/ 527
168. (1751) Nouvelles observations pp. 393-429

C’est que, dans cette entreprise, un Ecrivain se trouve d’abord arrêté par des obstacles qui mortifient son amour-propre ; car, d’un côté, des personnes pieuses regardent comme un crime, la seule proposition de faire absoudre les Comédiens par l’Eglise ; & de l’autre, les trois quarts des Spectateurs traitent de ridicule, le soin que l’on prend de justifier leur plaisir : de façon que cette défense est, aux yeux des Dévots, un attentat ; & aux yeux des Gens du monde, un pédantisme. […] Après avoir avoué la vénération que l’on doit ressentir pour cet Ouvrage, on ne peut s’empêcher de dire qu’on y apperçoit, ainsi que dans quelques maximes de M. de la Rochefoucault, un peu trop de dégoût du monde. […] Au grand Conti, enfin, on peut opposer le grand Condé, qui, quoique pénétré des sentimens les plus Chrétiens, qu’il a fait éclater dans un Testament le plus édifiant & le plus judicieux du monde, a toujours été le Protecteur des Théâtres, & des bons Ouvrages en tous genres. […] La Bruyere, dont les sentimens ont été reconnus si orthodoxes par son fameux Chapitre contre les Esprits forts, ne peut dissimuler que les Personnes pieuses ne connoissent qu’un seul péché au monde, qui est l’amour. […] Les femmes de Théâtre, par leur profession, sont, pour ainsi dire, des hommes de Lettres, & elles sont si laborieuses, qu’il n’en est peut-être pas dans le monde qui, par leurs occupations, soient si fort au-dessus d’une oisive volupté.

/ 527