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17. (1764) De l’Imitation théatrale ; essai tiré des dialogues de Platon : par M. J. J. Rousseau, de Genéve pp. -47

Mais le Poëte, qui n’a pour juge qu’un peuple ignorant auquel il cherche à plaire, comment ne défigurera-t-il pas, pour le flatter, les objets qu’il lui présente ? […] S’il peint la valeur, aura-t-il Achille pour juge ? […] Le Philosophe qui raisonne, soumet ses raisons à notre jugement ; le Poëte & l’imitateur se fait juge lui-même. […] La suspension de l’esprit, l’art de mesurer, de peser, de compter, sont les secours que l’homme a pour vérifier les rapports des sens, afin qu’il ne juge pas de ce qui est grand ou petit, rond ou quarré, rare ou compacte, éloigné ou proche, par ce qui paroît l’être, mais par ce que le nombre, la mesure & le poids lui donnent pour tel. […] D’où il suit que ce n’est point la plus noble de nos facultés, sçavoir la raison ; mais une faculté différente & inférieure, qui juge sur l’apparence, & se livre au charme de l’imitation.

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