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129. (1773) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre quinzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et littéraires, sur le théatre. — Chapitre IV. Christine de Suede. » pp. 111-153

Ni le Saint ni le Philosophe ne descendent du trône pour courir le monde en avanturier qui écoute toutes les passions, qui joue toutes sortes de rôles, qui se moque des loix de la décence, ne donne aucune marque de piété, quitta-t-il l’empire du monde, ne grossira jamais la liste des Héros & des Saints ; les éloges dont on comble son libertinage ne peuvent que couvrir de honte ses flatteurs, & la vanité de se faire un mérite d’une démarche forcée, ne peut que couvrir de ridicule celui qui veut prendre l’univers pour dupe. […] Ce grand homme n’étoit pas fait pour être un tabarin ; l’élévation de son esprit, sa sublime géométrie, sa profonde métaphysique, son système du monde, son caractère sérieux ; sa vie triste & errante, que ses persécuteurs lui firent mener, l’objet qui l’avoit fait venir en Suêde, pour expliquer sa philosophie à la Reine, elle voulut se donner la comédie en y faisant travailler le plus grand Philosophe. […] Ce Chancelier peu avant la mort apprenant les scènes qu’elle jouoit dans le monde, dit en soupirant : Je le lui avois prédit, mais taisons-nous, c’est la fille du grand Gustave. […] Peut-on imaginer qu’un jeune Roi ait voulu se marier avec une vieille Reine laide & malfaite, qui avoit quitté ses États, s’étoit vouée au célibat, couroit le monde en aventurière, & avoit tous les défauts de son sexe, sans en avoir les agrémens. […] Quittor.s-la, & faisons nous honneur de notre licence, réunissons la gloire & la liberté ; le monde sera assez dupe pour nous en croire & nous en louer.

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