/ 214
37. (1772) Sermon sur les spectacles. Pour le Jeudi de la III. Semaine de Caresme [Sermons pour le Carême] « Sermon sur les spectacles » pp. 174-217

Le monde a-t-il rien nulle part de plus ébranlant pour le. cœur par le combat des passions qui en fait l’ame ? […] Encore une fois, j’en conviendrai, si c’est former & délasser l’esprit de lui rendre insipide toute lecture utile, de le distraire par je ne fais quel charme secret de toute occupation grave & sérieuse, de le dégoûter de la simplicité, en ne lui laissant de goût que pour le merveilleux, de plaisir que dans les ébranlements violents de l’ame ; & je défie que personne méconnoisse le théâtre le plus châtié à ces effets. […] Sur-tout, quand on vous fera remarquer la passion qui regle & conduit toutes les affaires ; vous la verrez représentée comme le principe de toutes les vertus, l’ame de tous les événements, le ressort secret de toutes les grandes actions, le mobile de toutes les fortunes ! […] En effet, n’est-ce pas là que l’on remue tous les plus grands ressorts de l’ame ; tantôt ces terreurs, qui préparent aux joies inopinées ; tantôt ces suspensions dans l’attente des grands événement ; tantôt ces tristesses que produisent les éclatants revers ? […] Et tout cela sur-tout mis en usage pour intéresser le spectateur à l’intrigue d’une passion, pour faire entrer dans l’ame du spectateur la folle passion du héros prétendu que l’on feint enflammé ; & tout cela mis sous les yeux, celui de tous les sens qui fait toujours les plus fortes impressions dans l’ame.

/ 214