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446. (1694) Lettre d’un Docteur de Sorbonne à une personne de Qualité, sur le sujet de la Comédie « letter » pp. 3-127

Et il ajoute, que s’il avait à faire à quelque moins habile homme, ou à quelque faux dévot, qui pour se donner des airs de réformateur aurait la témérité de rejeter la doctrine de saint Thomas, comme opposée à la morale des Pères, et peu conforme en quelques endroits aux maximes les plus pures de la Religion, il n’aurait pas de peine à lui fermer la bouche, et à lui apprendre à porter à la doctrine de ce saint Docteur toute la vénération qu’elle mérite, et que les Conciles, les Souverains Pontifes, et tous les grands Hommes qui l’ont suivi, n’ont pu lui refuser. » Après ces magnifiques paroles, et quelques autorités bonnes ou mauvaises qu’il allègue en faveur de la doctrine de saint Thomas : « Lisez, je vous prie, avec attention, dit-il à son Ami, ce que ce grand Docteur enseigne de la Comédie dans la seconde partie de sa Somme, où il explique bien des choses que les personnes scrupuleuses devraient savoir pour assurer le repos à leur conscience. » Voilà donc saint Thomas travesti en Médecin qui guérit des scrupules, et qui va servir de truchement à notre Docteur. […] Mais c’est peut-être qu’il s’est aperçu que la Cour toute seule n’était pas compétente pour juger d’un fait de Religion, et en cela il ne s’est pas trompé : Mais à cela près, examinons les principes d’où il tire sa conclusion. […] Peut-être aussi que si on avait fait connaître à Sa Majesté le peu de convenance qu’il y a du plaisir des Spectacles avec la pureté du Christianisme, et de la Religion qu’elle professe, elle n’aurait pas moins fait éclater son zèle contre la Comédie, que firent autrefois saint Louis et Philippe Auguste, en bannissant les Comédiens du Royaume : qui a su chasser les Huguenots de ses Etats, en pourrait bien exterminer la race des Comédiens.

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