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419. (1759) L.-H. Dancourt, arlequin de Berlin, à M. J.-J. Rousseau, citoyen de Genève « CHAPITRE V. Des Comédiens. » pp. 156-210

Pen et Confucius, voilà deux sages, sinon en Religion du moins en morale. […] Prenez-y garde Monsieur, ce n’est pas lorsque les Jeux Scéniques furent institués qu’ils furent avilis, ils étaient des actes de Religion, dont les Acteurs étaient les Ministres : on les considérait donc comme des gens consacrés au service des Dieux ; ce n’était pas alors que le Préteur disait : « Quisquis in scenam prodierit infamis est. »fk Ce fut lorsque ces Spectacles sacrés devinrent profanes et impudiques qu’ils furent abandonnés aux talents des esclaves et de gens déjà méprisés avant de monter sur la scène ; ce fut pour empêcher les honnêtes gens d’exercer une profession licencieuse, de se confondre avec des hommes vils, pour insulter par des satires odieuses et personnelles les meilleurs citoyens, et alarmer la pudeur par l’exécution de rôles infâmes, tant par le style que par les vices des personnages qu’ils représentaient. […] Je ne vois point dans les efforts que font des gens sages et modérés pour éclairer le Trône et le Ministère sur les abus que des fanatiques ou des hypocrites font de la Religion, sur les exactions de certains Préposés subalternes du Gouvernement, la frénésie de ces esprits réformateurs qui voudraient être les Auteurs du trouble pour que leur nom passe à la postérité, dût-on les comparer aux Erostrates.

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