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139. (1775) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre dix-septieme « Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. — Chapitre IV. Suite d’Anecdotes Ecclésiastiques. » pp. 106-132

Il avoit un autre tribunal chez lui, pour les audiences secretes : oubliant qu’il étoit disciple de Jesus-Christ, il faisoit le prince ; il vouloit qu’on écoutât ses prédications, non avec le respect & la modestie qui conviennent à la parole de Dieu, mais avec les applaudissemens du parterre, des hommes & des femmes qui donnoient le ton en battant des mains, en criant miracle. […] & place sur une chaise un bon prédicateur, qui, en sa présence & à son côté, annonce au peuple la parole divine. […] Comme il ne sait pas la musique, & qu’il n’a pas plus de voix pour chanter que l’évêque pour prêcher, il fait tenir à son côté pendant toute la Messe, un bon chentre qui chante les oraisons, la préface & tout ce qui doit être chanté, & le prélat lit tout bas les paroles. […] Le fameux & bon livre des Réflexions sur la Poësie & la Peinture, prouve fort au long que, sur l’ancien théatre de Rome, chaque rôle sur le théatre avoit deux acteurs, l’un qui prononçoit les paroles, l’autre qui faisoit les gestes à sur & à mesure. Ils se mettoient l’un derriere l’autre, afin de n’être pas apperçu ; ils s’exerçoient & se concertoient à l’avance, afin que la parole & les gestes fussent d’accord : cela est très-bien entendu.

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