/ 253
68. (1778) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre vingtieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre III. Suites des Mélanges. » pp. 68-117

On voit dans les écoles de peinture ce qu’on appelle modele ; c’est-à-dire, une femme qui, pour de l’argent, se prostitue sans pudeur (selon l’expression de Tertullien) aux regards des maîtres & des éleves, & de tous les spectateurs qui peuvent s’y trouver, dans l’état le plus infâme, & dans toutes sortes d’attitudes, afin qu’on apprenne à les dessiner & à les peindre, comme dans les théatres d’anatomie on étale les corps qu’on disseque. […] Tous les traités de peinture exigent qu’un peintre soit un peu anatomiste, du moins pour l’extérieur des différentes parties du corps. […] Art funeste de la peinture, s’il ne s’apprend, s’il ne s’exerce qu’aux dépens de la conscience ! […] Appelles, en peignant Campargne (tel est le poison mortel des peintures licencieuses), en devint éperduement amoureux & fut payé de retour : tant les dames sont reconnoissantes des services sans prix qu’on leur rend en peignant leurs graces. […] Fort supérieur à la peinture qui ne peut saisir qu’un instant, cette peinture animée est une suite de tableaux plus vrais & plus frappans que ceux des plus grands peintres.

/ 253