/ 333
326. (1731) Discours sur la comédie « SECOND DISCOURS » pp. 33-303

[Divinae Institutiones], comme un principe incontestable, que la volupté des yeux, c’est-à-dire, celle qu’on prend aux spectacles et aux peintures, détourne ordinairement de la véritable sagesse : que les Philosophes ont reconnu qu’il fallait bien plutôt se réjouir à voir la beauté du Ciel et des étoiles ; que cependant ces Philosophes mêmes n’ont pas laissé d’assister à ces spectacles ; mais qu’il n’en doit pas être de même des Chrétiens, qui connaissant la vie bienheureuse, peuvent aisément voir que ces spectacles loin d’y conduire nous en détournent, et ne servent qu’à faire glisser la corruption dans le cœur. […] . « Il y a dans les hommes tant de corruption et d’opposition au bien, que la République leur paraît florissante, lorsqu’on bâtit des maisons magnifiques, qu’on laisse aller en ruine ce qui fait la beauté des âmes ; lorsqu’on élève des Théâtres et qu’on sape les fondements de tout bien et de toute vertu, lorsqu’on cherche de la gloire devant les hommes par des folles dépenses, et qu’on néglige les œuvres de miséricorde, lorsque les Comédiens et les bouffons sont dans l’abondance et dans les délices par les profusions des riches, et que les pauvres manquent du nécessaire. […] N’arrêtez point vos regards sur une fille, de peur que sa beauté ne vous devienne un sujet de chute. » «  Détournez vos yeux d’une femme parée, et ne regardez point curieusement une beauté étrangère : plusieurs se sont perdus par de semblables regards et c’est ce qui allume le feu de la concupiscence « Averte faciem tuam à muliere compta, et ne circumspicias speciem alienam... propter speciem mulieris multi petierunt, et ex hoc concupiscentia quasi ignis exardescit. » . » Que la passion de l’amour produisant tous les jours des désordres dans les personnes libres, et dans celles qui sont mariées, on fait mal d’aller dans un lieu, où cette passion est louée, excitée, nourrie ; et où les pièces ne plaisent, que lorsque l’amour y est conduit d’une manière tendre et passionnée : Que l’âme s’y trouve exposée à des chutes presque inévitables, parce que enivrée du plaisir, elle n’est plus dans cet état de vigilance, qui est nécessaire pour résister aux tentations ; et que rien ne peut excuser des fautes, dont la cause a été volontairement recherchée : Que les passions criminelles, qu’on représente sur le Théâtre sont souvent d’autant plus dangereuses, qu’elles sont touchées avec plus d’honnêteté apparente, parce qu’on goûte ainsi sans répugnance et même avec plaisir, ce qui aurait fait quelque horreur, étant exposé trop à découvert : et qu’enfin rien n’est plus capable que la Comédie, d’étouffer insensiblement les sentiments de piété, l’esprit de prière, et d’exciter les trois concupiscences que saint Jean condamne.

/ 333