La peinture est un langage, & le discours un tableau ; la modestie doit donc également regner dans l’un & dans l’autre ; la peinture doit être aussi chaste que le langage : c’est une des bonnes qualités de la langue Françoise, d’être naturellement modeste ; nous l’avons prouvé dans une autre occasion, par un Discours exprès sur la chasteté de la langue Françoise ; il s’en faut bien que le pinceau, que le burin soient aussi retenus que l’homme sage ; quelle honnête femme oseroit faire la description du corps humain, en nommant les choses par leur nom, comme une estampe les prononce & les étale ? […] La peinture ne rend, & ne doit rendre que l’objet tel qu’il est lui-même, tel qu’il se présente aux regards, tel qu’il se présente à l’artiste qui l’imite, il doit vivre dans son image : la parfaite imitation est la perfection de l’art. […] Peut-on ne pas sentir le tort infini qu’on se fait dans le monde, même corrompu par le caractère des peintures qu’il étale, & par l’état où il le fait peindre lui & les siens ? […] Non, non, la vertu ne doit jamais, même en peinture, se parer des livrées du vice, elle se détruit elle-même en se déguisant ; ce déguisement est un crime qui lui porte le coup mortel. […] Sur l’infâme tableau de Leda ; il décide qu’on ne peut le retenir en conscience, même en le voilant, quoiqu’un chef d’œuvre de peinture : Omnis immunditia ne nominetur in vobis (nec pingatur ;) on péche mortellement en regardant dans les lieux publics, les jardins des Princes, les nudités indécentes.