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62. (1768) Réflexions morales, politiques, historiques et littéraires sur le théatre. Livre douzieme « Réflexions morales, politiques, historiques, et litteraires, sur le théatre. — Chapitre II.  » pp. 37-67

Dans les critiques, les plus ameres, les rôles amoureux sont communement épargnés, alors tous les sifflets se taisant, la corruption du cœur fait enclouer toutes les batteries ; examinons dans Racine, de tous les dramatiques le plus raisonnables, d’ailleurs les ressorts absurdes que la passion fait jouer pour mettre par-tout cet objet trop cheri. […] Le Pere Porée qui m’a fourni plusieurs de ces réflexions, démontre que dans la plupart des romans & des tragédies, l’amour est faux, absurde, monstrueux, qu’il ne peut plaire qu’à la corruption du cœur : Vel repugnante atate, vel adversante fortuna, vel reclamante religione, vel reluctante historia, vel ipsa refellante fabulâ, amor iste falsus, abnormis, portentosus, & tamen placuit, placet, placebit. […] Souiller son esprit, son imagination, sa mémoire, son cœur, ses yeux, ses oreilles, sa langue, par une corruption même feinte ? […] Une autre source de la corruption du goût, aussi bien que des mœurs, c’est la considération qu’on donne aux comédiens. […] Le vice en action est donc plus dangereux que tous les Peres de l’Eglise, tous les Prédicateurs, tous les Pasteurs ne peuvent être utiles ; Ainsi ces infâmes troupes d’hommes & de femmes, qui vendent leur tems, leurs talens, leur personne à la corruption publique, nourrissent, exaltent, allument dans les cœurs toutes les passions.

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