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2. (1692) De la tragédie « De la tragédie ancienne et moderne. » pp. 148-162

Les Dieux et les Déesses causaient tout ce qu’il y avait de grand et d’extraordinaire sur le Théâtre des Anciens, par leurs haines, par leurs protections ; et de tant de choses surnaturelles, rien ne paraissait fabuleux au Peuple, dans l’opinion qu’il avait d’une société entre les Dieux et les hommes. Les Dieux agissaient presque toujours par des passions humaines : les hommes n’entreprenaient rien sans le conseil des Dieux, et n’exécutaient rien sans leur assistance. […] Celui-ci a revêtu ses Dieux de nos faiblesses, pour les ajuster à la portée des hommes : celui-là élève ses Héros jusqu’à pouvoir souffrir la comparaison des Dieux : « Victrix causa Diis placuit, sed victa Catoni. »g Dans Virgile, les Dieux ne valent pas des Héros : dans Lucain, les Héros valent des Dieux. Pour vous dire mon véritable sentiment, je crois que la Tragédie des Anciens aurait fait une perte heureuse en perdant ses Dieux avec ses Oracles et ses Devins. […] [NDE] : Lucain, Pharsale, I, 27 : « Les dieux prirent le parti du vainqueur, mais Caton prit celui du vaincu ».

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