La parole de Dieu est faite pour être méditée, prêchée, adorée, non pour être jouée ; elle est trop respectable pour fournir le fond d’un divertissement public. […] On fera l’apologie des profanations théâtrales de la parole de Dieu, et un style fleuri qui inspire la piété, sera traité de sacrilège ! […] Comme cette substance adorable est renfermée sous les espèces du pain et du vin, cette céleste sagesse l’est aussi sous l’enveloppe des paroles et des figures. Ce pain vivant, descendu du ciel, donne la vie à ceux qui le reçoivent ; ces paroles de vie sont aussi esprit et vie pour ceux qui les écoutent. Cette fontaine sacrée jaillit à la vie éternelle, car ce n’est pas seulement du pain que l’homme vit, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
Le feu impur perce jusques dans les déserts ; sa chaleur se fait sentir dans les retraites les plus profondes ; & eux nouveaux prodiges, au milieu de la licence du Spectacle, ouvrant leurs oreilles & leurs yeux à des paroles, à des objets qui blessent la pudeur, n’en reçoivent pas la moindre impression ! […] « La parole de Dieu, dit M. Nicole, qui est la semence de la vie, & la parole du diable qui est la semence de la mort, ont cela de commun qu’elles demeurent souvent longtems cachées dans le cœur sans produire aucun effet sensible… Le diable se contente quelquefois de remplir la mémoire des images (du spectacle) sans passer plus avant, & sans en former encore aucune tentation sensible : mais ensuite après un long tems, il les excite & les réveille sans même qu’on se souvienne comment elles y sont entrées, afin de leur faire porter des fruits dignes de mort, Rom.
C'est donc ainsi que les Chrétiens ont fulminé contre les Jeux Scéniques et contre tous les Mimes et Bateleurs qui n'y paraissaient que pour faire les divertissements du peuple, par des actions et des paroles dignes de la plus grande sévérité des Lois, et qu'ils ont empêché que la sainteté des Chrétiens ne fut souillée par la communication de ces impudences, dont le poison se pouvait aisément glisser dans l'âme par les yeux et par les oreilles : ils n'ont pas traité de la même sorte la représentation des Poèmes Dramatiques, et je ne trouve que fort peu d'endroits qui témoignent ce qu'ils en ont pensé « Comœdiae et Tragœdiae horum meliora Poemata. » Tertull. de Spect. […] « Ce qu'il y a de plus tolérable, écrit Saint Augustin, ce sont les Comédies et les Tragédies, où les Fables des Poètes sont représentées parmi les Spectacles publics, avec quelques choses indécentes, mais sans aucunes paroles impudentes et dissolues, comme en beaucoup d'autres Jeux du Théâtre. […] Et je ne sais comment il s'est pu faire que certains Canonistes prévenus de l'erreur public, et sans avoir examiné les sentiments des Anciens, ont allégué deux Canons, tirés des paroles de Saint Jérôme, comme une condamnation absolue de la représentation des Poèmes Dramatiques, car il n'en parle point ; il ne s'agit que des Ecclésiastiques qui lisaient les Comédies, au lieu de s'appliquer à l'étude des Ecritures Saintes, et l'on ne peut en tirer aucune conséquence, parce qu'il confond dans cette défense Virgile, et toutes sortes d'Auteurs profanes.
, et Apulée les distingue par ces paroles, « le Mime se trompe », ou plutôt, selon le sens des paroles, « il nous trompe, le Comédien discourt, et le Tragédien parle haut ». […] Mais pour remonter plus haut, Aristote nous en instruit par un beau discours en ses Problèmes, où il écrit que les tons ou modes qu'il nomme Soudoriens et Souphrigiens, qui étaient deux manières de chanter, n'étaient point usités dans les chœurs des Tragédies, parce qu'ils n'étaient pas assez doux et modérés, et qu'ils étaient magnifiques, impétueux et violents, mais au contraire, ils étaient propres et familiers aux Scéniques, parce que la scène imite les paroles et les actions des Héros ou Demi-Dieux, c'est-à-dire des Chefs des Armées, dont les anciens faisaient seulement leurs Héros ; ceux des autres conditions n'étant estimés que de simples hommes. […] De ces paroles il est facile de connaître combien les Scéniques ou Histrions étaient différents des Tragédiens : car ceux qui récitaient les Tragédies ne dansaient ni ne chantaient, et ces deux choses ne convenaient qu'aux Chœurs ; Mais ceux qui par leurs danses exprimaient les actions des Héros avec cette Musique impétueuse, et quelquefois en prononçant des vers, étaient les Mimes et Pantomimes que ce Philosophe nomme Scéniques par opposition formelle au Chœur de la Tragédie, qui faisait partie de la troupe des Tragédiens, à la société desquels les Mimes n'étaient point reçus. Et ce qui doit être de grande considération sont les paroles de Tite-Live« Quod genus ludorum ab Oscis acceptum tenuit juventus nec ab Histrionibus pollui passa est. », qui dit qu'après l'établissement des Jeux Scéniques, les jeunes gens qui jouèrent les Fables Atellanes, ne permirent jamais aux Histrions de se mêler avec eux, de crainte qu'ils ne corrompissent les innocentes railleries qui s'y faisaient ; Car puis qu'il est certain que les Comédiens et les Tragédiens ont toujours été dans un rang élevé au-dessus des Atellans, ils ont été bien moins capables de souffrir ce mélange des Bouffons, ni le commerce de leurs honteuses plaisanteries.
On y voit le mouvement de la charité chrétienne, qui oblige cet illustre Saint à exposer sa vie pour la défense de la pureté de cette Sainte, tellement obscurci par la passion feinte, que l’auteur met dans ses paroles et dans celles de la Sainte, qu’on ne sait non plus que les Acteurs qu’il introduit sur le Théâtre. […] Et leurs yeux et leurs oreilles doivent-elles être moins chastes que leurs langues, auxquelles il n’est pas permis de proférer aucune parole vaine et qui ne convienne point, comme dit S. […] , il n’y a rien de Dieu, et dans un temps où tous ses sens sont occupés à se repaître du vain plaisir qui se présente à eux, et où ses pensées sont appliquées aux gestes, aux paroles, et aux mouvements des Acteurs ? […] Paul nous a défendu les paroles impertinentes, et celles qui ne tendent qu’à un vain divertissement : mais le démon nous persuade d’aimer les unes et les autres. […] Car aussitôt que ces bouffons ridicules ont proféré quelque blasphème, ou quelque parole déshonnête, on voit que les plus fous sont ravis de joie, et s’emportent dans des éclats de rire.
Et ne doivent-ils pas craindre de les souiller par des actions et des paroles malhonnêtes et badines, aussi bien que les Ecclésiastiques ? […] Il reprend donc la parole ; et voici comment il commence d’argumenter. […] Ou plutôt quelle horrible corruption des paroles de l’Ecriture ! […] « Belles paroles, dit-il en se raillant, pour un Orateur austère, mais peu solides pour un Théologien équitable. Quelle différence n’y a-t-il pas entre des actions et des paroles qui peuvent par hasard exciter les passions, et celles qui les excitent en effet ?
ou la parole de vie, ou la parole de mort ? […] Mais s'il se trouvait des Chrétiens qui voulussent allier deux exercices aussi inalliables, ils éprouveraient sans doute que des divertissements d'une si grande dissipation, auraient bientôt éteint tout ce que la célébration des saints Mystères, et la parole de Dieu auraient produit de recueillement et de componction.
On parodie le chant comme les paroles déclamées. Mais il se sera d’abord servi d’un air léger ou d’un récitatif du grand Opéra pour accompagner de nouvelles paroles, plutôt que pour donner au chant une tournure bouffonne. Il s’enhardit peu-à-peu en parodiant les Ariettes Italiennes les plus célèbres, c’est-à-dire en fesant plier des paroles Françaises aux mouvemens d’une musique qui nous était étrangère. […] On trouva qu’il fesait tort aux autres Spectacles ; il lui fut défendu de se servir de la parole ; mais il s’avisa d’un expédient digne lui seul de le couvrir d’une gloire immortelle. […] &c ; les paroles sont de Le Sage.
Il serait à souhaiter que les Auteurs qui consacrent leurs veilles au nouveau Spectacle, ainsi que ceux qui travaillent pour l’Opéra-Sérieux, fussent à la fois Poètes & Musiciens ; ils composeraient avec plus d’art les paroles qu’ils destinent pour le chant ; ils sentiraient d’abord si elles se prêteront à la modulation, si elles ont la douceur ou la force nécessaire. […] Nous sommes privés de l’avantage dont ils jouissaient ; nos Drames lyriques nous en font assez appercevoir, malgré les éfforts du savant Compositeur : car enfin il module des paroles, il èxprime les passions de Personnages qui ne lui sont point si familiers qu’à l’Auteur qui s’en occupa long-tems avant de les mettre sur la Scène. […] Sa Pièce du Devin de Village doit nous faire toujours désirer qu’un Poème-Lyrique n’ait besoin que d’un seul Auteur : où trouvera-t-on un rapport plus parfait, une harmonie plus complette entre les paroles & le chant ?
On voit entre autres en France la Partition de cette Pièce gravée en Italie, & dont les paroles sont traduites : on la trouve dans plusieurs de nos Bibliothèques, & particulièrement dans celle de M. le Comte de P***. Quelle est la Langue qui a fourni aux Campra, aux Rameau, des paroles sur lesquelles ils ont composés tant de chefs-d’œuvres ? […] Sans entrer dans aucune discussion à ce sujet, il me suffit, pour la gloire de notre Langue, que Lully n’ait travaillé que sur des paroles Françaises. […] Ils donnent la torture aux paroles qu’ils employent. […] Le Compositeur Français ne méprise pas tout-à-fait les paroles qu’il met en chant ; il veut qu’elles soient entendues, & se garde bien de les mutiler pour faire admirer ses talens, & pour faire briller une voix fléxible : il nous fait suivre aussi facilement les modes d’un chant que les paroles qui l’accompagnent.
quand il est de bonne conversation, qu’il sait tourner d’une manière bien séante quelques paroles et quelques actions pour le soulagement de l’esprit. […] qui défend aux Chrétiens d’ouvrir jamais la bouche pour laisser échapper aucune parole de badinerie et de bouffonnerie. […] Le Théâtre Italien est ici bien obligé à la Langue Françoise, d’être si chaste, qu’elle ne permet pas d’entrer dans le moindre détail des paroles et des actions indécentes. […] Qu’est-ce, je vous prie, que la Comédie telle qu’on l’exerce à présent, qu’un assemblage de tout ce qui peut attendrir le cœur, paroles, soupirs, gestes, actions, décorations, compagnie ? […] Parole de séduction o.