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2. (1770) La Mimographe, ou Idées d’une honnête-femme pour la réformation du théâtre national « La Mimographe, ou Le Théâtre réformé. — [Première partie.] — Onzième Lettre. De madame Des Tianges. » pp. 244-249

me cacher tes projets, à moi qui t’aime, & qui t’étourdit de mes rêveries… Je m’en rapporte néanmoins à ta prudence : non, mon amie ; je ne te presserai pas de m’instruire. […] Tu es aimée. […] Il atteint vingt-deux ans, est assez bien fait ; il a l’œil ardent plutôt que vif, le caractère sombre ; je crois que ses passions seront intraitables : l’amour les absorbe toutes aujourd’hui, heureusement pour un objet capable de lui faire aimer la vertu ! […] Qu’a dit monsieur D’Alzan, en les revoyant : je me le représente prenant tantôt le petit D’Alzan, & tantôt ma Sophie ; leur partageant ses caresses… Sais-tu que la petite friponne aime son oncle plus que sa mère ? […] Elle n’a qu’une vertu, qui nous la rend supportable, c’est d’aimer sa Nièce : elle l’aime éperdûment, mais aigrement, d’un ton toujours grondeur, pour improuver devant elle tout ce qu’elle fait, tout ce qu’elle dit, pour l’élever jusqu’au ciel, dèsqu’elle croit n’en plus être entendue.

3. (1667) Traité de la comédie et des spectacles « Sentiments des Pères de l'Eglise sur la comédie et les spectacles — 5. SIECLE. » pp. 147-179

Mais puisque tous les hommes naturellement désirent de se réjouir, comment peuvent-ils aimer ces larmes, et ces douleurs ? […] Nullement : Et il faut demeurer d'accord qu'il a des rencontres où l'on peut aimer ses douleurs. […] Ainsi il y a bien quelque douleur que l'on peut permettre ; mais il n'y en point que l'on doive aimer: Ce que vous nous faites bien voir, ô mon Seigneur et mon Dieu, puisque vous qui aimez les âmes incomparablement, et plus purement que nous ne les aimons, exercez sur elles des miséricordes d'autant plus grande, et plus parfaites, que vous ne pouvez être touché d'aucune douleur. […] Combien est changé cet autre qui aimait et qui louait si fort ce chasseur, ou ce Comédien ? […] Celui qui a fait tout ce qui est grand surpasse tout ce qu'on se peut figurer de plus grand; il vous tiendra lieu de tout ce que vous aimez.

4. (1743) De la réformation du théâtre « De la réformation du théâtre — CINQUIEME PARTIE. — Tragédies à rejeter. » pp. 235-265

et qu’en puis-je espérer, Que la douceur de voir, d’aimer, de soupirer ? […] Quant à la passion de la Duchesse d’Irton, qui aime le Comte, qui en est aimée, et cependant qui se marie à un autre, le motif en est trop politique pour qu’on puisse en tirer quelque instruction ; tout au plus elle peut être utile à quelque confidente de haute volée, qui se trouverait dans le cas de la Duchesse. […] En effet, le lieu de la Scène est le Serrail du Grand Seigneur, et l’action ne roule que sur l’amour de deux femmes pour un homme ; Bajazet aime et est aimé d’Atalide, et Roxane est aussi amoureuse de Bajazet. […] Son Atalide est une jeune Princesse du sang Ottoman élevée dès son enfance avec Bajazet, et qui ne l’aime pas moins qu’elle en est aimée, s’étant flattés également tous deux qu’ils seraient mariés ensemble quelque jour. De l’autre côte Roxane, qui aime Bajazet, quoi qu’elle soit Sultane favorite du Grand Seigneur, ne travaille à faire monter son Amant sur le Trône, qu’à condition qu’il l’épousera.

5. (1823) Instruction sur les spectacles « Chapitre XVIII. Eprouver par soi-même si les spectacles sont dangereux, c’est vouloir tomber dans les dangers qu’ils offrent. » pp. 154-163

« Ils ignorent que c’est ainsi que le péché est entré dans le monde, et que les hommes ne meurent que parce que la première femme aima mieux éprouver si elle mourrait en désobéissant que d’obéir et de vivre. […] Ainsi les sens n’y sont pas seulement séduits par l’extérieur, mais l’âme y est attaquée par tous les endroits où sa corruption est sensible : car elle n’aime ces choses au dehors que parce qu’elles sont les images de ses maladies. Elle est flattée par tout ce qui flatte ses passions ; elle veut sentir ce qu’elle aime, et elle aime ce qu’elle veut sentir. […] Le premier de ces désordres est un obstacle à toutes les vertus, et le second porte à tous les vices ; mais l’un et l’autre sont certainement la suite des spectacles, et toujours dans la même proportion qu’on les aime et qu’on y est assidu. […] Ceux même qui sont les plus passionnés pour les spectacles en sentent bien le vide et le faux, s’ils ont de l’esprit ; comme ceux qui aiment le monde en connaissent bien l’injustice et la malignité, s’ils profitent de l’expérience : mais le cœur des uns et des autres n’en est que plus corrompu d’aimer ce qu’ils sentent bien n’être pas aimable ni digne d’être aimé.

6. (1697) Histoire de la Comédie et de l’Opéra « PENSEES SUR LES SPECTACLES. » pp. 1-12

Ils ignorent que c’est ainsi que le péché est entré dans le monde, et que les hommes ne meurent que parce que la première femme aima mieux éprouver si elle mourrait en désobéissant, que d’obéir et de vivre. […] Car elle n’aime ces choses au dehors, que parce qu’elles sont les images de ses maladies. […] Elle veut sentir ce qu’elle aime, et elle aime ce qu’elle veut sentir. […] Le premier de ces désordres est un obstacle à toutes les vertus ; et le second est une entrée à tous les vices ; mais l’un et l’autre sont certainement la suite des Spectacles, et toujours dans la même proportion qu’on les aime et qu’on y est assidu. […] Ceux même qui sont les plus passionnés pour les Spectacles, en sentent bien le vide et le faux, s’ils ont de l’esprit ; comme ceux qui aiment le monde, en connaissent bien l’injustice et la malignité, s’ils profitent de l’expérience : mais le cœur des uns et des autres n’en est que plus corrompu, d’aimer ce qu’ils sentent bien qui n’est pas aimable.

7. (1707) Réflexions chrétiennes « Réfléxions chrétiennes, sur divers sujets. Où il est Traité. I. De la Sécurité. II. Du bien et du mal qu’il y a dans l’empressement avec lequel on recherche les Consolations. III. De l’usage que nous devons faire de notre temps. IV. Du bon et mauvais usage des Conversations. Par JEAN LA PLACETTE, Pasteur de l’Eglise de Copenhague. A AMSTERDAM, Chez PIERRE BRUNEL, Marchand. Libraire sur le Dam, à la Bible d’Or. M DCCVII — Chapitre XII. Du temps que l’on perd à la Comedie, et aux autres spectacles de même nature. » pp. 269-279

Jean, N’aimés point le monde, ni les choses qui sont au monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Pere n’est point en lui, et S. […] Quel est, en effet, ce monde que Dieu ne veut pas que nous aimions ? […] C’est un autre monde, que la concupiscence a formé, qu’elle aime, qu’elle recherche, et dont elle fait son idole. […] Et s’ils le font, comme on ne peut en douter, comment nous peut-il être permis de les aimer ?

8. (1770) La Mimographe, ou Idées d’une honnête-femme pour la réformation du théâtre national « La Mimographe, ou Le Théâtre réformé. — [Première partie.] — Quinzième Lettre. De madame Des Tianges. » pp. 275-277

ces hommes, ces hommes, pourquoi les aimons-nous ? […] mon amie, ma divinité, on n’a jamais aimé comme je t’aime. […] ils s’aiment trop.

9. (1667) Traité de la comédie « Traité de la comédie — XIX.  » pp. 475-477

Tu blâmes ma douleur, tu l'oses nommer lâche ; Je l'aime d'autant plus que plus elle te fâche, Impitoyable père, et par un juste effort, Je la veux rendre égale aux rigueurs de mon sort. » Et ensuite parlant à son frère, elle fait cette horrible imprécation contre sa patrie : « Rome l'unique objet de mon ressentiment, Rome à qui vient ton bras d'immoler mon amant, Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore, Rome enfin que je hais, parce qu'elle t'honore. […] Cependant cette même disposition d'esprit si criminelle en soi n'a rien d'horrible lorsqu'elle est revêtue de ces ornements; et les spectateurs sont plus portés à aimer cette furieuse qu'à la haïr. […] Que s'il n'est pas permis d'aimer les vices, peut-on prendre plaisir à se divertir dans des choses, qui nous apprennent à les aimer ?

10. (1770) La Mimographe, ou Idées d’une honnête-femme pour la réformation du théâtre national « La Mimographe, ou Le Théâtre réformé. — [Première partie.] — Treizième Lettre. De madame Des Tianges. » pp. 254-259

je n’avais pas autant de sujet de les répandre… Tu le sais ; je te l’ai répété mille fois, j’aime, j’adore mon épouse ; elle m’est plus chère que la vie… Eh bien… cependant… une autre… s’est placée malgré moi dans mon cœur à côté d’elle. […] puis-je me l’avouer… en nous jurant de ne plus nous aimer… de nous oublier mutuellement… nous oubliames, moi, mon devoir ; elle, ce qu’elle s’était promis… Au fond de l’abîme, où tous deux nous étions tombés, notre turpitude s’est offerte à nos regards. […] Où trouveront-ils assez de larmes… Ils nous aiment, ils nous trahissent… eh ! […] Ursule, aime toujours ta sœur ; tu ne lui fus jamais si chère. […] J’observe que monsieur D’Alzan s’est découvert lui-même… Une lueur d’espérance semble sortir de ce goufre d’horreurs… Oui, ma sœur, il aime encore la vertu.

11. (1698) Théologie du cœur et de l’esprit « Théologie du cœur et de l’esprit » pp. 252-267

Or rien n’affoiblit plus cette horreur, que la Comedie, où l’amour paroît d’une maniére, qui au lieu de rendre cette passion horrible, est capable de la faire aimer. […] C’est beaucoup nuire à son ame, que de l’accoutumer à regarder sans horreur le plaisir que les mondains trouvent à aimer, & à se faire aimer ; & c’est-là un des premiers effets de la Comedie. […] on ne doit point la representer, ni se plaire à la voir representer : car on ne manque gueres d’aimer bien-tôt un vice dont l’image commence à plaire. […] S’il n’est point permis d’aimer les vices, peut-on se plaire à ce qui a pour but de nous les rendre aimables ? […] dés là nous aimons les vices qui nous sont representez.

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