S’il n’eût exposé que ceux qu’on voit tous les jours sur le théatre public, le sien n’eût plus été un théatre de société, c’est-à-dire qu’il est plus permis d’être sans mœurs dans la société que sur le théatre public, & pourvu qu’on répande une gaze légère qui les couvre, on peut s’occuper des objets les plus infames. […] La Fontaine est couvert d’un manteau sur lequel sont bizarrement répandus des rubans jaunes, où sont écrits en lettres noires les titres de ses Contes. […] Là-dessus vient la gentille Gravelure voilée d’une gaze très-fine, qui laisse tout voir ; elle demande de l’honnêteté dans les mots, voile léger dont il faut couvrir tout ; sauver le mot, c’est sauver tout. […] Ce n’est point une tolérance théologique, qui laisse sur des opinions incertaines la liberté de penser, la saine morale fut toujours bien décidée sur la grieveté de ce péché ; ni une tolérance ecclésiastique de discipline, qui ne proscrit point des actions qu’elle regarde comme peu importantes, les censures de l’Eglise, la privation des sacremens subsistent toujours ; ce n’est pas même une tolérance civile légale, les loix qui couvrent les Comédiens d’infamie ne sont pas révoquées ; ce n’est pas non plus une tolérance populaire, puisque malgré toute la ferveur, le goût, l’ivresse de ses amateurs, il n’est personne qui ne convienne du danger du théatre & de son opposition à l’esprit & aux règles d’une véritable piété ; ce n’est qu’une tolérance politique, qui croit avoir des raisons d’Etat de laisser subsister certains maux fi invétérés qu’il seroit impossible de les corriger, & dangereux de l’entreprendre, parce qu’il vaut mieux supporter un moindre mal pour en éviter un plus grand. […] Ils sont si récens, ils sont si fort à couvert de la police & des regards du législateur, ils sont si dangereux, un fruit si marqué de la frivolité & du vice, une occasion si prochaine du crime, qu’il n’est aucun faux fuyant qui puisse les sauver.