Vous condamneriez ces tableaux sans doute : mais comme il est utile à la Constitution Anglaise que les Anglais se croient les premiers hommes du monde, et comme le maintien de leurs lois exige un plus grand nombre de véritables Citoyens, on a grand soin pour leur inspirer le Patriotisme, de leur dire qu’ils ressemblent aux Romains, et que personne ne leur ressemble : il en résulte que beaucoup d’entre eux ont réellement les vertus Romaines, mais qu’ils en ont en même temps les préjugés. […] La politesse des Français a-t-elle exclu l’héroïsme de chez cette nation, et le galant César en a-t-il moins fait la conquête du monde pour avoir été dans sa jeunesse aussi poli, aussi galant, aussi spirituel que courageux et magnanime ? […] Quand on ne verra dans le monde d’autres Amants que ceux de nos Tragédies, on pourra regarder la passion de l’amour comme une vertu, la nation qui la première joindra tant de délicatesse à ses penchants pourra se flatter d’être parfaite, et les Ecrivains qui auront inspiré cette délicatesse auront fait une chose également bonne pour les bons et pour les méchants. […] Comment donc faire pour tuer le monde et le laisser vivre ? […] La vie est un dépôt confié par le Ciel, Oser en disposer c’est être criminel ; Du monde, où m’a placé la Sagesse immortelle, J’attends que dans son sein son ordre me rappelle : N’outrons point les vertus par la férocité, Restons dans la nature et dans l’humanité. » au Quoi de plus contraire aux maximes outrées du point d’honneur que ces vers : cependant ils ont été applaudis et admirés ; si vous en doutez, informez-vous-en.