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361. (1694) Lettre d’un Docteur de Sorbonne à une personne de Qualité, sur le sujet de la Comédie « letter » pp. 3-127

Monsieur, Vous m’avez prié de vous mander qui était l’Auteur d’une Lettre écrite en faveur de la Comédie, qui court depuis peu dans le monde ; si le Théologien illustre à qui on l’attribue, est un Docteur de notre Faculté, et ce que je pense enfin du mérite de cette Lettre. […] Depuis cette déclaration du Révérend Père Caffaro, bien des gens se mettent en peine de deviner et de rechercher qui peut être l’Auteur de la Lettre en question : Mais comme il y a bien de l’apparence que celui qui l’a écrite ne s’en vantera pas, on devinera peut-être assez longtemps, sans pour cela rencontrer : mais aussi importe-t-il peu de connaître l’Auteur d’un Ouvrage si pitoyable. […] Tertullien dit expressément qu’il ne faut pas douter que le Démon ne soit l’inventeur de la Comédie, et notre Docteur a l’audace de lui faire dire que c’est Dieu qui en est l’auteur, de même qu’il est auteur du fer, des herbes et des Anges. […] Ce que saint Bonaventure par conséquent n’aurait point approuvé, non plus que saint Antonin et Albert le Grand : car enfin tous ces trois Auteurs ne permettent les Jeux, que supposé qu’ils n’aient rien de contraire à l’honnêteté, rien qui puisse déplaire à Dieu, et rien qui puisse déconcerter l’harmonie de l’âme. […] J’ai jusqu’à présent un peu harcelé notre Docteur, parce qu’il sortait de sa sphère en contrefaisant un peu trop l’habile homme, et en faisant tenir aux Pères de l’Eglise et aux Auteurs Ecclésiastiques un langage qui ne leur convenait pas, et qui aurait pu imposer aux idiots.

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