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44. (1769) De l’Art du Théâtre en général. Tome I « De l’Art du Théatre. Livre troisiéme. — Chapitre prémier. Qu’on ne doit pas se figurer que la composition des nouveaux Drames soit aisée. » pp. 116-120

UN Drame qui réunit tant de perfections ne doit pas être l’ouvrage d’un jour à composer ; il éxige même dans ses Auteurs des qualités qui ne se rencontrent pas communément. […] Voilà un précepte que l’on ne sçaurait trop suivre ; quoiqu’il regarde particulièrement les Poètes du Spectacle moderne, il se rapporte à tous les Auteurs en général. […] Ce qui leur inspire une pareille idée, c’est que n’y voyant que des choses communes, ils concluent qu’elles doivent venir aisément dans la tête d’un Auteur. […] Deux fameux Auteurs entreprirent, dit-on, de faire une Chanson de Pont-neuf contre l’immortel Rousseau, le David & l’Horace de la France ; dans laquelle ils se proposaient de tracer l’histoire de sa naissance, & les avantures de sa vie ; il leur fut impossible d’atrapper le stile des Hales, & cette bêtise originale des Chantres enroués de la Samaritaine. […] O vous donc, jeunes Auteurs, qui destinés vos talens à un Spectacle qui charme l’enfance & la vieillesse, les riches & les pauvres, les sous & les sages, craignez d’entreprendre au dessus de vos forces.

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