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135. (1675) Entretien sur les tragédies de ce temps pp. 1-152

Un galant, tel qu’Euripide représente Achille en cette occasion, ne serait guère capable de plaire aux Dames, qui veulent qu’on les cherche, bien loin de les fuir ; sa réflexion prise du côté de la bienséance le ferait passer pour un écolier, ou pour un sot ; et en vérité Euripide serait bien à plaindre d’avoir fait Achille si peu complaisant et si incivil, s’il en avait ainsi usé sans raison. Ce grand Poète cherchait à plaire et à profiter, et pour ne rien faire qui servît de prétexte au libertinage des jeunes gens d’Athènes ; il n’ose introduire un jeune homme avec une jeune femme, qu’en même temps il ne prenne cette précaution que vous blâmez si fort. […] Dites-moi donc, je vous prie, mon cher Cléarque, quel effet pensez-vous que puisse produire la vue d’une jeune Princesse, qui ne pense qu’à son Amour, qui ne parle que de son Amour, qui cherche avec empressement celui qu’elle aime, qui se réjouit quand elle l’a trouvé, qui lui explique avec des paroles tendres et passionnées tous les mouvements de son cœur ? […] Avons nous rien vu de plus tendre et de plus touchant que l’embarras extrême où se trouve Phocas dans Héraclius q lorsqu’il cherche un fils entre deux Princes, qui ne veulent point le reconnaître pour Père ? […] C’est ce qu’Horace avait pensé avant luiai ; Et si j’ose ajouter quelque chose à cette remarque, il me semble que ce n’est pas s’y prendre comme il faut, pour réussir au Théâtre, que de commencer par chercher des aventures extraordinaires, et chargées d’incidents.

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