/ 466
61. (1768) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre onzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littéraires, sur le théatre. — Chapitre III. De la Dédicace de la Statue de Voltaire. » pp. 71-94

Le fameux Pigalle espére par cet ouvrage de donner un nouveau lustre à son ciseau, il partagera l’immortalité de Voltaire, ces deux grands artistes s’immortaliseront mutuellement, & se donneront la main pour entrer ensemble dans le temple de mémoire ; le sculpteur fera vivre le poëte, & le nom de Voltaire fera passer celui de Pigalle à la postérité la plus réculée. […] N’auroit-on pas fait composer ce programme à quelque libraire, dont la plume est exercée à vanter l’orvietan typographique, & dans la liste des souscriptions qu’il étale pompeusement à la tête de ses livres, ne manque jamais d’insérer dans le nom de quelque Prince Allemand, Suédois, Moscovite, Espagnol, &c. pour faire voir que son livre est connu & récherché de la mer Baltique, jusqu’au détroit de Gibraltar. […] Arrivée auprès d’elle, elle se prosterne dévotement à ses pieds, le prie humblement de répandre quelques rayons de son génie sur tous ses adorateurs : sentant qu’elle étoit exaucée, elle se releve gravement, jette de l’encens dans le brasier, & fait brûler ces feuilles malignes, qui avoient osé blasphémer tant de fois ie nom sacré d’Arouet ; que ne peut-elle lui immoler de même leurs obscurs & toujours vils & envieux auteurs ! […] Languet, pour adopter comme des sujets dignes de lui, & combler d’éloges tous les poëtes tragiques & comiques de quelque nom ; ce corps plein de sagesse & de réligion, est dans le principe de ne louer ses membres qu’après leur mort, à la reception de leur successeur, & la statue est dédiée à Voltaire pendant sa vie. […] Je ne sai si le nom d’Arouet percera les épaisses ténébres de tant de siécles, & de lumiere & de barbarie ?

/ 466