Tout n’y respire que le paganisme, ou plûtôt l’athéisme ; car il paroît par toutes les comédies de Plaute & de Térence, que les Payens invoquoient leurs Dieux dans tous les mariages, qu’ils avoient même des Dieux exprès pour les mariages. […] Pour jouer le Christianisme d’une maniere cruelle, les Molieres Payens n’auroient eu qu’à jouer des comédies composées de Chrétiens, où on auroit évité avec soin de parler de religion chrétienne ; d’autres où des Chrétiens auroient représenté les aventures des Dieux, les auroient chantés, loués, honorés, comme les Payens ; d’autres enfin où ils auroient passé de l’Église au théatre, des sacremens, du sermon, de la communion, de la célébration du mariage, à Amphitrion, à Omphale, à Cybelle, à Vénus, & auroient fait faire par quelque Panard un vaudeville dont le refrein auroit été, voilà le Chrétien, voilà le Magistrat, le Militaire, soi-disant catholique. […] L’Amphitrion, pris entierement de Plaute, à quelques changemens près, dont les uns font un crime, les autres un mérite, est, dans le moderne comme dans l’ancien, une apologie ouverte de l’adultère sous le nom de Jupiter, qui fait dire avec le jeune homme de Térence : Me ferois-je un scrupule de ce que les Dieux sanctifient ? […] Après avoir passé la nuit avec Alcmene, Jupiter se découvre, & du haut des cieux, pour y donner plus de poids, donne cette consolation au mari qu’il vient d’outrager : Mon nom, qu’incessamment toute la terre adore, Étouffe ici les bruits qui pourroient éclater : Un partage avec Jupiter N’a rien du tout qui déshonore, Et sans doute il ne peut être que glorieux De se voir le rival du Souverain des Dieux.