Les différens mouvemens de l’ame y sont exprimés : les ressorts secrets que le vice & la vertu font jouer successivement, y sont exposés au grand jour : le spectateur juge. […] Mais en voyant des hommes, allier par un mélange monstrueux, aux emportemens d’une ame injuste, des qualités brillantes, on se forme plus aisément l’habitude de séparer la cause primitive, des forces qu’elle fait mouvoir ; on juge non les moyens employés, mais l’intention. […] Quel est l’homme en effet qui peut être assez présomptueux, pour ne pas craindre un tribunal qui juge tout en dernier ressort, & qui ne varie jamais dans ses jugemens ? […] La condamnation prononcée par ses juges fait son ignominie ; mais est-ce sur sa profession ou sur son incapacité que retombe cet affront ? […] Un Orateur à Rome gratifié pour soutenir le droit de ses parties, par conséquent aussi peu desintéressé que le Comédien, qui représentoit, ainsi que lui, des passions qui n’étoient pas les siennes, pour persuader ses juges, & les déterminer à favoriser une prétention quelquefois légitime, quelquefois injuste, & le plus souvent problématique, qui s’exposoit en public, qui payoit de sa personne, qui couroit le même risque que le Comédien, dont la réputation n’étoit fondée que sur ses succès, ambitionnant les applaudissemens, & redoutant le blâme public, en méritoit-t-il moins l’estime ?