Racine n’est pas moins hardi que Corneille : il fait tenir cet étrange langage à Hemon, pour retenir Antigone qui vouloit se rendre au Temple afin d’y consulter l’Oracle1, Ils iront bien sans nous consulter les Oracles, Permettez que mon cœur en voyant vos beaux yeux, De l’état de son sort interroge ses Dieux. […] Vous même dans mes bras vous l’avez amené, C’est vous dont dont la rigueur m’ouvrit ce précipice ; Voilà de ces grands Dieux la suprême justice ; Jusques au bord du crime ils conduisent nos pas, Ils nous font le commettre, & ne l’excusent pas. […] Mais Seigneur, s’il est vrai que maître de nos cœurs, De nos divers penchants les Dieux soient les auteurs, Quand même vous croiriez que les Etres suprêmes Pourroient déterminer nos cœurs malgré nous-mêmes : Essayez sur le vôtre un effort généreux, C’est là qu’il est permis de combattre les Dieux. On m’opposera que ce sont des Payens qui s’expriment de la sorte, ils se formoient une autre idée que nous de la Divinité ; ils se mocquoient impunément de l’impuissance & de la méchanceté de leurs Dieux.