Qui vit jamais les comédiens, plus séveres que la Police, trouver indécent ce que la Police juge ne l’être pas. […] L’humiliation des gens de lettres, la corruption, la partialité des juges, la manière d’opiner, le jugement des pieces, la liberté d’entacher, flétrir les auteurs, de refuser leurs ouvrages, de leur fermer la carriere, de décourager les talens, &c. demandent la plus prompte réforme. […] Ajoutons que c’est attenter à ceux du Public, seul juge des Auteurs, comme il est le seul objet de leurs travaux. […] La délibération du 6 mars porte un troisieme caractere d’injustice, qui n’est pas le moindre de tous : cette délibération juge qu’un Livre intitulé, l’Art Dramatique, est un libelle ; elle prononce que le sieur Mercier en est l’Auteur, quoique cet ouvrage ne porte pas son nom ; &, tout à la fois juges & parties, les Comédiens lui imposent la nécessité d’une justification. […] Cet Auteur devoit-il s’attendre en effet que dans une piece où il étoit question de jouer les Courtisannes, la plupart de ses juges auroient la maladresse de devenir ses parties, & que le prétexte des mœurs serviroit à en trahir la cause ?