Les Grecs, réputés pour les plus sages d’entre les hommes, sont les premiers inventeurs de la Tragédie et; de la Comédie. […] Il n’est pas aisé, Monsieur, de faire tomber un préjugé qu’une longue suite d’années a si fort enraciné contre ce nom, et; que la discipline de l’Eglise autorise dans divers pays ; mais il est certain que si la Comédie et; les Comédiens avoient toujours été tels qu’ils ont été dans leur origine chez les Grecs, et; qu’ils sont aujourd’hui, ils n’éprouveroient point en France les rigueurs des censures Ecclésiastiques, et; le peuple penseroit aussi avantageusement sur leur compte que les gens éclairés. […] Vous excusez les Grecs qui agissoient à cet égard sans aucun ménagement, parce qu’« ils avoient leurs raisons, et; que l’odieux même entroit dans leurs vues. » Voilà qui est bientôt dit ; mais ne voit-on pas qu’il y a dans ce raisonnement une volonté déterminée de décrier absolument le Théatre François, lors même qu’il évite les défauts qu’on reproche aux Grecs ? […] il nous enseigne la même morale que l’Ecrivain grec, mais il le fait d’une maniere qui nous intéresse et; qui ne nous révolte pas. […] « Si les Grecs, dites-vous, supportoient de pareils Spectacles, c’étoit comme leur représentant des antiquités nationales, qui couroient de tout tems parmi le peuple, qu’ils avoient leurs raisons pour se rappeller sans cesse, et; dont l’odieux même entroit dans leurs vues. » Voilà encore une fois les Grecs disculpés, et; nous qui apportons les tempéramens les plus scrupuleux pour ôter toutes les horreurs dont leur Théatre étoit rempli, nous qui souffrons à peine le recit de ce qu’ils y mettoient en action, nous sommes condamnés.