Ici tout étoit réel : tout cela, dit Fréron, s’est sait à Manheim, à la Cour de l’Electeur Palatin, avec une dépense qu’on ne peut imaginer, pour la fête de Madame l’Electrice, le jour de Ste. […] Ce Prince ayant considéré que la décoration de cet édifice devoit correspondre à celle de son palais, a choisi pour en faire l’extérieur & la premiere cour. […] Le premier ordre est Toscan, il régne dans toute l’étendue de la façade du palais, & forme la terrasse au devant de la Cour, dans laquelle on entre par trois portes également commodes, & remplies par des menuiseries enrichies de bronze & d’ornemens bien travaillés. […] L’avant corps du fonds de la cour est couronné d’un attique dont le fronton circulaire renferme le Blason de la maison d’Orléans, soutenus par des figures ailées.
Mauvais ragoût pour une actrice jeune, belle, pleines de graces, courue de toute la cour, qu’il travailloit à rendre infidelle, comme de concert avec ses amans. […] La Cour reprend la direction de l’Opéra, qu’on avoit donnée à la ville de Paris. […] M. après avoir dansé toute la nuit au premier bal, est allée au second à quatre heures du matin avec toute sa cour. […] Il y a dans ses romans des traits ingénieux, des portraits bien dessinés, des sentimens nobles : c’est le portrait de la Cour en beau. La douceur & l’honnêteté de son caractere lui fit bien des amis ; des traits de satyre sur le libertinage de la Cour, qui d’ailleurs s’en embarrasse peu, plusieurs ennemis.
Le Mercredi, 26 juin, la Cour assemblée, fit défense aux Gilosi, de plus jouer leurs Comédies, parce qu’elles n’enseignoient que Paillardises. Après avoir présenté à la Cour les Lettres patentes, par eux obtenues du Roi, afin qu’il fût permis de jouer leurs Comédies, ils furent renvoyés, & défenses à eux faites, de plus obtenir & présenter à la Cour, de telles Lettres, sous peine de dix mille livres d’amende. » Ce fait, cité par Mrs. les Encyclopédistes, nous est confirmé par Mezeray « le luxe, dit cet Auteur, appella du fond de l’Italie, une bande de Comédiens surnommés Li Gilosi, dont les piéces toutes d’intrigues, d’amourettes & d’inventions agréables, pour exciter & chatouiller les passions, étoient de pernicieuses Leçons d’impudicité. […] Huerne de la Mothe, Avocat au Parlement de Paris, osa, en 1761, entreprendre, sous les yeux de la Cour, de se déclarer pour la profession de Comédien, & de la faire enfin relever, en partie, des flétrissures, dont elle a été tant de fois frappée. […] Huerne, le corps des Avocats dit, que c’est une critique indécente de tout ce qui condamne & frappe sur les Acteurs … Après cet exposé, & examen fait dudit Imprimé , dit l’Arret du 22 Avril 1761… Le vœu unanime des Avocats sur la personne qu’ils rejettent de leur sein, fut confirmé par l’autorité de la Cour… Et le Livre en question lacéré & brulé par l’exécuteur de la haute justice. […] &c, la Cour la plus auguste, un Corps entier d’Avocats les plus éclairés, enfin les écrivains les plus célébres du monde Chrétien, font la guerre au bon esprit, & commettent une injustice criante, en condamnant, en infamant, & en excommuniant les Comédiens.
Si ces derniers n’y vont pas à la ville, ils s’y trouvent du moins à la cour. […] Il y avoit toujours aux spectacles de la cour, un banc qu’on nommoit le banc des évêques. […] On répéte ce propos usé, « que Molière a plus corrigé de défauts à la cour, lui seul, que tous les prédicateurs ensemble ».
Je veux te maintenir et te faire ma cour, Grossir tes revenus et les tripler en caisse.
Il en a rempli sa Cour & ses provinces ; & ce n’est pas un des moindres maux que fait le théatre de Paris, de répandre ce goût dans les pays voisins, qui seroient garantis de la contagion. […] Le Juge postulant se présente à la Cour ; Il a pris ses dégrés & soutenu ses theses A l’Université des coulisses Françoises De crainte que Cujas ne gâtat son cerveau, Il ne sait que Mouhi, Moncrif & Marivaux. […] Dans leurs vastes Palais on chercheroit un jour Avant que de trouver le Prince avec sa Cour. […] En badinant ils savent convertir, Quand les sermons fulminans que vous fîtes N’ont jusqu’ici point fait de prosélites, Tartuffe au moins charme jusqu’en ce jour Et fait rougir plus d’un Prélat de Cour, En démasquant la fausse hypocriste.
Mais quelle horreur n’aura-t-on pas pour un Scélérat protégé ou puissant qui, après s’être impunément souillé de tous les crimes, aura néanmoins été assez bien servi en Cour pour en sortir blanc et net, et pour obtenir même un poste éclatant du haut duquel il insulterait à la probité, braverait les lois, opprimerait les faibles et les innocents : un tel homme serait d’autant plus odieux à tout le monde qu’il jouirait tranquillement de ses forfaits, et qu’il serait heureux au sein du crime : ceux qui se seraient attendris pour lui en le voyant conduire au supplice deviendraient eux-mêmes ses bourreaux, au moment qu’ils le voient heureux. […] « Vous n’avez jamais vu qu’une fois l’Auteur d’Atrée et de Catilina, et ce fut pour en recevoir un service : vous estimez son génie et vous respectez sa vieillesse ; mais quelque honneur que vous portiez à sa personne, vous ne devez que justice à ses pièces ; et vous ne savez point acquitter vos dettes au dépens du bien public et de la vérité. »cc Ne dirait-on pas que vous êtes un de nos Académiciens et que par conséquent, juge éclairé de la Littérature Française, vous ayez été forcé par état de prononcer contre les écrits de votre bienfaiteur, et que les ordres de la Cour vous aient mis dans le cas d’opter entre le ménagement que vous lui deviez et l’accomplissement de vos devoirs ? […] On accusait avec la dernière lâcheté M. de Voltaire d’attenter à la gloire de M. de Crébillon ; je crus faire ma Cour à celui-ci en lui portant ma critique de Nanine pour la lui faire approuver en qualité de Censeur, j’allai le lendemain pour en chercher l’approbation. […] Un engagement de la part du Marquis de Montperny pour la Cour de Bayreuth, avec les recommandations les plus flatteuses et les plus capables d’y assurer mon bonheur.
1763) avec une ridicule emphase la description d'un ballet donné à Fontainebleau, où, dit-on, les Princes, Seigneurs et Dames de la Cour les plus distingués, jouèrent, déguisés en Indiens et en Sauvages, et que la Reine en faisait les honneurs. […] On s'ennuie à la Cour, à la ville, à la campagne, avec ses supérieurs, ses amis, sa famille. […] Le voyage dans un pays inconnu, ou le Temple de la piété (il fallait dire au temple), livre nouveau, où le sieur Compan tâche d'égayer la piété par de petites aventures, comme le voyage de Jean de Palafox, les romans immenses de l'Evêque du Bellay, d'un Minime d'Avignon, le château de l'âme de Sainte Thérèse ; ce pieux Roman trouvant la piété ennuyeuse, malgré toutes ces aventures, imagine de la faire divertir au théâtre, et lui forme jusque dans son temple la cour la plus singulière ; il lui donne pour favoris Borromée, François de Sales, Corneille et Racine. […] La politique à la Cour, la dépendance auprès des supérieurs, obligent à des mesures, à une retenue, dont on ne pourrait s'écarter sans risquer de déplaire par un air d'inattention et de familiarité.
Plusieurs Auteurs ne disent rien de celui-ci, mais ils en citent un autre intitulé les Amours d’Hercule, qu’ils prétendent le plus ancien, dont les paroles étaient Italiennes, & qui fut joué devant la Cour dans la sale du Louvre. […] Ce Drame chantant du père de notre Tragédie, ne fut représenté que pour la cour. […] L’on vit danser aux représentations de plusieurs de ses Poèmes, tout ce qu’il y avait de plus distingué à la Cour. […] Germain, M. le Dauphin & Madame la Dauphine ; Mademoiselle, la Princesse de Conti, le Prince de Conti, le Duc de Vermandois, & Mademoiselle de Nantes ; avec ce que la Cour avait de mieux en jeunes personnes tant en hommes qu’en femmes. […] 59 Les Poèmes chantans qu’on a représenté depuis quelques années à la Cour, ont sur-tout le défaut de la sécheresse & des anti-thèses.
Livre des Vanités de la Cour, Chap. 8.
L’approbation de la Cour a fait sa fortune ; elle est en possession de donner le ton. […] La Cour n’en ayant pas fait le même éloge, son succès a été médiocre. […] Des brigands de la Cour quels effets déplorables ! […] Tel est l’esprit de la Cour où il est applaudi. […] Quelque bien ou mal fait que soient l’un ou l’autre, & quelque esprit qu’ils aient ou qu’ils n’aient pas, on ne fait pas parler à un Prince le jargon du village, ni à un manant le langage de la Cour.
Ainsi Fenelon étoit le sage, Moliere le fou de la Cour. […] Un Valet de chambre, un Fripier, un Histrion, qui a couru les provinces en Tabarin, qui l’est encore à la Cour, fait-il l’honneur de la patrie ? […] Un autre trait qui n’est pas moins singulier, c’est l’opposition de l’ancienne Académie avec la nouvelle, de l’éloge de Moliere proposé, couronné 100 ans après sa mort, avec la condamnation qui en fut faite de son vivant par les Académiciens les plus respectables, l’honneur de leur Corps, qui l’ont vu & connu, & vécu à la Cour comme lui. […] Je n’excepte pas même Boileau, quoique attaché à Moliere, le craignant, & lui faisant la Cour. […] Cela est si peu vrai, que personne ne s’est fait plus que Moliere des ennemis de toutes parts, à la Cour, à la ville, dans sa famille, dans sa troupe, précisément par cette parfaite imitation.
Il n’en eût pas plus fait dans le délire de la jeunesse, & dans le luxe de la Cour. […] Sans ressusciter les morts, on auroit trouvé dans une Cour si corrompue, vingt personnes du même caractère, pour les joindre à Néron. […] Plusieurs Prélats ont écrit contre ; dans tous les diocèses, les statuts sinodaux la défendent, sous des peines plus ou moins grandes ; il peut se trouver des Evêques qui y sont allés, soit pour faire leur cour, comme sous le regne de Richelieu & de Mazarin, soit par curiosité, soit si l’on veut, par libertinage. […] Les acteurs sont des Rois souverains, & les actrices des Divinités, qui dans leurs tripots, ou pour parler plus décemment dans leurs temples, ou dans leur cour, donnent des loix aux auteurs, aux spectateurs, aux amateurs, & de proche en proche, à la nation. […] Que penseront nos neveux, s’ils apprennent que quand des acteurs & des actrices avoient mérité d’être punis, (le Kain, la Clairon) ils avoient jusque dans leur prison, une espece de cour, (à l’Abbaye de Saint-Germain) que leur maladie, (Molé) cause la plus vive tristesse, que leurs confreres ne pouvoient ouvrir la scéne qu’auparavant ils n’eussent dissipé nos allarmes par des nouvelles consolantes.
Il est vrai qu’autrefois le théatre n’étoit gueres connu qu’à la Cour & à Paris ; les Provinces n’en étoient pas encore infectés, on n’y voyoit que quelques tretaus, où des Tabarins, pour attirer le monde & vendre leur orviétan, donnoient quelques farces aux peuples. […] Or le geste & la déclamation théatrales ne conviennent ni à la chaire, ni au barreau, ni à la société, ni aux assemblées, ni à la Cour, ni à la guerre ; on se rendroit ridicule, si on y paroissoit, y parloit, y gesticuloit comme un Acteur sur la scene. […] la cour de nos coquettes & de nos petits maîtres seroit bien déserte, si on les estimoit à ce taux, si on les mettoit dans ce creuset, L’Education d’un jeune Seigneur qui parut en 1724, est l’ouvrage d’un homme de bien. […] Chrisostome qui déployoit toute sous éloquence sous les yeux même de la Cour contre les spectacles que donnoit l’Empereur & l’Impératrice. […] Comment le Roi de Prusse, qui veut tant, dit-il, conserver la pureté des mœurs, a-t-il pu introduire, protéger la comédie dans cette même Allemagne d’où la pureté des mœurs l’avoit fait bannir, & lui-même la fréquenter avec tous ses Chevaliers, je veux dire ses Officiers, ses Ministres, sa Cour, & la tant préconiser dans ses ouvrages ?
Catherine de Médicis, mère de trois rois, si célèbre dans nos annales, soit qu’on l’envisage du bon ou du mauvais côté, ajouta les spectacles aux divertissements de la cour. […] Le parlement les rebuta, comme personnes que les bonnes mœurs, les canons, les Pères de l’Église et nos rois de France avaient toujours réputées infâmes, et leur défendit de jouer ni de plus obtenir de semblables lettres, sous peine de 10.000 livres d’amende applicable aux pauvres ; et néanmoins, dès que la cour fut de retour de Poitiers, le roi voulut qu’ils rouvrissent leur théâtre.
La mort de la Reine occasionna à Toulouse un différent, le Président du tribunal en ayant vu la nouvelle dans la gazette, fit cesser les spectacles ; les Echevins les firent continuer, disant qu’il faloit attendre les ordres de la Cour, que la gazette n’étoit pas un ordre. […] C’est une vicissitude de fortune, on est admis ou réfusé, selon qu’on sait mieux faire sa cour. […] L’amour n’étoit pas le foible de ce Jésuite, qui avoit alors plus de cinquante ans ; son plus grand crime fut d’être en bute à une cabale qui ne savoit point pardonner, & d’avoir eu la foiblesse de prêter l’oreille aux prétendus miracles de la pénitente, dont la réputation de sainteté, augmentoit celle du directeur : aussi le Parlement d’Aix jugea que le seul dénouement que l’on devoit donner à cette cause ridicule, qui pouvoit devenir funeste, étoit de mettre les parties hors de cour & de procès . […] Dans une accusation capitale, comme celle-là, on ne met pas hors de cour & de procès.
Je ne doute pas que les Empereurs de Constantinople, & toute leur Cour, n’aient employé ce fonds d’or, sous les diamants innombrables dont ils étoient chamarrés, St. […] On a vu long-tems les Séminaires qui se piquoient de régularité, inexorables sur l’usage de la poudre, & les Evêques ne pas les souffrir à leur Cour. […] Julien l’Apostat montant sur le trône, trouva trois mille Barbiers, occupés dans le Palais au service de la Cour, qu’il réduisit à une trentaine. […] Cette Cour étoit digne d’un Prince aveuglé de l’amour des femmes.
Vous saurez donc qu’à Noyon, sous Clovis, Par son exemple instruisant le fidele, Le bon Medard, des Prélats le modele, En digne Apôtre, en Saint vivoit jatis ; Un vain blason n’ornoit point son carrosse, Sur le tissu de ses simples habits N’ondoyoient point la moire & le rubis, Dans un vieux chêne on façonnoit sa crosse ; A tout l’éclat des pompes de la Cour, Il préféroit, tranquille & solitaire, De Salenci le champêtre sejour. […] L’Auteur du Mémoire invoque un autre Evêque, qui, quoiqu’il ait vécu dans la Cour la plus fastueuse, & formé de grands Princes, n’en avoit pas moins les modestes sentimens & l’aimable simplicité des bergers. […] Un Seigneur à la Cour, à l’Armée, au Collége, à l’Académie à Paris, quelquefois un enfant, peut-il être instruit des mœurs de toutes ces filles ? […] Pourquoi aller chercher un village & un saint Evêque, qu’on défigure & qu’on profâne, & faire parler des paysans comme des gens de cour ?
A la cour, où d’agréables farceurs jouent tous les personnages qu’ils croyent propres à faire leur fortune, la beauté avec ses charmes, la politique avec ses intrigues, l’orgueil avec son luxe, la comédie avec ses traits efféminés, l’hypocrisie avec ses dissimulations, la volupté avec se délicieux repas, le bal & le spectacle avec leur mélange des deux sexes, hélas ! […] Sa sœur aussi parée paroît souvent habillée en homme, ses beaux & longs cheveux frisés, poudrés, flottant sur ses épaules : ce qu’on appelle ici, queue de renard : Le clergé, qui lui fait assiduement sa cour, l’accompagne par-tout. […] A table, au jeu, à la promenade, on voit autour d’elle le Sacré Collége empressé à lui plaire, qui vaut bien celui de la Cour de Rome, & que Pasquin traiteroit de mascarade. […] Telle est la foiblesse de l’esprit humain qui ne peut être d’accord avec lui-même, la foiblesse du cœur qui ne peut se détacher en entier du plaisir même qu’il se défend, & le torrent de la flatterie qui, pour plaire à la Cour, se fit un mérite d’imiter Madame de Maintenon à Saint-Cyr.
Les Comédiennes ne sont pas plus immodestement habillées qu’à la Cour & à la ville, elles en suivent les modes. Ce n’est pas faire l’éloge des femmes de la ville & de la Cour. Rendons justice à la vérité, il y a sans doute à la ville & à la Cour des femmes immodestes, mais ce n’est pas le grand nombre.
Il en eut une autre ensuite entre Amboise & Tours, acquise depuis, & fort embellie par un autre Ministre retiré de la Cour comme lui. […] Le grand Voltaire n’aura plus à exercer son éloquence & sa verve contre le contraste tant de fois reproché entre l’infamie civile & canonique, attachée au métier de Comédien, & les honneurs infinis, dont la Cour, la ville & le royaume les comblent, & l’empressement avec lequel ils sont courus. […] C’est la Cour même de Thalie, Sonnez, grelots, de la folie, Laissez le chagrin à la porte. […] On y chautoit leurs exploirs & leurs victoires : bassesse de la Cour & du peuple de célébrer sa défaite & sa servitude, & l’usurpation de leurs vainqueurs ; ils y passoient pour des Dieux, & leur artillerie pour la foudre. […] Il faisoit distribuer le reste aux Seigneurs les plus distingués de la Cour.
Le rafinement du goût corrompu des Villes, les maximes scandaleuses de la Cour, l’appareil du luxe & la morale épicurienne. […] La morale de nos productions amusantes sera toujours vaine, parce qu’elle n’est que l’art de faire sa cour au plus fort, c’est-à-dire, aux gens dont le cœur est gâté ». […] Les Souverains leur faisoient la cour, pour être loués dans leurs Poëmes : honneur que quelques Poëtes n’accordoient pas légerement. […] Il y avoit en Provence la fameuse Cour d’amour. […] La Cour abandonna ces divertissemens, où il arrivoit toujours malheur ; & on les vit remplacés par les jeux de Théatre & les Ballets, où le Roi, les Princes & les Seigneurs étoient Acteurs : mais ce n’étoit que des fêtes extraordinaires, qui n’avoient lieu que dans des événemens qui rassembloient à la Cour les personnes d’état à y paroître.
Le Tribunal de la Cour ne regarde que l’administration & la discipline intérieure entr’eux ; mais non les étrangers, les ouvriers, les auteurs, les débiteurs, les créanciers, &c. à l’égard desquels on n’a rien changé à la justice ordinaire. […] Il tâche d’en montrer les avantages ; la cour, la ville l’approuvent, les gens de Lettres le désirent : je le crois lui seul tout cela. […] Le sieur Palissot peint les vices & l’irréligion avec une vérité, une force, une énergie qui ne peut manquer de déplaire à la cour de Thalie. […] Il auroit dû demander l’assemblée des Chambres, & la Cour garnie Pairs. […] Après trente ans de patience & de priere, il vint des ordres de la Cour de la jouer.
Vous objectez (page 12) que des obscénités (je ne puis me résoudre à répéter l’expression que vous avez employée) dites sur le théâtre de la cour, y blesseraient les oreilles d’une jeune fille autant qu’ailleurs. […] J’aurais pu, en multipliant les citations, ne pas me borner à Louis XIV dont, quoique vous en disiez, la danse ne fut pas le plus grand péché ; une foule de traits auraient prouvé que ce prince n’était pas le seul qui eût du goût pour cet exercice : on sait que le duc de Chartres, depuis Régent, s’attira l’admiration de toute la cour par un menuet et une sarabande qu’il dansa au mariage du duc de Bourgogne, où celui-ci se distingua lui-même en dansant une courante.
On le soupçonna d’aimer la bonne chère, et il pratiquait le jeûne le plus rigoureux, il venait à jeun aux repas de cérémonie qu’il était obligé de donner à sa Cour. On l’accusait d’avoir du goût pour les combats et la chasse des bêtes féroces, et il les fit tuer toutes à même temps : « Omnes feras uno momento jussit interfici. » On disait qu’il aimait les jeux du cirque et du théâtre, il n’y parut plus, il ne les permit plus, même les jours solennels de sa naissance et de son couronnement, où ils étaient d’usage : « Ne solemnibus quidem natalibus, vel imperialis honoris gratia putabat celebrandos. » Tant il savait être son maître, et dans l’âge le plus tendre égaler la force et la sagesse des vieillards : « Adolescentem videres senilem ferre sententiam. » Il y avait à Rome une Courtisane d’une beauté parfaite, qui corrompait la jeune noblesse, d’autant plus dangereuse que c’était une Comédienne (car dans toutes les affaires de galanterie il se trouve toujours quelque héroïne de théâtre) : « Scenicæ cujusdam forma et decore Romæ adolescentes nobiles deperire. » Valentinien ordonne qu’on la fasse venir à la Cour.
Il y eut d’abord sur le tard un très-bon soupé, où les principaux paroissiens furent invités ; après le repas, les convives se rendirent sur la terrasse du presbitere, & ceux de la campagne dans la cour, & aux environs, pour voir tirer un fort beau feu d’artifice, dont ces bonnes gens n’avoient aucune idée ; il réussit parfaitement, surtout un grand arbre Chinois, & un soleil dont les feux également vifs & variés, firent (qui en doute) l’admiration des spectateurs, qui, jusqu’alors pour tout feu de la Saint Jean avoient brûlé quelques bottes de paille, ou quelques sarmens. […] Quelle estime pour la Réligion chrétienne doit donner la Foi du Sujet, qui, par son indifférence pour la Réligion, croit prouver son amour & la fidélité pour son Prince ; ce n’est point la foi Catholique qui fait les Martyrs, c’est la foi des Dieux, des tems de la Cour. […] D’ailleurs pour justifier la Cour de Rome du luxe, de la dissipation, des mauvaises mœurs dont on l’accusoit, il dit, 1°.
Les Compagnons de Jésus se sont toujours dits et ont toujours paru les gens du monde les plus occupés, et occupés des objets les plus opposés au théâtre : chaire, confessions, missions, retraites, congrégation, étude, enseignement des hautes sciences, compositions innombrables de livres sérieux, sans compter une infinité de visites et de lettres pour faire la Cour à tous les Grands et entretenir des liaisons avec toute la terre ; un Jésuite n'a pas un moment de loisir. […] Richelieu n'en a jamais fait confidence aux Jésuites, pour les mettre du complot ; ils n'y ont pas intérêt, et il est incroyable qu'ils aient porté l'envie de faire leur cour, jusqu'à favoriser cet odieux projet. […] Ne faites point la cour aux Gouverneurs, qu'aucun Prêtre n'aille au-devant d'eux à leur entrée dans les villes, et qu'il ne sorte pas du vestibule quand ils viennent au Temple.
On n’apprend point parmy les molesses & les propretés de la Cour, les diverses fatigues de la Guerre.
Après avoir acquis une sorte de célébrité et beaucoup de crédit à la cour et parmi le peuple, nos pèlerins parvinrent à s’ériger en société, sous le titre de confrères de la passion de Notre-Seigneur, et ils obtinrent non seulement l’approbation et la protection de l’autorité temporelle, mais encore la bienveillance et l’appui spécial du clergé séculier et régulier.
Fait en présence de mon père éternel, de mon amour, de ma très digne mère Marie, de mon père saint Joseph, et de toute ma cour : l’an de grâce 1650.
On a donné le nom de Comique Larmoyant aux Drames de M. de la Chaussée, où l’on ne voit agir ni des Hèros, ni des Rois, mais seulement des Seigneurs de la Cour.
Il donnoit des festins où les femmes servoient habillées en hommes, & la Reine sa mere en revanche lui en donnoit où les Dames de la Cour à demi-nues & les cheveux épars, faisoient le service. […] Il se mêloit de toutes les intrigues galantes de la Cour, & se plaisoit à brouiller les amans & les maitresses, & de là il alloit faire assembler les Communautés religieuses en chapitre, & leur faisoit des sermons sur la sainteté de leur état. […] Il obligeoit les Grands de la Cour, jusqu’au Cardinal de Lorraine & au Duc de Guise, de venir comme lui couvert d’un sac à ces processions, & rioit à gorge déployée des bouffonneries qu’y faisoient ses Mignons, peut-être par son ordre, du moins de son aveu, portoit & marmotoit son gros chapelet jusqu’au bal & dans les parties de débauche, & en lioit les femmes dans le temps qu’il en abusoit. […] Chacun a donné ses Mémoires ; je ne sais en faveur de qui la Cour a prononcé.
Les femmes de Cour imiteront la Reine, les bourgeoises imiteront les femmes de Cour, & Dieu sait si les maris en patiront ; mais ce qui nous chagrine le plus en Glorieuse, elle ne va pas rondement en besogne ; par exemple on ne connoît rien à sa beauté, la nuit elle est tout autrement que le jour. […] Voyez-vous toutes ces mixions-là, elles sont contraires à notre franchise Gauloise ; pour la sœur, sa parure & sa beauté sont aussi simples que son cœur, c’est la Reine qu’il nous faut. » Il y a plusieurs traits plaisants sur les vapeurs des femmes, sur les qualités du vin, sur l’envie qu’ont les filles de se marier, sur les amis de Cour, &c.
On ne paroît qu’en habit court dans le monde, au spectacle, à la Cour, à la chasse, au jeu, aux repas, en voyage, dans les compagnies. […] On croyoit y voir un air de grandeur, lorsque sur la scene les Princes & les Princesses de la Cour de Melpomene s’en affubloient pompeusement. […] Il n’y a que les personnes graves par état, qui à la Cour se distinguent par la queue, dont la longueur tarisée atteste la dignité.
Il n’y a eu pendant long-temps au-delà des Monts que le théatre de la Cour plûtôt par grandeur que par goût. […] J’avoue que sous Caligula, Néron, Commode, Héliogabale, la corruption de la Cour, de la ville, de la scène, étoit au comble de l’horreur. […] après avoir rapporté le suffrage du Roi, de la Cour, de Paris, un François dira que l’estime des Anglois est ce qui doit le plus flatter !
A la Cour on est plus réservé & plus respectueux. Plus le Prince est pieux, & plus on s’observe : ce seroit faire mal sa cour de prendre l’essor du vice. […] Le Roi & toute la Cour la méprisa, elle ne se releva que par quelque mot obligeant que Louis XIV dit pour consoler Moliere, qu’un si mauvais succès avoit découragé.
Une très-vieille présidente de la cour d’amour s’écrie, en branlant la tête ; Malheur à l’homme assez osé Qui tenterait de nous séduire. Voici une allusion bien fine : Bonne mère, à vos droits la cour ayant égard, Vous adjuge la récréance. […] Ainsi l’on voit qu’il est mal placé, puisque le jugement de la Reine Berthe est définitif, & qu’il ne laisse rien à contester après lui ; il n’est seulement ici que pour faire un méchant jeu de mots : c’est comme si l’on disait à la vieille ; la Cour vous donne ce qui vous récréra, vous divertira ; on vous permet de vous amuser ; on vous permet la récréance avec ce beau jeune homme.
: vous avez mandé à votre Cour de Parlement et Prévôt de Paris de les faire jouir du contenu en vos lettres.
Des Savetiers, des gens qui fèrrent des chevaux, doivent-ils s’exprimer aussi élégament qu’un homme de la Cour ? […] Il a le secret de se faire goûter de la Cour & de la ville.
Les sentences de cet infâme tribunal, ne seraient soumises ni à une cour d’appel, ni à une cour de cassation.
Les Seigneurs de la Cour se piquaient d’avoir chez eux de ces Poètes, et comme on ne cherchait qu’à folâtrer, on voulait avoir aussi des bouffons, des danseurs et des Chantres. […] Quoiqu’il en soit, le désir de parler purement Provençal, porta plusieurs Princes à appeler des Poètes Provençaux dans leur Cour. […] Lesdits Joueurs et Farceurs furent condamnés à porter leur Registre de recette des deniers par eux exigés au Substitut du Procureur Général au Châtelet, pour être sur ses Conclusions, ordonné par la Cour ce qu’elle jugerait à propos. […] Ainsi il n’y eut jamais d’Auteurs Comiques ou de Poètes récréatifs dans la Cour de ce grand Prince. Si cela peut s’appeler chasser les Comédiens, on peut dire qu’il les chassa, non pas du Royaume, mais de sa Cour.
et que Philippe Auguste dès la première année de son règne, les chassa de sa Cour, et les bannit de ses Etats.
Or comme il y a trois sortes de vie ; celle des Grands dans la Cour des Rois, celle des Bourgeois dans les Villes, & celle des gens de la Campagne, le Théâtre aussi a reçu trois genres de Poèmes dramatiques, savoir, la Tragédie, la Comédie, la Pastorale ou la Satire. » Cette explication des divers genres de Spectacles pouvait être juste du tems des Grecs, mais elle ne l’est plus actuellement.
On a beau vanter les délices de la campagne, les plaisirs de la solitude, la volupté d’un repas frugal, le murmure d’un ruisseau, la mélodie des rossignols, un homme étourdi du tumulte de la ville & de la Cour, enivré du plaisir du jeu, de la table, du spectacle, entraîné par les amusemens & le torrent des affaires, peut-il soutenir les horreurs d’un désert ? […] Mais, dit-elle, je suis habillée comme à la Cour & à la ville. […] Sans doute on y voit des femmes mondaines qui ne connoissent point de loi ; leur nombre est petit, la plûpart des femmes dans toutes les conditions se respectent. 3.° On se respecte à la Cour, & les plus grandes Princesses ne se distinguent pas moins par la vertu que par la naissance.
On trouve un tableau parfait du théatre dans celui que Salomon nous a tracé de son Palais & de sa Cour. […] Les Danseuses étoient encore un objet de zèle & un sujet de réforme ; le dernier Empereur, qui les aimoit avec passion, en avoit rempli sa cour. […] La Cour goûta extrêmement une de ces comédies où un mari & une sotte épouse, qui s’aimoient de bonne foi, sans prendre les précautions décentes pour cacher cette foiblesse, avoient été joués ainsi qu’il est convenable.
LA Comedie de nostre Arioste n’auoit garde d’estre bien receuë en vostre Cour, & je ne m’estonne point que les gens du grand Monde n’ayent pas grand goust pour les delices du menu Peuple. […] Mais le Village ne deuient pas pour cela la Cour ; & la propreté ne s’appelle pas magnificence ; & Siluie n’est pas changée en Semiramis ; & les guirlandes de la Mariée ne doiuent pas estre de diamans, de rubis, & d’esmeraudes ; Il faut qu’elles soient de jasmin, de roses & de marjolaine.
Mais ces anecdotes de 1647 & de 1660, n’ont pour objets que des fêtes de Cour extraordinaires. […] Ce fut donc à l’occasion d’une pareille Alliance que l’Opéra Hercole amante fut représenté à la Cour en 1660. Mais de l’appareil & des étiquettes des fêtes de la Cour, il ne faut rien conclure en faveur des Théatres publics. […] Il fut sur-tout frappé de son Sermon contre les Théatres, qui fut prêché à la Cour en 1686 & 1688. […] Combien de fois en effet la Cour & la Ville n’ont-elles pas retenti des scandales de nos Pieces dramatiques ?
Et on les respectoit à la Cour ; parce que, n’y ayant aucunes prétentions, ils n’y alloient jamais, s’ils n’étoient mandés par les ordres du Roi, & pour son service ». […] Les Princes & les grands Seigneurs les faisoient venir à leur Cour, pour s’en amuser. […] Mais, quoi qu’il en soit, les Acteurs, pour servir à ces amusemens de Cour, ne peuvent en rien conclure en faveur de leur profession envers le Public. Elle n’en paroît pas moins odieuse aux personnes vertueuses de la Cour. […] Faudroit aussi être soigneux qu’elles fussent bien observées à la Cour, à Paris, & aux lieux où il y a Corps de gens de guerre.
Ce phénomène jetta la Cour, la Ville, & la Province dans une espèce de ravissement ; le nom de Corneille voloit de bouche en bouche.
du dernier siècle avait corrigé plus de défauts à la Cour, et à la Ville que tous les Prédicateurs ?
Le théatre est son palais ; les acteurs, les spectateurs forment sa cour. […] La Reine de beauté recevra-t-elle sa cour dans une chaumiere ? […] Le palais de Constantinople, du temps de Julien l’Apostat, entretenoit trois mille baigneurs, pour travailler les têtes des femmes de la Cour & de leurs amans. […] Ils repaturent bientôt après lui dans cette Cour effeminée, & sous leur savante main on ne fit qu’y rouler de crime en crime, jusqu’à ce que Mahomet Il y acheva de détruire l’empire, avec la religion Chrétienne, dont le luxe avoit si fort ébranlé les fondemens.
Cyr, à l’exemple de plusieurs Ecclésiastiques et Religieux, qui avaient voulu lui faire leur cour en y allant, il la refusa et lui dit : « La réputation des Ministres de Jésus-Christ est trop précieuse et trop délicate pour la sacrifier à la complaisance ou à la curiosité. […] L’Abbé Perrin fut l’entrepreneur de l’opéra en France ; l’Abbé Pélegrin dînait de l’autel, et soupait du théâtre ; l’Abbé Metastasio s’est enrichi à la cour de Vienne par ses tragédies.
J’ai beau lui exagérer le sacrifice que je lui ai fait, il se met à rire, et me soutient qu’il m’a trouvée très profane. » » Je demanderais volontiers à M. de Montesquieu en quel de ces endroits qu’il peint avec tant d’agrément et de vérité, il voudrait placer un Officier de Cour souveraine. […] Les uns obérés de dettes, et réduits à la misère par la débauche, allaient y chercher du pain, d’autres, pour faire la cour à des Princes qui se plaisaient à ces jeux infâmes, un grand nombre par l’indigne plaisir, ou plutôt par l’ivresse du spectacle, par un air de petit-maître, une sorte de galanterie qui les faisait aimer des femmes (tous les siècles se ressemblent).
S’il est humiliant à ceux qui font leur cour aux Grands, de s’assujettir à tout ce que la fierté se plaît à leur faire endurer, combien ne doit-il pas l’être à des gens au-dessous de ceux qu’ils voyent ?
Quantité de personnes disent fort sérieusement à Paris, que Moliere a plus corrigé de défauts à la Cour & à la Ville, que tous les Prédicateurs ensemble ; & je crois qu’on ne se trompe pas, pourvu qu’on ne parle que de certaines qualités qui ne sont pas tant un crime, qu’un faux goût, ou un sot entêtement : comme vous diriez l’humeur des Prudes, des Précieuses, de ceux qui outrent les modes, qui s’érigent en Marquis, qui parlent incessamment de leur noblesse, qui ont toujours quelques poësies de leur façon à montrer aux gens, &c.
Il augmenta le nombre des combatans pour l’encherir sur Auguste : Mais sa cruauté rendant tous ses soins suspects, la pluspart des personnes de qualité ou de merite ne se rendirent à cette Assemblée que par crainte ou par maxime de Cour, & n’y goûterent qu’en tremblant les plaisirs offerts & la joye preparée.
La représentation avait lieu en plein air, dans la cour des classes (voir Récit touchant la comédie…, par Antoine Péricaud, éd. cit., p. 100-103).
Lafont d’Aussonne, auteur de l’Histoire de madame de Maintenon, et de la cour de Louis XIV, in-8° de 432 pages.
se pourvurent à la Cour, et pour s’y rendre plus favorables, ils érigèrent leur Société en Confrérie, sous le titre de la Passion de Notre-Seigneur.
Du temps de Ranuce Farnèse, Duc de Parmei, Prince d’un grand esprit, un vieux Seigneur de sa Cour s’était livré aveuglément à l’amour d’une femme, dont la réputation était équivoque.
Sans remonter aux âges si éloignés, ces déguisements sous des masques ont longtemps été condamnés en ce Royaume : Car la Cour de Parlement de Rouen Arrest de Papon liv. 23, tit. 7. […] Ou de celle de saint Louis, qui « exila aussi de sa Cour les Bateleurs, et farceurs, vu qu’ils ne servaient qu’à corrompre les mœurs. […] Même nous nous assurons, que quand ces Princes qu’ils veulent flatter, en seraient consultés, Il n’y a aucun d’eux qui voulût donner les pratiques de sa Cour pour régler la conscience, qui n’a son regard qu’à Dieu tout seul. De fait, lorsqu’il est question d’une action, il faut s’enquérir, non pas si elle est en vogue à la Cour d’un Prince, mais si elle est selon Dieu, et conforme aux enseignements qu’il nous donne en sa Parole ; autrement si la conscience de quelqu’un lui dit que Dieu y est offensé, et son Eglise scandalisée, l’exemple de tous les Princes de la terre ne le doit pas emporter dessus le devoir. […] Bernard de Girard Du Haillan, L’Histoire de France [1576], (Genève), P. de Saint-André, 1580, livre XI, p. 921 : « Il chassa de sa cour les Bastelleurs, Farceurs et toutes sortes de gens, qui ne servent qu’à donner plaisir et à corrompre les mœurs.
Ce n’est pas seulement quand il chante la guerre, qu’il ne songe point à parler d’amour ; il n’y paroît pas songer d’avantage dans le Poëme où il a à dépeindre les Amans de Penelope, la Cour d’Antinous, le Palais de Circé, & la grotte de Calypso : cette grotte dans l’Odyssée est bien différente de ce qu’elle est dans notre Telemaque. […] Qu’on se rappelle qu’il entra dans la carierre, dans un tems où l’on n’étoit point choqué de voir le Sujet d’Œdippe orné d’une Episode amoureuse, dans un tems où la Galanterie regnoit dans la brillante Cour d’un jeune Roi, dans un tems où les Tragédies de Quinaut faisoient la fortune des Comédiens.
Il n’y a pas jusqu’aux Chevaliers de Malte, Ambassadeurs dans quelque Cour, de qui les nouvelles publiques ne disent avec édification : Un tel Bailli a donné le bal et la comédie, les plus habiles danseurs, les meilleures actrices ont fait honneur à la religion.
Soumis eux-mêmes au Règlement, ils ne pourraient étendre leur autorité au-delà des bornes qui leur seraient prescrites, ni se piquer d’une indulgence préjudiciable au bon ordre dont ils seraient comptables en première instance aux Gouverneurs, aux Intendants, aux Chefs des Parlements, aux Subdélégués ou autres Magistrats ou Préposés qu’il plairait à la Cour d’indiquer. […] A l’égard des Duels, il ne s’agissait pas seulement d’empêcher de se battre, il s’agissait d’empêcher en même temps qu’un brave, en se soumettant à la loi, ne passât pas pour un lâche : or c’est ce qu’on ne pouvait empêcher ; se taire tout à fait, c’était se compromettre ; permettre le Duel, dans certains cas, et sous l’autorité de votre Cour d’honneur, c’est exposer à la mort celui des deux Champions qui a raison, et qui par conséquent devrait toujours être vengé. […] Vous établissez une Cour d’honneur, vous lui prescrivez sa conduite, vous vous érigez en Législateur de ce Tribunal. Puisque j’ai le même droit que vous, puisque j’ai tous les titres que vous croyez suffisants pour être aussi Législateur, je casse votre Cour d’honneur si elle ne suit pas les documents que je vais lui prescrire.
Le style en est plus noble, les idées plus belles, les expressions plus douces, la doctrine plus pure que la conversation d’un tas d’esclaves ; d’hommes & de femmes de mauvaise vie, de jeunes libertins, ou de vieux bourgeois qui forment tout son théatre, & quelque pure qu’en soit la latinité ; on n’apprendra jamais autre chose qu’un style bourgeois, des conversations qui ne préparent un jeune homme ni au barreau, ni à la Cour, ni à la chaire, ni à l’armée, ni à la société du beau monde. […] Térence, qui, soit pour leur faire sa cour, soit pour s’en faire honneur à lui-même, soit que ce fût la vérité, se laissoit volontiers croire, se fût-il exposé à être désavoué & disgracié, en mettant sur leur compte un style de harangere, qui leur auroit fait tort ? […] Les Mémoires de la Marquise de Pompadour, qu’on dit écrits par elle-même, ne sont pas un livre de galanterie, comme on pourroit le penser ; c’est une satyre de la Cour & du Ministere, sous un air de politique, semé de loin à loin de quelque trait licentieux, pour faire croire qu’une femme l’a écrit.
Tout étoit écrit dans la langue de la Cour, très-différente de celle des Provinces. […] Il n’y avoit dans l’Empire que le théatre de la Cour, où il n’assistoit que la Famille Royale & les personnes les plus distinguées. […] Autre Dame, les yeux bandés, la balance à la main ; elle est conduite par une laide & vieille Dame appelée le nécessité, elle passe, & les Muses arrivent, qui donnent aux Jésuites des pleines cruches d’eau de l’Hypocrene : le Bédeau de l’Université, avec leurs masses, vont les recevoir, les Capucins & les Cordeliers qu’on traite fort mal, vont leur faire la cour.
« Sa valeur & son esprit le mirent au prémier rang des Seigneurs de la Cour… Sa maison étoit le rendez-vous de tout ce que Paris & Versailles avoient d’ingénieux. […] Bossuet, lu dans les séances publiques de l’Académie Françoise, imprimé chez Moutard en 1779, il dit, que ce Prélat avoit été lui-même au Théatre dans sa jeunesse, uniquement pour se former à la déclamation ; mais qu’il n’avoit usé, que très rarement, de ce dangéreux moyen de s’instruire, & que depuis qu’il fut dans les Ordres, il y renonça pour toujours ; qu’il refusa même d’aller voir à la Cour, la Tragédie d’Esther. […] Voici comme il s’exprime, dans une lettre à Louis Racine son fils… « Vous sçavez ce que je vous ai dit des Opéra & des Comédies, on doit en jouer à Marly : le Roi & la Cour… auroient une mauvaise opinion de vous, si vous aviez si peu d’égards pour moi & pour mes sentimens. […] Le plaidoyer, qui en est le motif, qui a été fait par le corps des Avocats, & approuvé d’une voix unanime, y est applaudi par la Cour, & la comparaison de la Comédie avec le Panégyrique des Sts. dans la chaire, y est qualifiée de blasphêmatoire. […] Illicites & criminels, parce qu’on n’y fait la Cour qu’au plus fort, c’est-à dire, aux gens dont le cœur est gâté.
Elle eût du ressusciter à la Cour des Ptolomées, si la faveur des Princes faisoit naître les Genies. Callimaque qui dans cette Cour composa des Tragédies & des Comedies, n’a été loué des Anciens, que pour avoir su tourner le Vers Elegiaque.
Le Misantrope, le Méchant, Esope à la cour, la Métromanie, la surprise de l’Amour, l’Enfant prodigue, le Préjugé vaincu, Mélanide, le Glorieux, Cénie, & tant d’autres, dont les noms me sont échappés, sont toutes pièces où l’on ne rencontre point la moindre équivoque ; enfin, Monsieur, au spectacle, comme partout ailleurs, Pour être vertueux on n’a qu’à le vouloir.
Quand Corneille & Bossuet étonnèrent la Cour & la Ville des torrents de leur éloquence ; ravis de ces prodiges de leur langue, les François n’eurent pas trop de toutes leurs facultés pour les admirer.
L’homme de Théâtre s’est vu admis dans les plus nobles Sociétés de la Cour & de la Capitale ; ses vains talents lui ont tenu lieu d’aïeux & de mérite.
Nous ne faisons point icy de distinction de ces divers genres de Ieux, parce que l’Idée vulgaire & universelle les confond ordinairement, & que ces connoissances trop fines pour le Peuple & pour les gens de Cour, l’embarassent beaucoup plus qu’elles ne les instruisent, & qu’ils s’en rebutent plûtost que d’en profiter.
Les autres Prélats moins riches, ne pouvant soudoyer une si nombreuse armée, ont du moins quelques relachemens de la cour céleste. […] On trouve un trait singulier sur les statues & la comédie, dans les avantures d’Hortense Mancini, Duchesse de Mazarin ; cette niéce trop célebre du Cardinal, quitta son mari, courut le monde, & enfin alla se fixer à Londres, où elle ouvrit une banque de Bassette, & s’y fit une petite cour voluptueuse, par son esprit, ses graces, son humeur bienfaisante. […] 15. que Maacka, Reine de Juda, à la tête des Dames de sa cour, avoit fait planter un bosquet, & dresser un autel à Priape, où elle lui rendoit un culte assidu.
Pour séduire une femme très-respectable de la Cour d’Hongrie, un Prince son amant, ordonna sous main, aux acteurs de ne représenter que des piéces où la foiblesse des femmes fût toujours excusée ; ainsi tout disoit à cette Dame qu’une femme peut se livrer sans crime, au penchant de son cœur ; mille exemples, moyens plus persausifs que tous les discours, l’assuroient que le deshonneur ne suit pas toujours une tendre foiblesse, que la plus austere vertu n’est pas à l’abri des soupçons, que la loi de la fidélité n’est qu’un joug imposé par la tyrannie des maris, qu’une femme sage peut reprimer les desirs ; mais qu’il lui est impossible de n’avoir pas de penchant. […] Le poison n’avoit pas échapé à celui d’une auguste Princesse, qui dès la premiere représentation, en temoigna un grand mécontentement ; elle releva avec force, l’indécence ou plutôt le scandale, qu’il y avoit à travestir si indignement la Réligion, & à rendre en quelque sorte le Roi, la Famille Royale & toute la Cour, complices de cet attentat, en osant exposer sous leurs yeux une pareille piéce. C’est en effet le moyen de l’autoriser dans tout le Royaume, & en même tems le moyen de répandre l’impiété à la Cour.
Le goût, la magnificence, la variété, l’ordre & l’agréable désordre brilloient à l’envi dans ces assemblées, où se trouvoit l’élite de la Cour & de la ville. […] Le Duc de Valentinois, qui a l’une des plus aimables femmes de la Cour, la néglige pour la petite Dufort, aatre danseuse de l’opéra.
Tous les jours à la Cour les Evêques, les Cardinaux et les Nonces du Pape, ne font point de difficulté d’y assister ; et il n’y aurait pas moins d’impudence que de folie, de conclure que tous ces grands Prélats sont des impies et des libertins, puisqu’ils autorisent le crime par leur présence. […] Mais il n’y a pas moins d’impudence à assurer, comme il fait, que les Evêques, les Cardinaux, et les Nonces du Pape ne font point de difficulté d’assister aux Comédies qui se représentent à la Cour. Ne serait-il pas un jugement plus équitable, s’il disait que si quelquefois des Prélats qui se trouvent à la Cour, assistent à ces sortes de représentations, c’est qu’ils y sont entraînés par le torrent des Courtisans, et non pas qu’ils y aillent avec inclination et de leur gré ? […] C’est donc une marque que ni l’Eglise ni la Cour n’ont rien reconnu dans les Comédies d’aujourd’hui qui puisse empêcher les Chrétiens d’y assister. » Je ne sais de quoi notre Docteur s’avise de mêler ici l’Eglise avec la Cour dans sa belle conclusion ; il n’en avait pas fait de mention dans ses principes. Mais c’est peut-être qu’il s’est aperçu que la Cour toute seule n’était pas compétente pour juger d’un fait de Religion, et en cela il ne s’est pas trompé : Mais à cela près, examinons les principes d’où il tire sa conclusion.
Il sut corriger les Précieuses de leur langage affecté ; il couvrit de honte les agréables de la cour, en exposant sur la Scène la peinture de leurs travers.
Comme il lui fallait remettre la dévotion en toutes sortes de conditions, et la faire entrer dans l’âme de ceux qui vivaient à la Cour, aussi bien que de ceux qui vivaient dans les Cloîtres ; pour insinuer cette piété dans l’âme de ceux qui vivaient dans le monde, il lui fallait prendre des mesures de douceur, il fallait user de tolérance, de crainte que la sévérité n’écartât ceux qu’il voulait attirer, et que la pensée d’une malheureuse impossibilité ne les empéchât de venir à lui.
Mais, toute sa cour y parut en cérémonie. […] C’est apparemment le génie de Socrate, qui rend assidument visite ; car, ailleurs les talents, l’esprit, le génie ne sont que la personne même qui en est enrichie ; ce qui, sans doute est assidu chez elle, tout cela est encore né dans la maison de la Clairon ; car c’est leur patrie ; mais peut-être parle-t-il des gens à talens qui lui sont la cour : quoi donc, la Harpe, Marmontel, &c.
Pour la rendre moins indécente, le Prince ceéa pour lui les charges de Poëte & d’Historiographe de la Cour. […] Ministres dont toutes les fonctions se bornent à leur envoyer le bulletin de la Cour, & leur apprendre les nouvelles de la Ville, qui cependant à ce titre jouissent fort tranquillement du revenu de leur dignité & Canonicat, sans servir le Chœur ni le Diocèse.
Nous avons remarqué que George Dandin & l’Amphitrion, représentées à la Cour dans les jours brillans du règne de Madame de Montespan, étoient les apologies de l’adultère, & le faisoient passer pour un jeu dont il ne faut pas s’embarrasser, dont on doit même se faire honneur quand le Souverain des Dieux daigne être le rival. […] Voilà (continue Baile) le sort de ce bel esprit au milieu des acclamations de la Cour.
Nos revenus ne nous y feraient briller qu’aux yeux des paysans ; une résidence trop constante nous éloignerait des occasions qu’on peut saisir et faire naître en demeurant à la Cour ou dans la Capitale ; allons-y donc, affermons nos terres, achetons au prix de la moitié de notre revenu le plaisir de briller dans l’Antichambre du Prince ou dans celle du Ministre. […] Nées Bourgeoises, elles ne veulent d’autres sociétés que celles des gens de Cour : tout cela, pour être ridicule, n’en est pas moins vicieux, et c’est l’orgueil impertinent des Bourgeoises qui se donnent des airs de qualité, autant que la fatuité du jargon des beaux esprits femelles de son temps, que Molière a joué avec tant de succès dans sa Pièce.
Souffrirait-on à la Cour, tolérerait-on dans un Etat policé, dans la plus libre République, qu’on parlât des Princes, des Parlements, des Etats généraux, des maximes de l’Etat, comme l’on parle de Dieu, des Ministres, de son Eglise, de la morale évangélique, sur nos théâtres, sous prétexte de quelque rôle nécessaire à la pièce ? […] « Bien des gens disent fort sérieusement à Paris que Molière a plus corrigé de défauts à la cour et à la ville, lui seul, que tous les Prédicateurs ensemble, et je crois qu’on a raison, pourvu qu’on ne parle que de certaines qualités qui ne sont pas tant un crime qu’un faux goût, comme l’humeur des prudes et des précieuses, de ceux qui outrent les modes, qui s’érigent en Marquis, qui ont toujours quelque pièce de leur façon à montrer, etc.
Que penseront nos Neveux, s’ils apprennent que quand des Acteurs ou des Actrices, avoient mérité d’être punis, ils se voyoient jusques dans leur prison, une espéce de cour ?
Les Écrits sans nombre pour prouver la nécessité de ce Théâtre honorable à la Nation, utile pour les mœurs, inondoient & la Ville & la Cour.
230 Article vingt, Jouer à la Cour.
Car encore bien que ce peuple nonobstant cette licence, qui a été sans doute arrachée de la Cour de Rome, et qui ne leur a été donnée que comme par contrainte, et à cause de la dureté de leur cœur ; ne laisse pas d’être coupable devant Dieu ; les fidèles néanmoins qui sont sous ma charge, et que je dois régler et conduire, s’appuient sur cet exemple ; et ils ont pris même, dis-je, cette liberté de déclarer qu’ils auront recours à votre Sainteté pour éviter de faire ce que je ne désire que pour leur salut.
Mais tout change ; et je vois trompant leurs surveillants, A l’aide d’un Valet, intriguer deux amants ; Sous le masque des Ris, la fine Dangevilleq , Jouer d’après nature, et la Cour et la Ville ; Tantôt d’un jeune objet servant la passion, Ecarter un témoin qui n’est point de saison ; L’instant d’après, Coquette ou Bourgeoise à la mode, D’un mari tout uni faire un époux commode ; Ou lorgnant un Galant, retirée à l’écart, Pour lui rendre un poulet, minauder avec art ; Soubrette inimitable, adroite, gaie, unie, Pour la peindre en trois mots, rivale de Thalier, Cette immortelle Actrice est seule sans défauts ; Dumesnil a ses jours, et Grandvals des égaux ; Là, j’aperçois Gaussin t, cette charmante Actrice Déguisée en Agnès, d’un air simple et novice, Exprimer ses désirs par sa tendre langueur, Et peindre dans ses yeux les miracles du cœur ; Retrouver dans l’Oracle une mine enfantine, Ou du Comte d’Olban triompher dans Nanineu.
Voudrait-on dire que la Cour et la Ville furent plus réglées, et qu’il se fit moins de crimes sous Henry III. lorsqu’il eût appelé les Comédiens, et qu’il les eût établi à Paris ?
La Cour ordonna que ces quatre Entrepreneurs ne pourroient faire imprimer le mystere des dicts Actes des Apostres par autres que par ceulx qui ont eu le Privilege de les imprimer quelque addition qu’ils y fissent.
La protection du Roi, la faveur de la Cour, les a peut-être éblouis, et leur a fait mépriser une innovation qui aurait dû leur paraître de la plus grande conséquence.
Dieu a inspiré aux Princes d’entretenir cette défense par leurs Lois, puisque Philippe Auguste dans le 12 Siècle, chassa de sa Cour les Comédiens, au rapport de Dupleix Historien.
Vous n’y voyez qu’un exemple continuel de libertinage, de perfidie et de mauvaises mœurs ; des femmes qui trompent leurs maris, des enfants qui volent leurs pères, d’honnêtes bourgeois dupés par des fripons de Cour. […] qu’un bourgeois qui veut sortir de son état, avoir une femme de la Cour pour maîtresse, et un grand Seigneur pour ami, n’aura pour maîtresse qu’une femme perdue, et pour ami qu’un honnête voleur ; dans les scènes d’Harpagon et de son fils ? […] Représenté devant Louis XV et la cour en octobre 1752 et à la ville en mars 1753, il rencontra un grand succès.
Vous savez ce que je vous ai dit des opéras et des comédies, on doit en jouer à Marley : le roi et la cour savent le scrupule que je me fais d’y aller, et ils auraient une mauvaise opinion de vous, si vous aviez si peu d’égard pour mes sentiments. […] » C’est le sentiment de M. le duc de la Rochefoucault, homme que sa valeur et son esprit mirent au premier rang des seigneurs de la cour.
Dom Gervaise, réligieux Bernardin, homme de théatre à sa maniere, qui a composé plusieurs ouvrages comiques, & joué bien des rôles de toutes especes, qui d’abord fut Carme déchaussé, ensuite Réligieux, & enfin Abbé de la Trape, quitta son Abbaye & sa Communauté, courut le monde, & fut enfermé dans un couvent, par ordre de la Cour. […] Le Breviaire ne s’est répandu que de proche en proche, encore même n’est-il pas généralement adopté, malgré l’autorité du feu Evêque, & les intrigues de sa Cour.
Ils avoient pris des habits pareils à ceux du Prince & de sa Cour, ils contrefaisoient sa voix, son style, ses allures, & dans le chemin représentoient toute sa vie. […] S’ils sont assez vertueux pour lui prêter une oreille attentive, s’ils lui tendent la main pour la faire asseoir à côté d’eux sur leur trone, les Courtisans ne lui permettent d’en approcher qu’en habit de Cour.
Il est même vrai que les pieces qu’on joue à la Cour doivent être plus châtiées. […] Pour les spectateurs de la ville & des provinces, qui, bien loin d’en imposer aux Acteurs, en sont le jouet & les duppes, toûjours faciles à se laisser entraîner au vice, que concluront-ils des exemples de la Cour, avec laquelle ils ne peuvent se mesurer ?
Les danseurs, les Acteurs familiers avec les Seigneurs & les Dames de la Cour, furent tous médiocres. […] Ces citoyens zélés ont fait des offres avantageuses, ont imploré la protection d’un grand Prince, ont député à la Cour pour obtenir la préférence.
Ses jeux de nuit60, jadis amusèrent la ville et encore plus la cour ; plus corrompus, mais plus susceptibles que nos pères, nous crierions au scandale si, de nos jours, on tolérait de telles licences ; et nous avons des académies clandestines, dans lesquelles on s’expose journellement à de plus grands dangers qu’aux représentations de nuit de l’après-souper de l’Hôtel Soissons 61, du Dîner des dupes 62, de la Matinée du comédien 63, et de l’Ane et le procureur 64. […] Je me rappelle un trait, qui peut servir d’histoire à beaucoup de nos modernes Panard : un grand seigneur fit une comédie, la fit jouer devant les parasites de sa cour ; ses gens l’applaudirent et le portèrent aux nues !
vous donnez des spectacles au peuple, vous estimez l’art du théâtre, vous payez, vous recherchez ceux qui l’exercent, et vous les méprisez, vous les déposez, vous changez leur état civil, vous les condamnez à l’infamie, les chassez de la Cour, du Barreau, du Sénat, de l’Ordre des Chevaliers, vous les privez de tous les honneurs civils. […] Quinault, qui n’avait rien, profita de l’occasion ; amoureux de la bourse autant que de la personne, il fit si bien sa cour à la veuve, qu’elle l’épousa et fit sa fortune.
Les Directeurs de l’Opéra & les Comédiens François, fâchés de perdre cette semaine, se sont avisés de solliciter à la Cour la même faveur ; mais le Roi, loin de répondre favorablement à leur requête, vient de donner une nouvelle preuve de son zèle pour la Religion, & sur-tout dans ce saint temps, en interdisant, même aux Comédiens Italiens, toute représentation pendant ladite semaine.
Lorsqu’on veut montrer la bonté d’une cause qui fournit elle seule toutes les raisons qu’il faut pour la soutenir, il me semble qu’il est plus à propos d’en laisser le soin au plus jeune avocat du barreau qu’au plus célèbre et au plus éloquent ; et par la même raison qu’on croit plutôt un paysan qu’un homme de cour, les ignorants persuadent beaucoup mieux que les plus habiles orateurs.
Il est vrai que bientôt l’extrême licence des gens d’Église blessa la cour même ; il fut défendu de jouer des pièces qui eussent trait aux mystères de la religion et aux choses saintes.
Madame d’Erval dont j’ai fort connu le Mari à notre Cour, aussi honnête homme que sa Femme était sage, & d’une grande beauté, alluma dans le sein d’Auguste, Electeur de Saxe, l’amour le plus ardent, lui à qui nulle Femme n’avait résisté jusqu’alors, échoua auprès de cette Comédienne vertueuse ; cette résistance lui valut l’estime de ce Prince galant qui voulait la combler de biens. […] 35 J’ai vu à la Cour du Roi de Pologne. […] Ces questions frivoles occupèrent un longtems la Cour de Rome ; & les disputes furent portées si loin entre les Frères Mineurs, qu’on en fit brûler plusieurs comme s’il se fut agi de l’Etat entier de la Religion & de la Chrétienté. […] A la Cour de Louis le Grand, les Evêques, les Cardinaux, les Nonces du Pape ne faisaient pas de difficulté d’assister aux Pièces ; & il n’y aurait pas moins d’imprudence que de folie de conclure que tous ces grands Prélats étaient des impies & des libertins, puisqu’ils autorisaient le crime par leur présence. […] Les Dames & Seigneurs de la Cour y représentèrent les autres rolles.
La Cour de France a dansé avec les Acteurs de l’Opéra, sur le Théatre ; « Non, dit M. de Voltaire, d’où ces deux derniers faits sont tirés ?
Quel portrait fait-il de la Cour de France ? […] La Cour les défendit par raison d’Etat.
Un Courtisan précieux, ridicule, fera des bégueules de Cour, un étourdi fera de petites maîtresses, un Voltaire formera des Du Châtelet. […] C’est avec ces qualités qu’un « objet céleste » passe dans les bras d’un mari mondain, au bout de six mois, un an, l’Agnès est dégourdie ; le mari pendant ce temps s’est étudié à la former pour le beau monde : il l’a fait rougir d’avoir de la pudeur ; elle baissait les yeux à la moindre équivoque, la plus légère indécence la déconcertait : maintenant elle sait rire à gorge déployée des propos les plus saugrenus ; plus de gravelures qui la choquent dans les brochures : on peut tout lui proposer, pourvu que ce soit du ton de la Cour.
Pendant qu’un Prince du milieu des délices de la Cour, se déclare par ses écrits contre le Théâtre profane, et en découvre les désordres ; un Religieux du fond de son Cloître en prend le parti, et ranime son zèle pour les Spectacles. […] à la Cour les Evêques, les Cardinaux, et les Nonces du Pape ne font point difficulté d’y assister.
Tous les jours à la Cour, les Evêques, les Cardinaux et les Nonces du Pape, ne font point de difficulté d’y assister ; et il n’y aurait pas moins d’impudence que de folie, de conclure que tous ces grands Prélats sont des Impies et des Libertins, puisqu’ils autorisent le crime par leur présence. […] C’est une marque assurément que ni l’Eglise, ni la Cour, n’ont rien reconnu dans les Comédies, telles qu’on les représente aujourd’hui, qui puisse empêcher en conscience les Chrétiens d’y assister. […] Que les Grands de la Cour et les Magistrats quittent un éclat qui leur est de bienséance et peut-être de nécessité, de peur de faire naître de l’ambition ou du désir pour les richesses ?
Le trône où je m’assieds m’abaisse en m’élevant, Et ces marques d’honneur, comme titres infâmes, Me rendent à jamais indigne de vos flammes. » La Cour peut-elle entendre ce langage, le Ministère le souffrir, la Magistrature le tolérer, une Nation fidèle à son Prince y applaudir ? […] Osa-t-on la représenter à la Cour ? […] Les faveurs singulières et uniques de la Cour, l’ivresse du public, les éloges sans nombre, ne sont dus qu’à la morale qu’on y débite.
Bayle, cet écrivain si fameux par les indécences & les impiétés répandues dans ses ouvrages, & si cher aux libertins par ces endroits, Bayle lui-même se moque de ceux qui disent fort sérieusement que Moliere a plus corrigé de défauts à la cour, lui seul, que tous les Prédicateurs ensemble ; & il assure qu’il ne croit nullement que la comédie soit propre à corriger les crimes & les vices de la galanterie criminelle, de l’envie, de la fourberie, de l’avarice, de la vanité, de la vengeance, de l’ambition, &c.
Les Auteurs des Spectacles, et ceux qui sont chargés de les faire représenter abaissent autant les Comédiens, qu'ils relèvent la Comédie; ils les déclarent infâmes par leurs Edits, ils leur font changer d'état pour les exclure de la Cour, du Barreau, du Senat et de l'Ordre des Chevaliers; ils les privent de tous honneurs, et de toutes dignités.
La cour royale, en obtenant le privilège de juger d’après son opinion, va se trouver transformée, pour ainsi dire, en chambre ardente.
» Mot qui fit rire toute la Cour aux dépens des Prélats qui étaient à l'opéra.
Cette épisode de la cour d’honneur prouve combien il a de suite dans l’esprit.
Qu’un homme de Cour s’habille aussi magnifiquement que la bienséance de son état le demandera, il est innocent du luxe qu’il inspirera par hasard aux autres qui voudront l’imiter sans raison. […] Ou si vous voulez encore, ceux dont vous parlez, seront des gens qui se seront garantis du poison par les préparatifs qu’ils avaient, n’étant allés à la Comédie que par complaisance ou obéissance, comme une femme à l’égard de son mari, un mari à l’égard de sa femme, une fille à l’égard de les parents, ou par devoir et engagement comme ceux qui sont attachés aux personnes de qualité ou à la Cour : car comme je suppose que ces gens-là ne vont pas à la Comédie de leur mouvement, ni par inclination et par leur propre volonté ; je ne doute pas que Dieu ne leur donne des grâces pour les garantir d’un danger dans lequel ils ne sont pas exposés volontairement. […] Quand le Roi ordonne aux Seigneurs de sa Cour, ou aux Officiers de sa Maison ou de ses Armées, de se galonner d’or et d’argent, ces habits qu’on appelle d’Ordonnance ne pourront jamais faire condamner de luxe ceux qui les portent. […] Si MM. les Curés de Paris en usaient de même à l’égard des Officiers que le Roi entretient dans sa Cour ou dans ses Armées, qui ne seraient pas d’ailleurs scandaleux, n’auraient-ils pas raison de s’en plaindre hautement, d’en faire des affaires à MM. les Curés, et d’implorer sur ce sujet la protection du Roi ? […] Mais c’est trop tôt oublier ce que vous aviez dit page 39, que « tous les jours à la Cour les Nonces du Pape, les Cardinaux et les Evêques, ne font pas difficulté d’y assister : ce qui est, dites-vous, une marque que la Comédie est si pure et si régulière, qu’il ne peut y avoir de honte ni de scrupule à s’y trouver ».
Elle a passé en effet de la cour à la ville, des vieillards aux jeunes gens, et des riches aux pauvres. […] En effet, ne faut-il pas être doué d’une excessive vertu, d’une extrême délicatesse, être bien austère, bien rigoriste, avoir beaucoup d’humeur et plus d’impatience encore qu’Alceste ; c’est-à-dire, être plus grand Misantrope, pour s’abandonner à gourmander, à satiriser indistinctement les personnes, ou leurs vices, leurs défauts, leurs travers et les goûts, les habitudes, les écrits, des paroles, des mots, des frivolités ; à frapper sans mesure, sans égards, des traits cruels du ridicule, la cour et la ville, hommes, femmes, tous les rangs, tous les ordres ?
Les comédiens de la cour ne pouvoient pas s’approcher de Paris de plus de deux lieues, ils jouoient à Saint-Cloud. […] Cette prérogative empêche la cour d’être tournée en ridicule sur ces trois théâtres ; mais elle n’y jouit d’aucun autre privilége ; on n’attend jamais le roi pour commencer.
En vérité, ce n’est pas la peine de rester Misanthrope pour ne l’être qu’à demi : car, si l’on se permet le premier ménagement et la première altération de vérité, où sera la raison suffisante pour s’arrêter jusqu’à ce qu’on devienne aussi faux qu’un homme de Cour ? […] Allons, ferme, poussez, mes bons amis de Cour. […] Ce mot même de Tribunal était mal imaginé : j’aimerais mieux celui de Cour d’honneur. […] Il devait s’efforcer au contraire de mettre la Cour d’honneur au-dessus de lui, comme soumis lui-même à ses décrets respectables. […] Si l’établissement est bien fait, les Grands et les Princes doivent trembler au seul nom de la Cour d’honneur.
La Reine le lui rendit par un autre où les plus belles de la Cour firent le même office, la gorge découverte. » Le Journal d’Henri III ajoute que pour le repas du Roi il fut levé soixante mille livres de soie verte, que celui de la Reine revenait à cent mille livres, qu’on leva par forme d’emprunt.
Un poëte inspiré, applaudi par une muse dont le trône est le parnasse, n’a point d’égal ; & en effet, aucun des misérables versificateurs qui barbotoient alors au-delà des mers dans le limon de l’Hypocrene, ne pouvoit se mesurer avec lui : en cela plus heureux que Corneille, qui lui étoit si supérieur, & qui eut à combattre des ennemis, des rivaux, l’Académie, la Cour & le Ministre. […] Il n’avoit fréquenté que des gens grossiers comme lui, jusqu’à ce qu’il parut à la Cour où il put un peu se façonner : il le fit pourtant très-peu, l’habitude l’entraîna toujours.
On raconte aussi que Henri IV, Roi de Dannemarck, voulut éprouver si un Musicien de sa Cour troublait les sens de ceux qui l’entendaient jouer de quelque instrument. […] Il est de la grandeur des Rois de l’appeller à leur Cour, de l’y fixer à force de bienfaits.
Ce ne sont pas des simples ménaces, cette Cour a réalisé sa rigueur ; elle a fait emprisonner, & payer l’amende à un jeune homme qui avoit sifflé un acteur ; elle en a décreté plusieurs autres, qui ont pris la fuite, & sont allez voir & siffler à leur aise, la comédie, dans quelqu’autre ville où l’on est moins sévere ; voilà des plaisirs qui coutent cher.
L’hymen est grave, sérieux, saint, austere ; il écarte la dissipation, l’inconstance, la frivolité, par la perpétuité d’un lien qu’on ne peut ni relâcher ni rompre ; il bannit toute idée de conquête, de triomphe de la beauté, de cour d’adorateurs, par l’unité de l’objet à qui seul il est permis de plaire ; il affadit le goût de la parure, du faste, de la mode, du fard, en concentrant les graces dans les yeux d’un homme qui n’en désire pas, & n’en approuve pas l’étalage suspect.
On peut faire toutes sortes d’ouvrages systêmatiques dans ce goût, comme l’Abbé commandataire, l’Evêque de Cour, le magistrat, le militaire, le négociant, le ministre ; c’est-à-dire, ramasser tout ce qu’on pourra des vices & des défauts de chaque état, l’oppression des foibles, la vénalité de la justice, la bassesse de l’adulation, le despotisme de la grandeur, le luxe de l’opulence, l’hypocrisie, la mauvaise foi, le masque de la gravité, la molesse de la volupté, la présomption de l’ignorance, les coudre, les découper, en faire un systême, & dire, voilà l’évêque, l’abbé, le magistrat, le financier, l’officier, &c.
Le croirois mesme, & d’autant plûtost, qu’il est certain & accordé par tous les Autheurs, qu’Auguste fit demolir l’ouvrage de Cesar qui n’estoit que de bois, pour y faire un Mausolée ; & que Taurus en fit un de pierre*, & à ses despens, pour complaire & pour complaire & pour faire sa Cour à Auguste.
Les Acteurs se pourvurent à la Cour, & pour se la rendre favorable, erigerent leur Société en Confrairie, sous le titre de la Passion de Notre Seigneur.
» Le même Prince, à la Cour du Roi Athis, contrefit le fou et l'épileptique, et se fit chasser honteusement.
Or je vous le demande, répondez-moi sans détours, vous Courtisans assidus qui ne fréquentez pas la Cour sans prétentions ; vous bons Français toujours distingués par votre amour pour vos Chefs et pour vos Conducteurs ; vous sages et prudents Magistrats, qui par zèle pour le bien public dont vous êtes le plus ferme appui, ne vous occupez qu’à maintenir les Lois et la plus exacte Police, parlez de bonne foi ; serait-ce dans ces Réduits consacrés à la licence et à la révolte que vous iriez chercher à vous délasser de vos travaux et de vos fatigues ?
Joseph et de toute ma cour céleste. […] En foi de quoi j’ai signé de ma propre main le contrat irrévocable, en présence de la sur-adorable Trinité, de la sacrée Vierge Marie, mère de Dieu, mon glorieux père Saint Joseph, mon ange gardien et toute la cour céleste, l’an de grâce 1650, jour de mon glorieux père Joseph. […] N’avons-nous pas vu de nos jours un prêtre condamné à mort par la Cour criminelle de Grenoble, pour un forfait et un meurtre atroce qu’il avait commis sur une femme de sa paroisse ?