastiques pour se ranger du côté des Conciles et des Pères, qui depuis le premier jusqu’au dernier, ont tous fulminé contre les Spectacles ? […] En vérité, je ne sais ce que l’Auteur veut dire, quand il avance que la Comédie est réformée, et qu’on y peut trouver une École de vertu : Pour moi, je ne saiS ce que les anciens Théâtres avaient de plus contraire aux bonnes mœurs ; j’entends de ceux dont les horreurs étaient bannies, et contre lesquels néanmoins les Pères et les Conciles se sont tant récriés. […] Je laisse à part toutes ces autres passions de colères, de vengeance, d’ambition, d’amour propre qui paraissent dans leur excès avec honneur sur le Théâtre, et qui par ce moyen effacent dans les esprits ce caractère d’horreur que Dieu y a attaché, pour empêcher que les hommes ne s’y abandonnent. […] La Politique se contente de défendre et de punir les péchés qui sont nuisibles à la société humaine, ou qui ont quelque difformité criante, comme les impiétés et les impuretés qui font horreur.
On sort du Théâtre, rassuré contre l’horreur naturelle du crime ; & ce même plaisir y ramene souvent ceux qui l’ont une fois goûté. […] Telles sont la valeur, la générosité, la grandeur d’ame, l’amour de la patrie, la haine de la violence & de la cruauté, l’horreur de la servitude & le goût de la liberté. […] L’Auteur observe avec beaucoup de raison, qu’il n’est pas nécessaire que les objets que le Peintre a voulu représenter, soient parfaits en eux-mêmes, & qu’on peut faire une représentation très-parfaite d’une chose très-imparfaite ; que celles mêmes dont la vûe fait horreur, nous sont rendues agréables par la Peinture, parce que ce n’est pas la perfection de l’objet qui nous plaît, mais celle de l’Imitation .
Il est certain que les combats de Gladiateurs produsoient ce double effet ; la moitié des spectateurs y frissonnoit d’horreur.
Les premiers chrétiens l’avoient si fort en horreur, que l’éloignement du théâtre étoit une marque de christianisme reconnue dans les deux religions.
Examinez bien, mes Frères, ce qui se passa aux noces d’Abraham, d’Isaac, de Jacob & des autres Saints dont parle l’Écriture : vous verrez qu’il n’y est fait aucune mention de danses & de semblables légéretés ; au contraire, il est dit de Sara que voulant attirer la miséricorde de Dieu sur son mariage avec le jeune Tobie, elle déclare qu’elle a toujours eu en horreur de semblables amusements : Tob.
Au reste , ajoute-t-il, les Luthériens ne sont pas prédestinateurs comme les Calvinistes dont ils ont horreur : mais on vous pardonne aisément cette faute ; vous avez plus étudié l’ancienne Mythologie que les Systêmes théologiques.
Les Législateurs, les Magistrats peuvent permettre ces horreurs, & les villes y applaudir & s’en faire une fête !
Je renonce aux maximes de ce monde trompeur : je déteste ses Loix : je ne veux point de commerce avec un Peuple qui vous méconnoît : j’ai en horreur les fausses Divinités qu’il respecte : les Idoles qu’il adore ne sont point des Dieux comme le nôtre : ils sont l’ouvrage de ses mains ; vous seul, ô mon Sauveur, mérités qu’on vous aime, qu’on vous serve, qu’on vous adore ; & les Loix corrompuës de Babilone n’ont rien de commun avec les saintes Loix de Jerusalem.
Quant aux Tyrans, on n’en a besoin nulle part : il suffit de les montrer ; et vous n’ignorez pas les motifs qui portent nos Auteurs à les produire sur la scène : c’est pour en faire l’objet de l’exécration publique, et quelque bien établie que soit à Genève la haine de la Tyrannie, il n’en est pas moins sage de justifier, de nourrir et de fortifier cette haine par les tableaux des horreurs que les Tyrans ont su commettre.
Leur vénalité est en horreur dans le sanctuaire ; ce trafic est un sacrilege. […] Il n’y a point de Chrétien ni ne doive avoir horreur du théatre.
Une décoration profane, l’état, les mœurs des Comédiens défigurent encore plus les choses saintes ; un Ministre des autels, et un Comédien ; le caractère d’un Saint, et un métier infâme ; les fonctions des Anges, et l’emploi du démon ; une Eglise, et une salle de spectacle ; qui peut soutenir l’horreur du contraste ! […] Tel ce sacrilège qui dans les expressions de l’amour divin cherchait de quoi faire des déclarations infâmes ; tel ce Peintre scandaleux qui choisit les histoires de Joseph, de Bethsabée, de Suzanne, pour renouveler les horreurs d’Arétin et des Carache ; tel l’impie Hérode, curieux de voir Jésus-Christ, non pour se ranger sous sa loi, mais pour repaître ses yeux de quelque prodige, mais pour s’en jouer et le renvoyer couvert, en dérision, d’une robe blanche : « Sprevit eum cum exercitu tuo. » N’en dis-je pas trop ?