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135. (1640) L'année chrétienne « De la nature, nécessité, et utilité des ébats, jeux, et semblables divertissements. » pp. 852-877

Pour donc contrecarrer cette mauvaise impression que Satan met dans les esprits, qu’on défend de jouer et de se recréer, à tous ceux qui entreprennent la vie dévote et vertueuse, et qui renonçant au Diabolique parti du monde, suivent celui de Dieu. […] Le diable a eu tant de pouvoir sur une Damoiselle, que sa mère voulait retirer de vanités du monde, (èsquelles elle ne se plongeait que trop) et pour cela la menait avec soi au sermon d’un Prédicateur, par la bouche duquel Dieu touchait les cœurs, pour être tout à fait à lui sans aucune réserve : Satan, dis-je, fit tant qu’il lui persuada de se mettre du coton dans les oreilles, avant que le sermon commençât, pour n’entendre aucun mot, qui peut la porter au bien. […] Cette Damoiselle sortait du Sermon toute joyeuse de n’avoir pas eu sujet d’être touchée de la voix du Prédicateur, pour quitter ses vanités ; et ainsi se moquait de sa mère en son cœur, et s’en riait avec ses compagnes : ne vous sera-t-il pas une grande joie, et une récréation toute divine, d’avoir si bien trompé le monde, et Satan qui en est le prince, que vous aurez été comme la rose entre les épines, ou comme les Iles Chélidoines, lesquelles ont une eau très douce, quoique entourée de tous côtés de l’eau salée de la mer : ou comme les mères perles qui dans la mer n’ouvrent jamais leurs coquilles, pour recevoir une goutte de son eau, mais bien de celle de la rosée du Ciel ; c’est triompher du monde, du Diable, et de la chair, que d’en faire ainsi. […] Autre jeu est pour les femmes, autre pour les hommes, autre pour les Ecclésiastiques, autre pour les laïques, autre pour les réguliers, autre pour les séculiers, autre pour les enfants, autre pour les hommes faits : comme être vêtu de soie, ou être traité de viandes exquises et délicates ou converser avec les femmes n’est pas précisément péché ; mais à un qui fait vœu de pauvreté, et qui par sa profession est retiré du monde, ce n’est pas sans péché où il n’y a point de nécessité. […] Comme devant la règle et l’exemplaire des récréations ; car Dieu après avoir travaillé six jours à bâtir, et à orner ce monde, se reposa : et s’il faut ainsi parler, se recréa au septième jour, « lequel il sanctifia »,85 comme parle l'Ecriture, et par la sanctification qu’il donne au jour de son repos, et de sa récréation, il nous sert de règle pour sanctifier les nôtres, à ce qu’en icelles il ne se fasse rien contre la sainteté.

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