Autant que Corneille élevoit l’ame par la majesté pompeuse des sentimens, autant Racine l’affoiblit & la dégrada en l’attendrissant par les charmes que l’élégance & l’insinuation de ses discours prêtoient à nos foiblesses. […] Ce fracas de décorations, d’instrumens, de voix de machines, saisit d’abord tous les sens ; le charme de l’harmonie attendrit toute l’ame ; la magnificence du spectacle amuse, le dénouement de l’intrigue enchante. […] Cette grande ame ne peut souffrir qu’on se perde pour elle. […] Voici des meurtres plus déplorables, des gens qui tuent leur ame, qui se damnent pour me divertir ; quel plaisir puis-je y goûter ? […] Il caractérise la plus belle ame, l’esprit le mieux fait, le cœur le plus pieux, le plus charitable, que la pensée de l’éternité jette dans la plus profonde tristesse, au milieu des plaisirs les plus vifs & les plus séduisans, dans un âge & dans une fortune où avec les attraits les plus piquans ils assiegent l’ame la plus sensible, & la trouvent inébranlable.