Vouloient-ils inspirer l’horreur du crime ? […] Le vertueux Zopire ne jette-t-il pas un rayon de lumiere qui éclaire toute l’horreur de la conduite du Conquérant ? […] Blâmez-vous la sagesse de ces Anciens, qui pour inspirer l’horreur de l’yvrognerie à leurs enfans, faisoient enyvrer leurs esclaves ? […] Par exemple la catastrophe de son Électre, au lieu d’exciter la terreur et; la compassion, donne de l’horreur, ce qui passe le tragique. […] Par ce moyen on sauve au public l’horreur inséparable de tout ce qui est contre nature.
Cette Princesse inspire plus d’horreur pour sa mere que de compassion. […] On a peine à croire que Clytemnestre, qui avoit ce Prince en horreur, en eût conservé cette dépouille, & moins encore l’eût donnée à sa fille qu’elle n’aimoit guere plus.
Sinon un vain plaisir qui sera d’autant plus vif que la pièce tracera plus fidèlement le portrait de nos maladies secrètes, dont elle est l’attrait et la pâture, « plena, comme dit saint Augustin, fomitibus miseriarum mearum », j’avoue que l’histoire intéresse de même le lecteur dans les actions qu’elle représente, et qu’il est malaisé de lire la Romaine, sans détester les cruautés de Marius et de Sylla, la profonde dissimulation de Tibère, aimer la clémence d’Auguste, sans grossir le parti de Pompée contre César, mais quelle erreur de ne savoir pas distinguer entre l’art de décrire les méchantes actions pour en inspirer de l’horreur, et celui de peindre des passions tendres, agréables, délicates, d’une manière qui en fasse goûter le plaisir, ne doit-on pas avoir quelque honte de confondre deux choses si opposées ? […] Plusieurs excès qui excluent du Ciel y sont transformés en vertus, la passion de vengeance qui a si longtemps entretenu la fureur brutale des duels s’y voit non seulement justifiée, mais louée, la patience qui ferait souffrir une injure sans la repousser, serait traitée de lâcheté, de bassesse d’âme et d’infamie, des sentiments impies ou dénaturés qui ne seraient capables que d’inspirer de l’horreur s’ils étaient représentés tels qu’ils sont, produisent un effet tout contraire, et attirent l’affection plutôt que l’indignation par le tour ingénieux de l’auteur et par le moyen du fard dont il les peint.
Et en quelle part de l’Evangile trouve-t-on qu’il y ait des jours dans l’année où le précepte de se mortifier, d’éviter les dangers, de vivre en Chrétien, de mener une vie pure et exemplaire, et d’avoir les maximes du monde en horreur, oblige moins qu’en un autre temps ? […] Le temps viendra que ces jeunes personnes, ces libertins, ces gens du monde, condamneront avec indignation contre eux-mêmes, avec une espèce d’horreur, tous ces profanes divertissements, mais en sera-t-il temps ?
Ils m’apprendrons des vérités capables de m’inspirer pour ces sortes de divertissemens une sorte d’horreur, ils m’apprendront que les Payens même ont condamné les spectacles, à la honte des Chrétiens qui voudroient les maintenir ; que de les abandonner, c’est une marque de religion, mais une marque authentique ; qu’ils ne blâmoient pas le théatre seulement parce qu’il servoit à l’idolâtrie, mais parce qu’il étoit une école d’impureté. […] La pauvreté de la crêche, la bassesse d’un métier méchanique, une soule de malades de toute espèce, le sang & les larmes du jardin des Olives, les douleurs de la flagellation, les horreurs du Calvaire, les ténèbres d’un tombeau, sont-ce là les décorations, les jeux ou théatre ?
Je ferai mention, en passant, de l’art du Poète pour préparer l’attentat que prémédite Rodogune, quand elle veut faire assassiner Cléopâtre : l’Auteur, qui a senti la bassesse d’une telle action, s’est imaginé de la relever et de la rendre digne du tragique par l’horreur extraordinaire que Rodogune inspire en la proposant. […] La fermeté et la vertu de la Duchesse (qui a horreur d’un tel Amant) produisent dans Ladislas le changement qui le réduit à la demander pour épouse.
A quoi sert dans la piece un personnage si révoltant, qu’à diminuer l’horreur qu’on veut inspirer pour Tartuffe, en la partageant avec le maître de la maison ? […] On sair par cœur cette morale, & on la pratique sans scandale. 6.° Enfin comme malgré tous les adoucissemens de cette morale de théatre, & toutes les précautions de la discrétion & de la débauche, l’horreur du crime peut encore donner des remords, Moliere lève tous les scrupules par la direction d’intention : Mais des arrêts du ciel on nous fait tant de peur : (c’est-à-dire ne sont qu’un épouventail, dit Elmire, la prétendue honête femme). […] Je ne parle pas de la scène abominable où elle entend avec complaisance & consent à exécuter toute sorte d’horreurs.
Il n’y aurait que les libertins qui pussent voir les pièces déshonnêtes ; les femmes de qualité et de vertu en auraient de l’horreur, au lieu que l’état présent de la Comédie ne faisant aucune peine à la pudeur attachée à leur sexe, elles ne se défendent pas d’un poison aussi dangereux et plus caché que l’autre qu’elles avalent sans le connaître, et qu’elles aiment lors même qu’il les tue. […] La vengeance n’est-elle pas encore représentée dans Cornélie comme un effet de la piété, et de la fidélité conjugale, jointe à la force et à la fermeté Romaine, au troisième Acte de la mort de Pompée, Scène quatrième, lors qu’elle dit à César : « C’est là que tu verras sur la terre et sur l’onde, Le débris de Pharsale armer un autre monde : Et c’est là que j’irai pour hâter tes malheurs, Porter de rang en rang ces cendres et mes pleurs ; Je veux que de ma haine ils reçoivent des règles, Qu’ils suivent au combat, des urnes au lieu d’Aigles, Et que ce triste objet porte à leur souvenir, Les soins de me venger, et ceux de te punir. » « On ne peut pas dire qu’en cet endroit le Poète ait voulu donner de l’horreur de la vengeance, comme il a voulu en donner de celle de Cléopâtre dans Rodogune ; au contraire c’est par cette vengeance qu’il prétend rendre Cornélie recommandable, et la relever au-dessus des autres femmes, en lui faisant un devoir, et une espèce même de piété, de sa haine pour César, qui attire le respect, et qui la fasse passer pour une personne héroïque. […] Vous remarquerez qu’il n’y en a presque point qui ne flattent avec ce fard qui en déguise l’horreur, et en fait aimer l’injustice et l’infamie, qui ne soient employées à faire éclater des flammes criminelles, qui ne soient remplies d’équivoques déshonnêtes, et qui ne portent dans l’imagination des idées si sales et si honteuses, qu’il est impossible qu’elles ne blessent entièrement la pureté.
L’émotion tient lieu du saisissement, l’étonnement de l’horreur ».
C’est à la Tragédie à peindre l’horreur du crime, ainsi que tout ce qui peut nous attendrir, nous déchirer.
Autres exemples d’impiété dans l’Amour Triomphant, 122 Dans la femme Provoquée, 131 Dans l’Amour sans intérêt, 141 Dans le Relaps, 133 L’horreur de cette seconde sorte d’impiété, 136 Les Poètes Anglais évidemment blasphémateurs et convaincus de l’être par la plupart des pièces rapportées ci-dessus, 138 Les Dramatiques Latins et Grecs, religieux au prix des nôtres.
C’est horreur d’y voir représenter les parricides et les incestueux exprimés et dépeints au vif par personnages : de peur que ce qui a été une fois commis et perpétré, ne se puisse oublier.
La vue des conspirateurs qui paraissent sur le théâtre avec honneur, qui y sont applaudis et récompensés, diminue l’horreur qu’on a pour la révolte, la fait même regarder comme un devoir sacré, et enhardit à réaliser ce qu’on ne voit qu’en peinture.
Car qui n’a horreur dans la course des chariots, de voir la fureur de tout un peuple, qui tempête et qui dispute ?
Chez un peuple policé & chrétien de pareilles horreurs devroient-elles être souffertes ? […] Ce ne sont pas seulement des portraits méprisans, des reproches amers, des invectives, des malédictions, des menaces, qui font horreur, qu’il fait vomir à la Vestale & à son amant contre le pere grand Pontife, on a encore l’audace de leur faire justifier leur insolence par des principes de morale aussi faux que scandaleux : L’injustice a brise tons les nœuds entre nous ; Sans doute l’amour seul à nos parens nous lie ; leurs bienfaits sont leurs droits. […] Le désespoir, le trouble, la fureur au fond de cette enceinte étalent leurs horreurs.
Puis donc qu’aller aux Théâtres, C’est se rendre aux lieux que l’idole s’était affectés, et en quelque façon renouveler les anciens hommages qu’on y rendait à Satan, les vrais Chrétiens en doivent concevoir de l’horreur. […] Es jeux des Gladiateurs qui n’aurait horreur de cette Ecole de meurtres ? […] Nous y avons marqué l’horreur impie des fictions de crimes énormes, comme lorsqu’on y introduit un Magicien qui fait ses enchantements, ou quelque monstre qui blasphème contre Dieu. Or on ne saurait contredire, que les passages de l’Ecriture, qui défendent de commettre ces horreurs, défendent aussi de les feindre ; Blasphémer Dieu en jouant, c’est toujours le blasphémer, contre la défense qu’il en a faite. […] Comprendre : il n’y a que trop d’horreur à fouler aux pieds l’ordre divin, à se rebeller contre l’autorité que Dieu impose de respecter, Dieu qui veut que nous obéissions à cette autorité.
Les histoires ne nous apprennent point qu’aucun Ministre ait condamné ni aboli les danses honteuses et déshonnêtes qui se commettaient, tant aux jours des Calendes, qu’autres Fêtes, où aux Théâtres, et en divers lieux par plusieurs nations, on commettait des vices que notre pensée rejette pour leur horreur, tant de se baigner dans le vin sans regard à l’âge, au sexe, ni au lieu, que faire festins tables par les rues, chansons dissolues : Bref la raison qui est donnée aux hommes leur ôtait l’usage d’elle-même, pour les rendre pires que bêtes farouches : Et nos Pères Ecclésiastiques ne les ont pas seulement censurés, mais prêché, crié, invectivé contre eux, essayé de les réduire. […] Et parce que l’enuie d’ouïr, de savoir et d’apprendre est naturelle en nous, et que notre âme est comme un livre blanc où nous pouvons graver ce qui la doit remplir, ou une terre capable de recevoir l’ivraie et le bon blé ; elle nous choisit des propos pour faire germer des fruits et des fleurs qui puissent apporter une moisson digne de sa culture et de notre devoir ; pour ne faire de notre esprit un tableau d’horreur et de honte, et un champ de broussailles et d’épines, au lieu d’amaranthe, d’œillets, et de lys.
Dans l’action qu’elle représente, le succès ou la chûte sont également funestes à l’injustice : le plus cruel châtiment est l’horreur & le mépris qu’elle inspire. […] Déchiré des remords les plus honteux, cent fois plus infortuné que les innocentes victimes de ses fureurs, livré en proye aux horreurs d’un desespoir éternel, il ne peut supporter la vûe de son ame exécrable. […] Seide meurtrier, nous feroit horreur malgré le fanatisme qui l’égare, si ce n’étoit pas sur son pere qu’il porte ses coups, sans le sçavoir. […] C’est toujours le crime représenté avec les couleurs les plus fortes & les plus capables de redoubler l’horreur naturelle qu’il inspire. […] Un vicieux fait horreur quand il s’en sert contre la vertu : la raillerie ne lui sied pas : il est fait pour en être l’objet.
Y a-t-il une Ecole d'athéisme plus ouverte que le Festin de Pierre, où après avoir fait dire toutes les impiétés les plus horribles à un athée, qui a beaucoup d'esprit, l'Auteur confie la cause de Dieu à un valet, à qui il fait dire, pour la soutenir, toutes les impertinences du monde ; Et il prétend justifier à la fin sa Comédie si pleine de blasphèmes, à la faveur d'une fusée, qu'il fait le ministre ridicule de la vengeance divine; même pour mieux accompagner la forte impression d'horreur qu'un foudroiement si fidèlement représenté doit faire dans les esprits des spectateurs, il fait dire en même temps au valet toutes les sottises imaginables sur cette aventure.
L’oisiveté n’avait pas encore amolli les esprits, et l’hérésie même avait horreur de ces corruptions publiques.
Vespasien se contenta de témoigner de l’horreur pour les jeux des Gladiateurs. […] Les gens d’honneur avaient ce spectacle en horreur. […] Saint Justin et Athénagore nous font entendre que les Chrétiens avaient en horreur toutes sortes de spectacles. […] L’Eglise en agit de même et personne n’en doutera, si connaissant l’horreur qu’elle a des lieux infâmes, on fait réflexion qu’elle a cru devoir les tolérer en certaines occasions. […] Ils leur feront assez entendre l’horreur qu’un Chrétien doit avoir des divertissements, qui ne sont pas nécessaires pour délasser l’esprit et le corps.
C’est pour vous inspirer une juste horreur du théatre & de ses spectacles, que je me sers des paroles du grand Apôtre : Considerez-vous, M. […] Mais ces portraits, pour être trop ingénieux, n’en sont que plus condamnables : la fin qu’on s’y propose, les intrigues qu’on y représente ordinairement entremêlées d’amourettes, loin d’inspirer de l’horreur du vice, le fomentent & le rendent plus aimable. […] P. : & le respect que nous devons aux décisions de l’Eglise d’une part, & de l’autre part la considération de tant de Saint Docteurs qui ont parlé avec tant d’horreur de la comédie, nous ébranle étrangement & nous sont trembler pour le salut des comédiens.
Cette réflexion est juste, ce contraste est frappant : mais il oublie de dire, & on compose des comédies, & on éleve chez soi un Théatre, on y fait venir des comédiens, j’y fais mes pièces, je représente ces horreurs, je les expose aux yeux du public, & je lui donne des farces ; de la même plume, dans le même temps partent la défense de Calas & Nanine. […] Dans l’Histoire, qu’il appelle le Théatre des Mœurs, on voit , dit-il, Néron à côté de Titus, Domitien & Trajan, Ciceron & Catilina, les monstres & les héros, l’opprobre & la gloire de l’humanité y paroissent dans le même rang ; &, ce qui est plus déplorable, c’est que ceux qui ont écrit pour les jeunes princes l’Histoire des Rois, se sont appesantis sur leurs vices, & ont insisté avec force sur le tableau de leurs crimes, sous prétexte d’en inspirer de l’horreur ; au lieu d’en détourner les yeux du lecteur. […] Autre paradoxe : il veut, malgré toutes les regles, qu’on prenne dans la Tragédie les leçons & les exemples des princes, & dans la Comédie ceux des particuliers, pour inspirer l’horreur & le mépris du vice, à l’exception du libertinage, qu’on n’évite que par la fuite, & pour lequel le Spectacle est le plus grand danger.
On veut faire croire que Molière avait seulement dessein d’inspirer du mépris, et de donner de l’horreur pour ceux qui font un trafic honteux de la dévotion ; et qui s’en servent pour procurer leur avancement dans le monde. […] Je renonce à tous ces gens de bien, J’en aurai désormais une horreur effroyable, Et m’en vais devenir pour eux pis qu’un diable. » Le discours que Molière met dans la bouche de ce fourbe, n’est nullement selon les règles de la pudeur. […] « On peut en tirer des moralités fort instructives, et capables d’inspirer aux hommes de l’amour pour la vertu et de l’horreur pour le vice. » Saint Isidore dit positivement que les Comédiens ne s’étudient qu’à pervertir le peuple, et non pas à le rendre meilleur.
La plupart des spectacles sont tristes : les fadeurs de l'opéra, l'enflure de Corneille, les horreurs de Crébillon, le comique larmoyant, la terreur, la pitié, la fureur, le désespoir, sont-ils de la gaieté ? Je veux qu'il y ait un moment de plaisir à verser des pleurs, comme il y en a à voir l'horreur des précipices, l'obscurité d'une fosse, une bataille, etc. tout cela n'est pas de la joie, et ne rend pas heureux. […] nous avons vu qu'il ne faut pas en excepter les horreurs du régicide.
Il n'y a plus lieu d'y craindre l'apostasie des Fidèles ; on ne saurait plus les accuser d'entrer dans la société des Idoles, que l'on ne voit plus au Théâtre qu'avec des sentiments dignes des Chrétiens, je veux dire qu'avec horreur ou avec mépris ; et ce qui fut autrefois un sacrilège, n'est plus maintenant qu'un divertissement public, agréable et sans crime à cet égard.
des plus rigides en ces occasions, mais il parle seulement contre les assemblées du Théâtre, où l'on introduisait des troupes de femmes débauchées, et des sujets d'autres crimes, qui faisaient horreur à la nature, des Danseurs et des Mimes qu'il appelle tous infâmesHom. 8. de pœnit.
Ce sont comme des gens retranchés dans un cloaque, dont l’horreur seule défend toutes les approches. […] Enfin, ces prétendus jeux de Théâtre ne sauraient causer de moindres maux que d’exténuer les horreurs d’un enfer infiniment redoutable, et de diminuer la crainte toujours trop faible d’une damnation éternelle. […] » Arrêtons ici ; ce qui suit est d’une obscénité qui glace d’horreur. […] Au contraire, je ne doute pas que vous n’en frémissiez d’horreur, et que vous n’y fermiez aussitôt les oreilles. […] il suffit de le dire en général : ce ne sont que bouffonneries, turpitudes, injures, serments, imprécations : ce n’est que scandale, confusion, horreur.
Epître du premier livre écrivant à Eucratius, montre assez en quelle horreur et détestation les Chrétiens avaient anciennement les Bateleurs et joueurs de farces, Comédies et Tragédies, et autres choses semblables, jusqu’à priver de la sainte Communion ceux qui s’adonnaient à cet art : Il déclare le semblable en cette Epître, que le Chrétien doit fuir tous Spectacles et Jeux publics, de quelque sorte que ce soit : où de premier coup il s’attache à ceux qui abusaient des témoignages de la S. écriture pour approuver telles folies : puis discourant par toutes les espèces des Spectacles, en fait le diable auteur, et l’Idolatrie mère : rappelant les Chrétiens à contempler plutôt les œuvres de Dieu, et les saintes écritures, comme les vrais spectacles des vrais enfants de Dieu. […] Ainsi le diable cauteleux et ruséw pource qu’il savait qu’on a en horreur la nue et simple idolatrie, il l’a entremêlée de Spectacles, afin que sous ombre de passe-temps et récréation, elle fût aimée.
L’Eglise a toujours eu, & a encore les Spectacles en horreur : Premiere preuve. […] Le Concile de Châlons-sur-Saone, tenu en 813, sous Charlemagne, défend aux ecclésiastiques d’assister aux spectacles, sous peine de suspense, & leur ordonne d’en inspirer de l’horreur aux fidéles. […] Il faut ignorer sa religion , dit M. de Rochechouart, dans son mandement de 1695, pour ne pas connoitre l’horreur, qu’elle a marquée dans tous les tems, contre la Comédie. […] Mais ces blasphèmes me font horreur. […] Les Ministres du Seigneur ne cessent de monter dans les Chaires de vérité, pour inspirer aux fidéles l’horreur des spectacles, c’est de la part de l’Eglise, qu’ils leur défendent d’y assister, c’est en son nom, qu’ils leur déclarent, qu’elle en réprouve les Acteurs, qu’elle les met au nombre des personnes infames, qu’elle leur refuse les Sacremens & la terre Sainte, s’ils meurent, avant d’avoir renoncé à leur profession.
Faisons-leur sentir combien les objets dans lesquels ils font consister les plaisirs sont méprisables, opposons dans mes tableaux des gens raisonnables à des fous, profitons du penchant de mes spectateurs à la volupté pour en faire des Amants tendres, galants, et raisonnables, ce qui me serait impossible s’ils n’avaient aucun goût pour le plaisir ; ils aiment la société, qu’ils apprennent de moi quels sont les amusements honnêtes qu’ils doivent chercher dans la société ; pour leur faire préférer la compagnie des femmes estimables, tâchons de leur inspirer du dégoût et même de l’horreur pour les débauches de cabaret auxquelles ils se livrent beaucoup moins par goût que pour suivre la mode ; faisons-leur sentir que ces rubans, ces pompons, ces colifichets dont ils sont affublés les rendent ridicules aux yeux du Sexe, et que la licence de leurs propos les rend aussi méprisables qu’une conversation galante et sensée les rendrait aimables aux yeux des personnes dont ils désirent la conquête. […] S’il est contraire aux mœurs des Français, ou s’il répugne de voir sur leur scène les horreurs communes aux Théâtres Anglais, c’est que les crimes de l’espèce de ceux qu’on leur offrirait ne leur sont pas familiers, que l’esprit, toujours ami de la vérité et de la vraisemblance, rejette des images dont le cœur n’est pas capable de se peindre les originaux. Je ne sais si la bonne ou mauvaise opinion qu’on prendrait du cœur d’un Peuple ne serait pas fondée légitimement sur le goût de ses spectacles, il est certain, à ce qu’il me semble, que celui qui se laisse toucher d’horreur ou de pitié par des tableaux moins effrayants et moins atroces sera celui en faveur duquel on doit présumer qu’il est plus humain, plus vertueux, plus sensible, et par conséquent plus facile à corriger de ses défauts, puisqu’il faut des ressorts moins violents pour l’émouvoir et le toucher. […] C’est ainsi que l’art, à force de nous émouvoir, établit en nous par l’habitude d’être remués, une disposition à l’être plus facilement ; et quiconque fréquentera les spectacles, ne peut qu’accoutumer son cœur à se laisser toucher en faveur des honnêtes gens infortunés, et concevoir une horreur plus forte pour l’injustice, la tyrannie et les autres vices qui les persécutent. […] Le moyen de songer à ces horreurs sans émotion ?
C’est de son sein maudit que l’on a vû sortir ces monstres de légereté & de vanité : & le démon connoissant qu’elle n’estoit propre toute seule qu’à inspirer de l’horreur, y a mêlé ces sortes de divertissements par une adresse maligne, afin que le plaisir qui accompagneroit les enfants, rendît la mere moins affreuse. […] Dans les anciennes comedies, l’ordure estoit pour ainsi dire présentée dans des vases de bois & d’argile ; & comme elle estoit sans deguisement, elle faisoit horreur. […] Il veut dire, parfaitement affermie dans la crainte de Dieu & dans l’horreur du péché, entierement vuide de l’esprit du monde, préparée par la priére & par le jeûne, revêtuë de la haire & du cilice, toujours appliquée à la présence de Dieu. […] Qui peut penser sans horreur à ce mêlange monstrueux d’actions saintes & profanes !
Le Grand-Prêtre, quoique témoin de son horreur pour Athalie, & de son zele pour le sang de ses Rois, s’il en étoit échappé quelque goutte, ne lui dit rien de son projet, & lui recommande de venir le retrouver dans quelques heures. […] Si le Poëte n’eut fait entrer Athalie dans le Temple qu’au bruit du couronnement de Joas, comme le rapporte l’Ecriture Sainte, elle n’eût paru qu’une fois à la fin de la Piéce, & le Spectateur n’auroit pas conçu pour elle toute l’horreur qu’il doit avoir : il falloit trouver un moyen pour la faire auparavant paroître sur la Scene, ce qui n’étoit pas aisé, puisque le lieu de la Scene est dans le Temple : il a supposé que troublée par un songe, elle est sortie pour aller au Temple de Baal, & par une crainte superstitieuse pour le Dieu des Juifs qu’elle veut appaiser, elle est entrée dans son Temple. […] Cette même tranquillité étonne dans Joas : il doit frémir au nom d’Athalie, dont il n’a entendu parler qu’avec horreur. […] J’entens même les cris des barbares soldats, Et d’horreur j’en frissonne.
Car saint Thomas explique saint Chrysostome, « des personnes qui usent des jeux avec excès, et qui ne se proposent point d’autre fin que le plaisir du jeu » : et lui veut qu’on l’entende de l’excès des jeux mêmes, et de l’horreur qui accompagnait autrefois les Spectacles ; ce qui n’est pas tout à fait la même chose. […] Il continue donc ainsi : « Pour commencer par Tertullien : en même temps qu’il déteste l’horreur et l’infamie des Spectacles, il se fait cette objection : Dieu, dit- il, a établi toutes choses et les a données aux hommes ; et par conséquent elles sont toutes bonnes, comme le Cirque, les lions, les voix, etc. […] En fallait-il davantage pour donner de l’horreur des Spectacles à une conscience timorée, et à une Ame tant soit peu curieuse de son salut ? […] Ce ne sont point de ces sortes de personnes qui fréquentent les Spectacles, et qui en savent des nouvelles ; elles en ont de l’horreur, loin d’y aller chercher du plaisir. […] Cet exposé seul ne vous fait-il pas horreur ?
Pendant trois siècles de massacres horribles, dans le midi de la France, elle encouragea le crime et les plus noirs forfaits ; plus terrible encore elle introduisit chez tous les peuples chrétiens, la noire inquisition dont les mystères feront à jamais frémir d’horreur ; et partout, et en tous temps, elle sema la discorde, anéantit l’égalité, en convoitant la suprématie et le despotisme, et abusa de ses privilèges, en les employant à satisfaire l’égoïsme et les mauvais penchants de ceux qui étaient appelés à la sanctifier.
L’oisiveté n’avait pas encore amolli les esprits, et l’hérésie même avait horreur de ces corruptions publiques.
Elisabeth, témoin des horreurs de la maison paternelle, née elle-même d’un de ses mariages infortunés, & d’une mère décapitée pour cause d’adultêre, fut effrayée avec raison, & craignit pour elle-même une pareille destinée : du moins est-il certain que jalouse de l’autorité souveraine, elle redouta celle d’un mari qui auroit pu la gêner dans sa liberté & ses intrigues. […] Jeu de mots & plate équivoque, même fausse ; puisque la punition de Saul qui offrit un sacrifice, d’Ozias qui porta la main à l’encensoir, & tant d’autres Rois d’Ifraël & de Juda qui mêloient les superstitions au culte de Dieu, font voir dans ce livre plus que dans tous les autres combien Dieu a horreur de ce mêlange sacrilège, & des attentats des Rois sur les choses saintes. […] Le massacre de la Saint Barthelemi, dont en bonne Protestante, elle devoit avoir horreur, étoit tout recent, mais c’étoit une occasion d’étaler du faste, & de montrer sa beauté sous un habit de deuil qui lui étoit favorable ; le théatre change de décoration, c’est une pièce nouvelle, où elle joue le plus beau rôle. […] C’est une histoire de son règne, ce n’est donc pas Rome qui a commencé, c’est Elisabeih qui a forcé Rome à lancer ses foudres, sans doute les Bulles aigrirent les esprits &, la persécution fut plus animée, des Catholiques poussés à bout peuvent avoir fait des tentatives pour sécouer le joug selon le caractère d’une nation si remuante, il est faux que le Pape en soit la cause ; Elisabeth étoit sanguinaire, elle le tenoit de son père qui fit mourir des milliers des Catholiques, sans que Rome eut rien fait contre lui, & de sa nation dont toute l’histoire est un tissu de guerres civiles, de crimes & d’horreurs. […] Le Parlement rendit justice au fils de Marie, indigné de ces horreurs & de ces farcés, il le désigna successeur d’Elisabeth sans la consulter, elle fut forcée de l’approuver, de dissimuler son chagrin, mais en mourut bientôt après ; c’étoit en effet la condamnation la plus authentique de sa conduite ; déclarer le fils de Marie Roi d’Ecosse, & légitime héritier du Royaume d’Angleltrre, c’étoit reconnoître les droits & la souveraineté de la mère qu’il représentoit, & par conséquent l’injustice de sa mort.
, et moins je sais à quoi me déterminer : à peine ai-je trouvé quelque tempérament en faveur de la Comédie dans les Scolastiques, qui presque tous sont d’avis de lui faire grâce, que je me sens accablé par un torrent de Passages des Conciles et des Pères, qui depuis le premier jusqu’au dernier, ont tous fulminé contre les spectacles, et ont employé la ferveur de leur zèle et la vivacité de leur éloquence pour en donner une si grande horreur aux fidèles, que les consciences faibles et timorées ne veulent pas même qu’il soit permis d’en disputer, et traitent de pernicieux et de relâcher, les Docteurs qui ont l’indulgence de les tolérer. […] Pour commencer par Tertullien : en même temps qu’il déteste l’horreur et l’infamie des Spectacles, il se fait cette objection. […] Le premier est de s’en informer à des personnes de poids et de probité, lesquelles avec l’horreur qu’elles ont du péché, ne laissent pas d’assister à ces sortes de Spectacles. […] « Ce sont des Fables dont on peut tirer des moralités fort instructives capables d’inspirer aux hommes de l’amour pour la vertu et de l’horreur pour le vice. » Ce sont les propres paroles un grand homme« Nam de fabularum, etc. »Pet. […] On ne contrevient point en France aux Canons qui défendent de dresser des Théâtres dans les Eglises, et l’on aurait horreur de jouer des Comédies dans ces Lieux Saints : on a des Théâtres publics propres à cet usage, et la circonstance des lieux y est gardée, aussi bien que celle des personnes.
Les premiers Chrétiens l’avoient si fort en horreur, que l’éloignement du théatre étoit une marque de christianisme reconnu dans les deux religions, qu’on en faisoit faire une renonciation expresse dans le baptême, que ce renoncement empêchoit beaucoup de conversions dans ces ames foibles, qui aimoient mieux se priver des sacremens que des spectacles, & craignoient moins le martyre que cette mortification. […] J’ai toûjours la même probité, la même horreur du vice, le même respect pour la religion ; je m’y corrige de bien des ridicules. […] Quelle horreur !
L’un doit être un objet d’horreur, & l’autre de nos désirs ; on doit fuir l’un, faire tous ses efforts pour acquérir l’autre. […] Quelque châtié que soit le théatre, les ouvrages les plus dangereux sont ceux où l’amour est représenté comme la vertu des belles ames, & les maximes des gens vertueux traitées de contes de vieille, où l’on établit que la raison ni la sagesse ne sont pas faites pour le bel âge, où les passions, au lieu d’être peintes d’une maniere à en donner de l’horreur, sont déguisées & revêtues de tous les charmes qui peuvent les insinuer dans un cœur sans expérience, & le faire tomber dans ces agréables rêveries, source ordinaire de la corruption. […] Parler le langage du crime, paroître l’aimer, s’y déterminer, le commettre, en inspirer le goût en exprimer les mouvemens, en diminuer l’horreur, en excuser l’excès, le traiter presque de vertu, en étaler les objets, parler de tous leurs charmes, travestir les fureurs en héroïsme : quel scandale public !
Toute la morale tend à excuser la foiblesse, à familiariser avec la passion, par cette vue affoiblir l’horreur de l’adultere, & donner une liberté entiere aux femmes, & à faire retomber, non sur le coupable, mais sur le mari innocent, qui en est la dupe, la honte & le ridicule, à faire craindre les devoirs, les embarras, les dégoûts de cette sainte union. […] La sainteté du mariage, l’horreur de l’adultere, de la polygamie, du divorce, qui sont de vrais adulteres, n’ont jamais été révoquées en doute dans le Christianisme, malgré la licence du monde entier dont il a condamné sans ménagement & la morale & la pratique.
Le Christianisme qui avoit inspiré une juste horreur des combats des gladiateurs, & des bêtes féroces, a en vain proscrit les Spectacles modernes, comme une école d’indécence, & un aliment trop dangereux des passions.
elle nous affecte par la peinture frappante qu’elle fait des grands crimes, & par l’horreur qu’elle nous en donne.
Ils se sont tous crus indignes de ces dignités, et ont eu de l’horreur d’en faire la moindre recherche.
Y a-t-il quelqu’un assez aveugle, ou assez endurci pour pouvoir souffrir sans horreur l'impiété de ce langage ?
Lorsque les prêtres sont parvenus à augmenter leur action sur les citoyens au mépris des lois civiles, ils finissent par atteindre la personne des rois ; et tel prince qui leur abandonne une certaine autorité sur ses sujets, doit trembler que cette même autorité ne parvienne un jour à saper les fondements de sa puissance, et à le précipiter lui-même par un parricide infâme dans l’horreur de la mort.
La terreur, l’épouvante, le désespoir, composeront cette scène d’horreur dont le dénouement sera votre réunion dans l’enfer avec les poètes, les comédiens et les spectateurs aux fautes desquels vous aurez participé et qui auront participé aux vôtres.
Ainsi ces passions étant si pernicieuses, et produisant chaque jour tant de funestes effets, on peut connoître par là quelle obligation on a à la poësie, qui ne s’occupe qu’à les farder, et qu’à accoûtumer l’esprit à les regarder sans horreur.
Si la Pièce de Molière, où ce caractère est représenté, ne corrige pas les Avares, qui, de peur de se reconnaître, éviteront sans doute d’aller au Spectacle lorsqu’on la jouera ; du moins on peut espérer qu’elle jettera dans le cœur des jeunes gens des semences d’horreur et d’aversion pour l’avarice qui les disposeront à se garantir de ce vice : et c’est là le grand bien que l’on doit attendre de cette Comédie.
Dieu a en horreur les partisans des spectacles. […] disoit Despreaux à ses amis, des maximes, qui feroient horreur dans le langage ordinaire, se produisent impunément, dès qu’elles sont mises en vers, elles montent sur le Théatre ! […] Une coquetterie perpétuelle, un Théatre, où il n’est question que d’intrigues d’amour, & où le public ne veut que les nudités du Corrége &c &c, sont-ils bien propres à exciter à la vertu & à l’horreur du vice ? […] L’Eglise, dit le Pere Lebrun, « gémissant sur l’empressement, que les Chrétiens sont paroitre pour des pratiques condamnables, n’ose en venir à des extrêmités, & se contente d’ordonner à ses Ministres, de leur en inspirer de l’horreur. » C’est ainsi qu’en usa St. […] Nous n’avons en horreur, que les péchés qui ne sont pas à la mode.
Toutes les inclinations pernicieuses sont condamnées au théâtre ; toutes les passions funestes y inspirent l’horreur, toutes les faiblesses malheureuses y font naître la pitié et la crainte. […] En un mot, cet exemple épouvantable des horreurs de la superstition n’en serait pas le remède, mais peut en être le préservatif. […] On y joint l’avantage de faire sentir à l’homme sa dépendance ; mais comme il en résulte plus d’horreur que de crainte des Dieux, je crois la morale de ces Tragédies pernicieuse à cet égard. […] Rousseau, en ce qu’elles accoutument les yeux du peuple à des horreurs qu’il ne devrait pas même connaître, et à des forfaits qu’il ne devrait pas supposer possibles. […] Quant à l’imagination souillée, c’est un mal, si le crime y est peint avec des couleurs qui nous séduisent ; mais c’est un bien et un très grand bien, si les traces qui en restent, inspirent l’horreur et l’effroi.
Ces Pièces n’inspirent-elles pas l’horreur du vice, en même temps qu’elles donnent le plus grand plaisir ? […] L’Ambition, loin d’être la plus noble des passions, est la plus basse, la plus injuste : mais c’est par cette raison même que la Tragédie doit la peindre, pour en donner de l’horreur. […] Jamais on ne prouvera, qu’Atrée, Catilina, Mahomet, Œdipe, Phèdre, laissent, après la Représentation, le Spectateur moins pénétré d’horreur, pour le parricide, la félonie, l’inceste, qu’auparavant. […] Les Pères de l’Eglise font entendre leur voix : on l’accuse de mille desordres, & malheureusement les apparences ne sont que trop évidemment contr’elle ; on invente même des prodiges*, pour en inspirer plus d’horreur aux nouveaux Chrétiens. […] … Périsse a jamais ce vil tyran du monde, cet or, dont la soif insatiable… Mais détournons les yeux de ces horreurs, puisque nous ne pouvons les faire cesser.
Les femmes de qualité et de vertu en auraient de l'horreur, au lieu que l'état présent de la Comédie ne faisant aucune peine à la pudeur attachée à leur sexe, elles ne se défendent pas d'un poison aussi dangereux et plus caché que l'autre qu'elles avalent sans le connaître, et qu'elles aiment lors même qu'il les tue. […] « C'est là que tu verras sur la terre et sur l'onde Le débris de Pharsale armer un autre monde, Et c'est là que j'irai pour hâter tes malheurs, Porter de rang en rang ces cendres et mes pleurs, Je veux que de ma haine ils reçoivent des règles, Qu'ils suivent au combat des urnes au lieu d'Aigles; Et que ce triste objet porte à leur souvenir Les soins de me venger, et ceux de te punir. » On ne peut pas dire qu'en cet endroit le Poète ait voulu donner de l'horreur de la vengeance, comme il a voulu en donner de celle de Cléopâtre dans Rodogune; au contraire, c'est par cette vengeance qu'il prétend rendre Comélie recommandable, et la relever au-dessus des autres femmes, en lui faisant un devoir, et une espèce même de piété, de sa haine pour César, qui attire le respect, et qui la fasse passer pour une personne héroïque.
Les sauvages qui sont à demi nuds, se barbouillent tout le corps, & pour la mieux conserver, ils ne se contentent pas de l’appliquer sur la peau, ou de s’en faire un enduit, en se recrépissant, comme avec de la chaux & du plâtre ; ils en pénétrent la chair, l’opération est douloureuse ; ils tracent toutes sortes de figures bisarres de serpens, d’oiseaux, de fleurs, d’armes, &c. qui font horreur ; ils se piquent tout le long de cette figure avec une aiguille, en mille & mille endroits, & répandent sur toutes ces piqures une liqueur noire, rouge, bleue, &c. de leur composition, qui s’imbibe dans la chair, & devient inéfaçable. […] Non, le portrait est chargé, ces horreurs ne seroient pas souffertes, & tout le crédit de ces grandes Princesses ne les sauveroit pas de la corde ; mais se livre au libertinage, suivre les amans contre la volonté de la famille, passer sa vie dans des mauvais commerces, vivre soi-même, & entretenir ses amans dans un célibat & une débauche volontairement sterile, réduire par les enchantemens, c’est-à-dire, par tous les charmes que peuvent prêter l’art & la nature ; enlever la toison d’or, c’est-à-dire, la bource à ses adorateurs ; à ces traits qui ne sont pas chargés, le public sans s’y méprendre, reconnoît aisément les nouvelles Médées : au reste, les rôles de Medée sont si communs sur le théatre, qu’il n’est pas étonnant qu’en s’y familiarisant, on les réalise. […] Quoique l’horreur pour le vice fût moindre avant l’Evangile, quoique dans toutes les nations, dans tous les siécles, & presque chez tous les hommes, la débauche ait eu une infinité de faces différentes, le commerce des deux sexes ne fut jamais permis hors du mariage ; la continence fut toujours une vertu, le libertinage un désordre.
Cet homme de génie a des beaux traits, des pensées sublimes, des sentimens nobles, des situations touchantes semées çà & là : mais une infinité de bassesses, de bouffonneries, des licences du plus bas comique, des horreurs dégoutantes, des attrocités révoltantes, qui l’emportent infiniment sur ce qu’il a de bon. […] Ce monstre de scélératesse fait horreur au plus libertin ; & quoique la femme de Constantin, & quelques autres exemples dans l’histoire, eussent fournit une matiere à la scène, on n’avoit pas osé braver si indécemment les bonnes mœurs. […] Il est vrai qu’elle n’y joint pas, comme Phedre, les horreurs de la calomnie, pour se venger.
La danse est une image des mystères infames qu’on y célèbre ; ce qui suffiroit pour en dégoûter les Chrétiens, qui doivent avoir en horreur tout ce qui appartient au culte & ramène aux infamies de ces fausses Divinités : Depuis la dépravation des mœurs, dit Cahusac, les danses ne tiennent plus qu’au plaisir ; les charmes qui en résultent pour les exécuteurs & pour les spectateurs, en redoublent la passion. […] On n’a qu’à parcourir les Almanachs des Spectacles, on y verra tout cela, & encore de nouvelles horreurs enfantées par les imaginations lubriques des modernes, ou prises des Contes de Bocace, de la Fontaine, de Rabelais, de Pétrone, de l’Arétin. […] Il montre que c’est un exercice indigne d’un homme sage, qui ne peut que le couvrir de honte ; que ces agitations, ces gestes, ces dissolutions, cette évagation, sont aussi ridicules qu’infames & scandaleuses, & dangereuses pour les mœurs ; que ce n’est pas même un vrai plaisir, mais une ivresse & un délire ; & que si la folie n’étoit comme naturalisée dans la plupart des hommes, on auroit horreur de la danse, on ne verroit les danseurs qu’en pitié, comme des forcénés, &c.
Le libertinage n’était point intimidé chez eux comme il l’est chez nous par l’horreur du scandale et par les menaces du châtiment. […] Et lorsque son père l’avertit de se garder de la rechute ; il répond avec sagesse : « Dieu aidant, j’aurai toujours horreur du chemin qui conduit à l’enfer. […] Le repentir d’Œdipe et de Jocaste dans Sophocle est d’une autre nature : l’horreur dont leur reconnaissance a été la source reste toujours dans leur esprit : il ne leur échappe aucun désir de rechute : il ne leur revient de leur première passion aucune pensée criminelle.
N’ai-je pas effacé par assez de bontés, Les horreurs de la guerre et ses calamités ? […] Quoiqu’il ait vu tomber ses Autels et ses Dieux Profanés par l’horreur d’un désordre odieux ; Quoiqu’il ait vu le sang des enfants et des mères Se confondre en coulant avec celui des pères ; Quoiqu’il voie aujourd’hui ses temples démolis, Sous des débris affreux ses Chefs ensevelis, Les palais renversés, les maisons écrasées, Par la faux des Soldats ses Campagnes rasées, Peut-être qu’il perdrait ce triste souvenir, S’il pouvait se flatter d’un plus doux avenir ; Mais il connaît trop bien que des horreurs nouvelles Lui présagent encore des épreuves cruelles.
Je ne cite cet article que pour montrer que ceux qui voudront sérieusement comparer le Théâtre des Comédiens avec la sainteté de l’Ecriture, auront horreur de penser qu’on veuille les joindre. […] C’est pourquoi Saint Augustin dit en beaucoup d’endroits, que l’Ecriture n’instruit les hommes qu’en leur prescrivant d’aimer Dieu, et d’avoir en horreur tout ce qui peut nourrir ou exciter en eux un amour opposé à la charité Aug[ustin]. de Doct[rina]. […] « Lex hæc carminibus data jocosis, Ne possint, nisi pruriant juvare. » Les Auditeurs et les Auteurs, tous conspirent à rendre cette loi immuable, et tout ce qu’on peut attendre des Auteurs, c’est qu’ils cachent le mal sous des enveloppes ; mais ils font ces enveloppes si minces et si déliées, qu’elles ne servent qu’à donner de l’agrément à ce qui aurait fait quelque horreur paraissant à découvert.
Mais il finit son Spectacle par une bizarerie si cruelle, qu’õ ne peut y faire de reflexion sans en avoir horreur.
Et pour les Tragédies ils en faisaient d'ordinaire l'ouverture, ou bien en soutenaient la catastrophe par leur présence, soit pour dénouer les intrigues qui paraissaient indissolubles, soit pour apaiser la douleur, l'horreur et les autres passions violentes, ou pour donner des assurances des bons effets qui devaient suivre les choses qu'on avait vues dans le trouble.
Le Démon sachant que l'Idolâtrie toute nue donnait de l'horreur, il la revêtue de la volupté des Spectacles, pour la rendre aimable.
« Si on haïssait sa propre injustice, on aurait horreur de tout ce qui la représente, et l’on regarderait comme ses ennemis tous ceux qui s’efforceraient de nous la faire paraître aimable : mais on ne veut point guérir, et l’on veut néanmoins sentir de la joie.
Si l’on haïssait sa propre injustice, on aurait horreur de tout ce qui la représente, et l’on regarderait comme ses ennemis tous ceux qui s’efforceraient de nous la faire paraître aimable ; mais on ne veut point guérir, et l’on veut néanmoins sentir de la joie.
Concluons donc, avec les Partisans du Théâtre, que, si on abolissait la Comédie, on ferait un grand tort à la République ; puisqu’il ne resterait plus de moyen d’inspirer de l’horreur pour le vice et de donner du goût pour la vertu à ce grand nombre d’hommes qui, comme nous l’avons déjà dit, ne vont guère à d’autre Ecole que le Théâtre, et qui, sans les leçons qu’ils y reçoivent, ignoreraient, toute leur vie, leurs défauts, loin de travailler à s’en corriger.
Et dans le personnage même de Laurette on apprendrait combien sont blâmables les Maîtres qui par autorité, et souvent par violence, exigent de leurs Domestiques des services qu’ils ne leurs rendent que malgré eux, et jamais sans concevoir une juste horreur pour ceux qui les forcent à les leur rendre.
Mais lorsque les vices les plus honteux diffamaient la scène, et avilissaient les Acteurs ; lorsque ceux-ci jouaient avec les gestes les moins équivoques ; que les hommes et les femmes méprisaient toutes les règles de la pudeur, et que l’on y prononçait ouvertement des blasphèmes contre le saint Nom de Dieu : pour peu que l’on sût rougir, pour peu que la conscience ou l’éducation parlassent, ces spectacles devaient naturellement faire horreur ; du moins ne pouvait-on s’y méprendre, ni regarder comme permis des discours aussi profanes, des actions aussi licencieuses et aussi contraires à l’honnêteté. […] Le premier et le plus fréquent, c’est qu’elle ne peint jamais les vices avec des couleurs qui les rendent odieux ou méprisables ; elle arrange ses tableaux de façon que ses préceptes sont un badinage qui attire plus au mal qu’il n’en éloigne, et qu’elle répand sur les défauts un certain ridicule trop plaisant pour en donner de l’horreur. […] « Or, ce qui y sert le plus, est une certaine horreur que la coutume et la bonne éducation en impriment ; et rien ne diminue davantage cette horreur que la Comédie ; parce que cette passion y paraît avec honneur, et d’une manière qui, au lieu de la rendre horrible, est capable au contraire de la faire aimer. […] L’Auteur l’arrête où il veut dans ses personnages par un trait de plume ; mais il ne l’arrête pas de même en ceux en qui il l’excite : la représentation d’un amour légitime, et celle d’un amour qui ne l’est pas, font presque le même effet, et n’excitent qu’un même mouvement, qui agit ensuite diversement, suivant les différentes dispositions qu’il rencontre ; et souvent même la représentation couverte de ce voile d’honneur est plus dangereuse, parce que l’esprit la regarde avec moins de précaution, qu’elle y est reçue avec moins d’horreur, et que le cœur s’y laisse aller avec moins de résistance. […] Il a répondu que quand on fait attention au mal que l’Eglise aperçoit dans les spectacles, aux soins qu’elle prend d’éloigner ses enfants de tout ce qui peut nourrir des passions dangereuses, et à la condescendance qu’elle doit avoir pour les Chrétiens faibles qui ne peuvent rompre leurs chaînes, et qui peut-être ne les sentent pas ; on voit que l’Eglise doit tolérer ceux qui vont aux spectacles, se contenter de punir les principaux Acteurs, et faire toujours exhorter les Fidèles à les fuir, jusqu’à ce qu’ils soient désertés ; … que la raison et l’expérience nous apprennent qu’on ne peut se dispenser de tolérer certains maux ; que l’Eglise craint d’arracher l’ivraie, craintel d’arracher le bon grain ; qu’elle doit tourner toute son application à faire connaître cette ivraie aux Fidèles, et à leur en donner de l’horreur, de peur qu’ils ne prennent pour bonne nourriture ce qui gâterait leur esprit et leur cœur… Qu’il y a plusieurs usages très condamnables, dont on n’a pu faire revenir le monde, qu’après les avoir condamnés durant longtemps, comme les bains communs des hommes et des femmes, etc.
L’art n’y est employé que pour inspirer de l’horreur pour le crime, & de l’amour pour la vertu. […] Je sçais quelle étoit l’impureté du Théatre des Anciens, & par conséquent quelle horreur nous devons en avoir. […] Comme si les vives images d’une tendresse innocente étoient moins douces, moins séduisantes, moins capables d’échauffer un cœur sensible, que celle d’un amour criminel à qui l’horreur du vice sert au moins de contre-poison. […] On frissonne à la seule idée des horreurs dont on pare la Scene Françoise…. […] Au reste, ce mépris-est plus fort par-tout où les mœurs sont plus pures ; c’est pourquoi il y a des pays d’innocence & de simplicité où le métier de Comédien est presque en horreur.
Cinna se représente toutes les horreurs du crime qu’il va commettre ; mais si Emilie l’ordonne, il faut qu’il assassine Auguste, de même que le Maréchal d’Hocquincourt prenant un couteau, disoit au P. […] Il osa faire plus, il osa comme Euripide εκτραγῳδῆσαι, traiter l’Amour d’une maniere tragique, & peindre dans Phedre vertueuse toute l’horreur d’une passion criminelle.
La malignité veut encore, mais c’est toujours malignité, qu’à la grossièreté près, dont tous les théâtres sont aujourd’hui purgés, on trouve dans ces pièces toutes les tendresses de l’amour, tout le fiel de la médisance, tous les emportements de la colère, toutes les horreurs de l’impiété, toutes les folies du paganisme, des divinités, des sacrifices, des Prêtres habillés d’une manière fort approchante des nôtres, souvent avec des ornements sacerdotaux assez peu déguisés ; qu’on joue quelquefois jusque dans les Eglises et les Congrégations, d’où on tire le matin le saint Sacrement pour faire place à Arlequin, etc. […] Il était réservé à notre siècle de voir de semblables horreurs, et à la Société de les enfanter, etc. » Ce n’est pas à nous assurément à entrer dans les affaires des Jésuites ; nous ne rapportons ce morceau que pour faire voir ce que les Magistrats pensent de la comédie, même des collèges, combien ils la croient opposée au respect dû à la religion, à la pratique des vertus chrétiennes, et à la bonne éducation de la jeunesse.
Je ne vis personne qui eût mine d’honnête homme, sortir satisfait de sa Comédie ; La joie s’était changée en horreur et en confusion, à la réserve de quelques jeunes Etourdis, qui criaient tout haut que Molière avait raison, que la vie des Pères était trop longue pour le bien des Enfants, que ces bonnes gens étaient effroyablement importuns avec les remontrances, et que l’endroit du fauteuilu était merveilleux. […] Et néanmoins, malgré tous les soins de ce grand Prince, elle retourne aujourd’hui comme en triomphe dans la ville Capitale de ce Royaume, elle monte avec impudence sur le Théâtre, elle enseigne publiquement ses détestables maximes, et répand partout l’horreur du sacrilège et du blasphème : Mais nous avons tout sujet d’espérer que ce même Bras qui est l’appui de la Religion, abattra tout à fait ce Monstre, et confondra à jamais son insolence.
Est-il bien sûr que le simple récit de ces forfaits nous en donnerait moins d’horreur que toutes les couleurs dont il nous les peint ? […] S’il pouvait exister, il ne ferait pas rire ; il ferait horreur. […] L’horreur et le mépris qu’y nourrit cette même passion pour tous les vices qui l’ont irritée sert encore à les écarter du cœur qu’elle agite. […] Le moyen de songer à ces horreurs sans émotion ? […] Nous ne sommes point réduits à nous cacher à nos propres yeux, de peur de nous faire horreur.
Quand on entend débiter de telles maximes par des Héros que l’on est forcé d’admirer, il est très-difficile d’en concevoir une juste horreur, & de désaprouver en sécret ce que l’on vient de canoniser au Parterre.
Car ils m’aprendroient des veritez capables non seulement de me determiner, mais de m’inspirer pour ces sortes de divertissemens une espece d’horreur.
Puisque donc les Empereurs ont si absolument défendu toute sorte de jeux, de divertissements séculiers, et de plaisirs sensuels, afin que le peuple fidèle sanctifiât les Fêtes, et vaquât de tout son cœur aux choses de Dieu ; ce serait faire injure à l’autorité Sacerdotale, et à la puissance Ecclésiastique de penser que des saints Evêques eussent été moins exacts qu’eux dans leurs Ordonnances sur ce sujet, principalement puisque nous voyons qu’ils ne parlent jamais dans leurs écrits des jeux et des spectacles, qu’avec horreur et avec exécration.
J’avoue que, dans leurs Tragédies, les Grecs ne l’ont montré que par ses fureurs et ses emportements ; et, par là, cette passion n’a jamais manqué d’inspirer aux Spectateurs une horreur capable de les corriger.
La sotte vanité d’Armande qui, parce qu’elle est savante regarde avec horreur les liens du mariage, n’en est pas mieux traitée voyant son Amant devenir le mari de sa sœur : et dans le personnage de Trissotin, on trouve de même une belle instruction pour ceux qui ne cherchent que leur intérêt en se mariant.
Y a t-il donc de la raison quand nous voyons faire à un homme des choses que nous serions honteux de faire, au lieu que nous devrions l’avoir en horreur, de nous y plaire & de l’approuver ? […] Les Sujets de ces premieres Tragédies, & de celles qu’Aristote recommande, sont des crimes, ou plutôt des horreurs qui n’arrivent presque jamais, & qui n’étoient arrivées que par la vengeance des Dieux sur certaines Familles. […] Voilà le premier mouvement de la Nature, le premier cri du cœur que revolte l’horreur du crime, & la crainte de ses suites funestes. […] Il seroit à souhaiter que nous pûssions vivre dans la même ignorance : mais puisque nous voyons tous les jours des exemples des fureurs dont nous sommes capables, & que l’Histoire est le récit des crimes des hommes, il est permis à la Poësie de nous en retracer les images, pourvu qu’elle nous en inspire de l’horreur, ce qu’elle peut faire plus vivement & par conséquent plus utilement que l’Histoire.
Les Protestans se piquoient de réforme, & opposoient des mœurs austeres à la dépravation de la Cour : les spectacles, les jeux, leur étoient autant en horreur que les cérémonies de l’Eglise Romaine. […] Ils exposeront des vérités, horribles sans doute, ils les embéliront par des épisodes & des personnages imaginaires ; c’est-à-dire qu’ils affoibliront l’horreur du crime, qu’ils nous accoutumeront, nous familiariseront pour ainsi dire, avec des scélerats, nous feront un jeu, un amusement des forfaits & des folies. […] On y étoit continuellement au milieu de toutes les horreurs de la guerre.
Car ils m’apprendroient des vérités capables non-seulement de me déterminer, mais de m’inspirer pour ces sortes de divertissements, une espece d’horreur. […] Or je prétends néanmoins, et vous en êtes aussi instruits que moi, qu’il y a des promenades suspectes, qu’il y en a d’ouvertement mauvaises, qu’il y en a de scandaleuses, et que ce scandale ne regarde pas seulement les ames libertines et déclarées pour le vice, mais celles mêmes qui du reste en ont ou paroissent en avoir plus d’éloignement et plus d’horreur. […] Car en premier lieu, si tout divertissement du monde a l’un de ces trois caracteres que j’ai marqués, ou d’être criminel en lui-même, ou d’être excessif dans son étendue, ou d’être scandaleux dans ses effets, il n’y a point dans le monde de divertissement que vous ne deviez avoir en horreur, bien-loin de le chercher et de vous le procurer : pourquoi ?
Il arrivoit encore que beaucoup de Comédiens, à l’exemple des Gladiateurs, se blessoient à mort sur la Scéne ; de sorte que, sans qu’il soit besoin de multiplier les exemples, on voit clairement que ce n’étoit alors, qu’horreurs, que meurtres, que prostitutions. […] Le terrible accident, arrivé à Henri II, qui mettoit tous les Jeux en horreur, & la révolte naissante de Luther, qui, par ses maximes relâchées, venoit de secouer le joug de la vraie Religion, permettoient-ils d’espérer qu’au Concile de Trente, & dans les Parlemens de France, on auroit d’autre objet, que tout ce qui pourroit contribuer à l’austere Réformation des Mœurs, & à la plus réguliere Observation de la Discipline ?
La vie d’une Comédienne peut être fort amusante par une multitude de traits de toute espèce, qui en caractérisant les femmes de cet état, en donne une juste horreur, & les couvre de mépris & de ridicule. […] Son indulgente bonté me fit voir avec plus d’horreur que les plus amers reproches n’auroient pu faire, l’ignominie de ma conduite.
Il l’accuse d’avoir forcé sa fille à se faire Religieuse, quoiqu’elle l’ait laissée libre chez la parente qui l’emporta, tandis que lui veut la forcer de sortir du Couvent, qu’il la saisit, l’entraîne & l’enlève avec violence, & prononce les plus grandes horreurs & les plus exécrables sermens. […] Quelle horreur que cette morale !
La nature cependant voyait sa frénésie avec horreur. […] La fureur s’emparait de lui ; il écrivait alors ; les blasphêmes et les horreurs coulaient de sa plume empoisonnée, et malheur aux amants jaloux ou chimériques qui auraient lu ces libelles horribles ; leur âme tourmentée n’eût plus éprouvé que d’affreux sentiments… Les Dieux, qui entendent les gémissements de la beauté, ne prendront-ils pas sa défense ?
Il est temps de repousser les principes dangereux de ces hypocrites incorrigibles, qui cachent leurs projets ambitieux, sous le masque de la religion ; et auxquels il ne manque que le pouvoir, pour renouveler les horreurs de l’abominable inquisition religieuse et rappeler la torture et les bûchers. Il est temps que tous les gouvernements aient en horreur, les guerres à la fois politiques et religieuses, dont le caractère fut toujours celui de l’extermination ; et qui inspirées par la superstition et le fanatisme, furent constamment le signal du carnage et de la dévastation.
Pour faire un livre d’assertions plus infâme en tout genre que celui qui a fait condamner ces Pères, on n’a qu’à extraire la moitié des opéra, comédies, tragédies, farces, théâtre italien, on fera une chaîne de tradition non interrompue, jusqu’au moment présent, des plus grandes horreurs, même du régicide. […] Il aurait horreur de son infâme métier, s’il les faisait.
S’il est nécessaire au Comédien de jouer ces rôles d’après nature, on en fait donc un monstre en horreur au genre humain ?
Les horreurs du théatre de Crébillon rendent brutal, cruel, en porté, sanguinaire ; les friponneries des acteurs de Moliere & de Regnard secouent les scrupules de la probité & la justice, apprennent & font imaginer une infinité de tours d’adresse pour s’emparer du bien d’autrui.
le tems viendra, que ces jeunes personnes, ces libertins, ces gens du monde condamneront avec indignation contre eux-mêmes avec une espece d’horreur de tous ces profanes divertissemens, mais en sera-t’il tems ?
Au reste, il range toujours ces malheureux divertissements « parmi les attraits et les pépinières du vice : illecebras et seminaria vitiorum » ; et s’il ne frappe pas ceux qui s’y attachent, des censures de l’église, il les abandonne au zèle et à la censure des prédicateurs, à qui il ordonne de ne rien omettre pour inspirer de l’horreur de ces jeux pernicieux, en ne « cessant de les détester comme les sources des calamités publiquesIbid. p. 40.
Toutes les actions humaines dans le cours ordinaire & naturel des choses, n’ont aucun relief, aucune impression : la vertu ne jouit point de son lustre ; le crime masque adroitement son horreur : toutes les qualités sublimes n’ont qu’un éclat obscur ; les vices infames qu’une difformité légere. […] Mais de pareilles idées sont horreur : brisons promptement sur cela. […] Les Paroles, le Geste, le Chant, la Musique, la Déclamation : il n’est rien qui ne conspire à réveiller chez-nous ce fonds de sentiment qui s’endort On ne voit point un beau modéle sans ambition, des qualités rares sans envie, des indignitées sans horreurs, des actes d’humanité sans plaisir, des mouvemens de tendresse sans émotion, le vrai mérite sans jalousie, la frivolité sans mépris, les petits airs sans dédain : qui a-t-il de plus puissant sur nos mœurs, sur notre génie, sur notre caractére ? […] Non : l’horreur du vice est naturelle & le goût ne s’en acquiere, s’il est possible de parler ainsi, que par un habitude consommée : j’atteste l’Univers entier qu’à la vue de quelque chose de mauvais on se sent intérieurement offensé.
Basile : Il nous doit suffire, que les Tragédies sont pleines d’horreurs, de meurtres, parricides, incestes ; d’exécrations, et invocations des Dieux Païens : Or l’Ecriture défend en termes exprès, non seulement de jurer par les noms des Dieux étrangesy, mais de les prononcer par notre boucheExo. 23. […] Le même ailleurs, après avoir parlé des jeux sanglants des gladiateurs, ajouteLib. 2. epist. 2 ek ; « Tu verras aussi aux Théâtres de quoi te fâcher, et de quoi rougir : Aux Tragédies on récite les anciens horreurs, des parricides, et incestes, afin que tout âge entende, que ce qui a été fait autrefois, se peut bien encore faire : on ne laisse pas mourir les méchancetés, par la vieillesse, on ne permet que les crimes soient accablés par le temps, ni qu’ils soient ensevelis d’oubliance ; ce ne sont plus crimes, ils deviennent exemples. […] Augustin, duquel a été parlé ci-dessuser ; il me faudrait transcrire tout le sixième livre de son œuvre Du vrai jugement et providence de Dieu es, il y d éduit tous les inconvénients, qui accompagnent tels Jeux ; affirme, que les vices qui ailleurs sont séparés, se joignent ensemble ès Théâtres ; Que « ceux qui regardent ces portraits de paillardises, représentées au Théâtre paillardent entièrement en leur cœur ; paillardent non seulement en s’en retournant, mais aussi en y allant. »et Que « la conscience témoigne à un Chrétien, que Dieu les a en horreur, et exécration ; et que tout ainsi, qu ’il y est offens é, que le Diable y prend aussi plaisir : Que nul ne peut vanter de servir Dieu en l’Eglise, qui se montre si affectionné serviteur du Diable, en la saleté de ces jeux, et spectacles. […] [NDE] comprendre : le théâtre moderne surpassera en horreur les Bacchanales.
La vérité de l’histoire est que Pygmalion, Roi de Chipre, différent de Pigmalion, Roi de Tyr, pere de Didon, Reine de Carthage, avoit réellement une passion insensée pour une statue de Venus ; Ovide, le théologien du Paganisme, n’a pas laissé échapper ces horreurs si fort de son goût, & si dignes de son infame pinceau ; il les a embellies par des prodiges, & raconte une si ridicule métamorphose, avec la licence qui lui est ordinaire. […] L’auteur & le décorarateur trop d’accord pour le désordre, mettent l’un sur la toile, tout ce qu’il dit analogue à la scene ; l’autre dans la bouche des acteurs, toutes les horreurs qu’il croit convenables à leur rolle. […] Horreur de l’idolâtrie, infamies de l’impureté, les meurtres, les larcins, les parjures, &c.
Thalie se moque de sa frayeur, Sofie lui demande si elle croit que les coups de la main d’un Dieu font horreur, & que l’adultere est glorieux au mari, quand un Dieu est son rival : (morale de l’Amphitrion.) […] Roi d’Angleterre, le dernier des Plantagenetes, n’est point un sujet favorable pour le théatre, il ne présente que des horreurs, qu’aucune vertu ne rachete, un usurpateur qui envahit le trône, au préjudice de deux de ses neveux, enfans de son prédécesseur, qu’il fait étrangler dans la tour de Londres. […] Après le Mauvais succès de la piéce, ce double couronnement étoit comique, il fut célébré par les sifflets, & tint lieu de la petite piéce qu’on donne à la fin, pour consoler des horreurs de la grande.
Le Festin de Pierre combat de même la religion, & par les horreurs qu’on vomit contre elle, & par l’excès de la superstition dont on l’a chargé. […] il abandonne sur-tout le Tartuffe, ce chef-d’œuvre si vanté, si vivement défendu, pour lequel les libertins témoignent le plus de prédilection, & les gens vertueux le plus d’horreur, par la même raison les uns & les autres. […] Mais soit que par sagesse on ait enseveli ces horreurs dans le silence, soit qu’en effet ce ne fût qu’un faux bruit, il y a longtemps qu’on n’en parle plus.
Je ne doute point que Sophocle n’eût fait combattre sur le Théâtre devant tout le monde, les trois Horace contre les trois Curiace ; il faut que le Spectateur apprenne par des récits ces aventures cruelles, qui ne lui causent que des sentiments douloureux, et qui ne lui donnent que de l’horreur. […] La cruauté qu’Ulysse exerça contre Astyanax ; les massacres que Pyrrhus fit des enfants de Priam, les parricides d’Atrée et de Tantale ; toutes ces actions pleines d’horreur, qui étaient si fort au goût des Anciens, ne seraient pas maintenant souffertes sur notre Théâtre, et il faut les dérober aux yeux du spectateur. […] Le Théâtre des Anciens doit nous faire conclure, que leurs mœurs étaient sauvages et barbares ; ils aimaient à voir sur la scène des carnages et des massacres : Nos mœurs sont maintenant plus douces, plus polies, plus humaines ; nous ne pouvons voir qu’avec horreur la scène ensanglantée ; il faut que l’on ménage nôtre délicatesse par des récits, qui nous apprennent le détail de ces actions barbares, dont nous ne pouvons souffrir la vue.
Je me lasse de glaner après nos Poètes et de recueillir ici leurs profanations : objets d’horreur pour moi ! […] Berinthie pousse son allégorie soutenue également et de profanations et de saletés : ensuite elle en vient à l’application, elle déclare nettement à Amanda les vues étranges qu’elle a sur elle, et finit par cette horreur : « ç’a, pensez bien à ce que l’on vous dit ; et que le Ciel vous fasse la grâce de le mettre en pratique » ; c’est à-dire, de devenir une prostituée. […] L’impiété choque toujours les oreilles chrétiennes, déshonore la Majesté de Dieu et a des suites pernicieuses : elle ôte insensiblement l’horreur du crime et affaiblit la lumière de la conscience dans ceux qui en sont témoins ; parce qu’elle porte au mépris du Souverain Etre qui défend le mal et qui ordonne le bien.
Dans les représentations dramatiques, le plus souvent, que d’aventures tragiques, que d’événements terribles, de catastrophes sanglantes, de scènes d’horreur, de désespoir, de sang, de meurtre, de suicide, qui familiarisent les hommes avec les idées de crime et de destruction, et les livrent sans défense au délire fougueux de leurs passions ! […] Il faut le dire ici sans détour, le drame français moderne est devenu un enseignement d’immoralité, d’infamie et d’horreurs, c’est-à-dire de meurtre, de suicide et de prostitution ».
On alloit dans les forêts, dont le silence, l’horreur, l’obscurité aidoient à monter l’imagination. […] De là, peut-être, sont venus tous le contes de sabbats, des sorciers, des diables assemblés des revenans, une imagination échauffée est capable de toute sorte d’horreurs & de folies.
Pour fournir à tant de folles dépenses, il ruina son peuple, il occasionna des guerres qui, pendant plus de quarante ans, désolerent tout son pays, & au milieu de ces horreurs, malgré l’invasion de la Lorraine, dans le temps qu’elle étoit le théatre de la guerre, qu’on y exerçoit des cruautés inouies, que les peuples & lui même étoient errans & fugitifs, dans le temps qu’on négotioit pour son rétablissement, au lieu de s’occuper de ces objets importans, & de pleurer sur tant de maux dont il est cause, dominé par ses passions, il donna des fêtes, des bals, des carrousels, des mascarades, des comédies, des tournois à Selle Dessanglée, au risque de tomber à chaque pas de cheval. […] Il en fait en Espagne malgré les horreurs d’une prison, & le danger continuel de porter sa tête sur un échaffaud.
En jouissant de la Représentation, on approuve rarement de telles actions ; presque toujours ou les a en horreur, on les déteste, & l’on juge la Pièce & l’Auteur d’après les lumières d’une saine raison. […] Or on ne peut y parvenir qu’en se donnant des Acteurs qui soient pour le Public des objets chéris, que lui-même aurait horreur de corrompre, dont l’innocence & la candeur répandront un vernis d’honnêteté sur un exercice que les mœurs des Histrions ont deshonoré, & que l’air de licence qu’on respire sur les Théâtres actuels n’a que trop souvent rendu funeste.
Il ne seroit point applaudi, mais il saisiroit ; il feroit répandre des larmes ; il ne laisseroit pas respirer ; il inspireroit l’amour des vertus & l’horreur des crimes ; (remarquez ce qui suit) il entreroit fort dans le dessein des meilleures loix ; la Religion même la plus pure n’en seroit point alarmée ; on n’en retrancheroit que de faux ornements qui blessent les regles du goût.
et les forfaits commis tous les jours par le feu, le fer et le poison, dont tous les tribunaux sont occupés sans cesse à nous révéler les horreurs, ne vous glacent-ils pas d’effroi ?
Nos hommes d’Etat doivent donc avoir un vif regret d’être forcés d’abandonner l’Espagne à ses horreurs, sans y porter un remède efficace.