Nous ne serons obligés de recourir ni à des tournures bizarres, ni à des expressions nouvelles, parce que nous n’aurons jamais à rendre qu’une certaine suite d’idées, dans un ordre simple et lumineux ; et notre style sera clair, notre langage pur, parce que nos idées seront justes et nos sentiments vrais. […] Mais c’est aux âmes sensibles à nous dire si la vraie douleur s’exprime avec cette recherche élégante ; si ce style brillant et semé d’antithèses est bien son langage, et si enfin les derniers accents, où s’exhale l’âme entière d’un mourant, sont bien ceux que le poète prête ici à Ézéchias. […] Treneuil me semble avoir contracté cette élévation habituelle de style et de pensée ; et comme Bossuet, dit-on, lisait Homère pour échauffer son imagination, il est probable aussi que M. […] On retrouve, dans cette élégie, le style des prophètes dans sa majestueuse simplicité, ou revêtu de toute sa pompe orientale. […] Il y a plus : l’auteur français cesse d’être tendre, affectueux et intéressant, dès l’instant qu’il quitte le ton et le style antiques, pour leur substituer le style et le ton modernes.
Le style en est abondant, fleuri, et ne manque jamais de chaleur. […] ne voilà pas encore de son style ? […] Quant au style, ses comédies en prose sont écrites avec netteté, avec force, avec concision. […] Le comique en est agréable et piquant, le dialogue aisé, le style simple et naturel. […] C’est pourquoi le style doit en être riche, brillant, animé et sur-tout pathétique.
Quinte-Curce n’est pas toujours sage dans son style ; il est quelquefois tout prêt de l’enflure, et son expression cesse d’être naturelle à force de vouloir devenir élégante. […] Au surplus, ces morceaux d’opposition ouvrent un champ si favorable à l’éloquence du style, que les grands écrivains n’ont jamais manqué de s’en emparer, quand leur sujet les présentait naturellement. […] Ce sont là de ces morceaux qui ont placé la Henriade, quant au style, au rang de ces bons livres classiques, que l’on ne rappelle jamais trop souvent. […] Il était impossible de donner, dans le style figuré, une idée plus juste de l’ambition démesurée d’Alexandre. […] Voilà bien le style sentencieux et parabolique de tous les peuples de l’orient et du nord.
8° Style épique. Le poème épique est la plus vaste des compositions humaines : le génie seul peut parvenir à l’embrasser ; aussi toutes les richesses de l’imagination et du style doivent concourir à son ornement ; toutes les connaissances sur Dieu, sur l’homme, sur la nature, peuvent y entrer : c’est ainsi qu’Homère est universel, et que ses poèmes sont le tableau complet de son époque. […] Le poème doit être semé de descriptions éclatantes et variées, de tableaux et de portraits où se déploient la vivacité, la chaleur et la pompe du style. […] Le poème héroïque ne diffère du précédent que par l’absence du merveilleux : pour le reste, il peut suivre absolument la même marche, les mêmes lois et le même style. […] Le poème badin ne prend jamais le ton de l’épopée ; c’est une histoire plaisante et légère qui brille par la vivacité et l’enjouement du récit, par l’agrément des détails et la rapidité du style.
Rome même entendra sa voix ; et un jour cette ville maîtresse se tiendra bien plus honorée d’une lettre du style de Paul, adressée à ses concitoyens, que de tant de fameuses harangues qu’elle a entendues de son Cicéron. […] Aimons donc, aimons, chrétiens, la simplicité de Jésus, aimons l’Evangile avec sa bassesse, aimons Paul dans son style rude et profitons d’un si grand exemple. […] Par vos travaux et par votre exemple, les véritables beautés du style se découvrent de plus en plus dans les ouvrages français, puisqu’on y voit la hardiesse, qui convient à la liberté, mêlée à la retenue, qui est l’effet du jugement et du choix. La licence est restreinte par les préceptes ; et, toutefois, vous prenez garde qu’une trop scrupuleuse régularité, qu’une délicatesse trop molle n’éteigne le feu des esprits et n’affaiblisse la vigueur du style. […] Son Histoire des variations est un chef-d’œuvre de composition et de style.
Ses harangues n’ont d’autre mérite que celui de cette éloquence de diction, de cette pureté soutenue, mais trop étudiée, d’un style qui fatigue, parce qu’il est trop uniformément beau. […] Il n’a point la pompe harmonieuse, ni la richesse d’Isocrate ; mais son style est toujours pur, parfaitement attique, simple et sans la moindre affectation. […] Dédaignant l’affectation et le style fleuri des rhéteurs de son temps, il choisit Périclès pour le modèle de son éloquence, et son caractère distinctif est la force et la véhémence. […] Son style est austère, robuste, et tel qu’il convient à une âme franche et impétueuse.
Fontenelle, au contraire, qui avait à parcourir le vaste domaine des sciences, crut faire disparaître l’aridité de la matière, en y semant les agréments prétendus d’un style qui semble se jouer de son sujet. […] Voilà deux morceaux d’un caractère de style bien différent ; et tous deux cependant sont également vicieux, parce que l’emphase pédantesque du premier est aussi ridicule que l’afféterie déplacée du second. […] Il n’y a là, comme on voit, ni antithèses, ni jeux de mots, ni prétention quelconque à la finesse ou à l’esprit ; c’est la simplicité noble du style de l’histoire, et l’imposante gravité qui lui convient. […] Ainsi, quoiqu’il y ait des principes généraux, dont on ne saurait trop recommander l’observation, il se trouve néanmoins dans le style, comme partout ailleurs, des beautés et des défectuosités purement relatives : c’est à les distinguer que s’attache la saine critique, et à les sentir que le goût doit s’exercer.
De la clarté du style. […] De la convenance du style. […] Le style simple serait destiné à instruire, le style tempéré à plaire, et le style sublime à toucher. […] Quand le sujet demande un style pathétique, on doit le puiser dans la nature. […] Le style du panégyrique doit être grave, sérieux et édifiant.
Il faut aussi que le langage soit beau, et que, par le choix des mots, la délicatesse des expressions, la structure de la phrase, il revête ces formes gracieuses, ces tournures élégantes qui donnent de la noblesse au style et caractérisent le véritable écrivain. […] Or, le moyen le plus simple, le plus naturel, nous disons même le moyen unique pour atteindre ce but, est de se familiariser avec les auteurs qui ont le mieux écrit en cette langue, de bien saisir le caractère propre et les formes diverses de leur style, de concevoir une idée exacte de la propriété des mots, de leur élégance, de leur disposition dans la phrase, de l’harmonie des périodes… Nous conseillons aux jeunes élèves de porter principalement leur attention sur les passages les plus saillants des modèles qu’ils auront sous les yeux, et d’en faire l’objet d’une étude toute spéciale. […] Mais, pour obtenir à cet égard des résultats satisfaisants, il faudra, avant tout, qu’il s’assujettisse lui-même à un travail sérieux, et que, dans la préparation des auteurs, il se rende un compte exact de tout ce qu’il y a de richesse, d’élégance, d’harmonie dans le style, et, en un mot, de toutes les beautés littéraires comprises dans le texte qu’il doit analyser.
Athénée, X, p. 448, et comparez Démétrius, Sur le Style, § xcii. […] Toutefois, il ne faut pas confondre le style que caractérise ici Aristote avec ce que les rhéteurs ont appelé plus tard ϰɛϰραμένη διάλɛϰτο, qui n’est autre que le genre tempéré. […] Problèmes, XIX, 15 et 28, p. 66 de cette édition Démétrius, Sur le Style, § xci Proclus, Chrestomathie (dans Photius, cod. 239), chap.
Un style trop égal, et toujours uniforme, En vain brille à nos yeux, il faut qu’il nous endorme. […] Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse : Le style le moins noble a pourtant sa noblesse. […] Que ce style jamais ne souille votre ouvrage. […] Un style si rapide, et qui court en rimant, Marque moins trop d’esprit que peu de jugement. […] de Fontanes a jugé ainsi Boileau : « Quand il parut, la poésie retrouva ce style qu’elle avait perdu depuis les beaux jours de Rome ; ce style toujours clair, toujours exact, qui n’exagère ni n’affaiblit, n’omet rien de nécessaire, n’ajoute rien de superflu, va droit à l’effet qu’il veut produire, ne s’embellit que d’ornements accessoires puisés dans le sujet, sacrifie l’éclat à la véritable richesse, joint l’art au naturel, et le travail à la facilité ; qui, pour plaire toujours davantage, s’allie toujours de plus près au bon sens, et s’occupe moins de surprendre les applaudissements que de les justifier ; qui fait sentir enfin, et prouve, à chaque instant, cet axiome éternel : Rien n’est beau que le vrai. » (Discours préliminaire de l’essai sur l’homme.)
Dès lors, la parole, qui doit être l’expression fidèle de nos pensées, se produit avec des couleurs aussi vives, et en un style aussi animé. […] Le style qui fait perdre haleine, et celui qui oblige à chaque instant de s’arrêter, sont également répréhensibles. […] Epicure a negligé ces ornements du style de Platon et d’Aristote. […] C'est le moyen le plus facile de se familiariser avec le génie de cette langue, et de donner au style la force, la grâce, la noblesse qui lui conviennent. […] Enfin, on peut imiter aussi, par l’harmonie du style, les sentiments, les émotions vives, les mouvements passionnés de l’âme.
[Notice] La Bruyère a dit, avec vérité, qu’il ne manquait parfois aux femmes que la correction du style pour écrire mieux que les hommes. Ce mérite rare de la correction et de la pureté du style, Mme de Maintenon l’a joint, non moins que Mme de Sévigné, à l’agrément et à la délicatesse du langage : on peut ajouter, à un goût et à un bon sens exquis1. […] Je vous conjure de vous défaire du style que vous avez avec moi, qui ne m’est point agréable et qui peut m’être nuisible. […] Voltaire a été plus juste pour Mme de Maintenon que beaucoup de ses contemporains, en disant « qu’elle rejetait bien loin ce qui avait la plus légère apparence d’intrigue et de cabale », et en trouvant dans son style « un caractère de naturel et de vérité qu’il est presque impossible de contrefaire ». — Parmi tant de publications dont Mme de Maintenon a été le sujet, nous citerons avant tout celle de M. le duc de Noailles, qui résume et efface toutes les précédentes : Histoire de Mme de Maintenon et des principaux événements du règne de Louis XIV, 1848.
Sa morale sage, douce et sensible, n’en devient que plus onctueuse et plus attrayante par les grâces du style, dont elle a su la revêtir. […] Le Traité de la gloire, par Sacy, ne doit pas être négligé, quoiqu’il soit écrit d’un style maniéré et trop souvent antithétique. […] Son style est concis : mais il n’est jamais obscur. […] Il ne dit jamais rien de superflu ; et son style, toujours concis et serré, a toujours beaucoup de force, et, quand il le faut, de l’élévation. […] La précision et la netteté du style y répondent à la justesse des pensées et à la solidité du raisonnement.
Aucun livre n’atteste plus que le premier la puissance du style : car c’est par le style seul qu’a vécu et que demeurera immortelle cette œuvre de polémique religieuse, qui autrement eût péri depuis longtemps comme beaucoup d’autres. […] Ces écrivains n’ont point de style, ou, si l’on veut, ils n’en ont que l’ombre. Le style doit graver des pensées : ils ne savent que tracer des paroles. […] Le style suppose la réunion et l’exercice de toutes les facultés intellectuelles. […] Or un beau style n’est tel, en effet, que par le nombre infini des vérités qu’il présente.
Dans les lectures graduées que je recommande, j’insiste sur le précepte de Quintilien, qui demande qu’on s’adresse, dès le principe, aux auteurs de premier ordre, et qu’on relise souvent les mêmes livres, si l’on veut former pour la suite sa pensée et son style. […] Tandis que l’élève s’habituera de lui-même à cette science de la méditation, que le professeur mette entre ses mains les livres, les discours, les traités les plus remarquables ; qu’il lui fasse observer et comprendre les divers mérites et l’artifice de la composition, non-seulement sous le rapport de la pensée, mais sous celui de l’ordre et du style ; que souvent il le ramène sur ses pas, soit pour se rendre un compte plus exact des intentions de l’écrivain, soit pour mieux retenir l’ensemble et les détails ; que, dans les discussions politiques, judiciaires, philosophiques, il lui présente, autant que possible, le pour et le contre, surtout si la question a été traitée par deux rivaux dignes l’un de l’autre. […] Ces thèmes de composition seront variés ; on prévient ainsi l’ennui d’un travail monotone, et l’on fournit en même temps l’occasion de modifier la pensée et le style, selon le caractère des genres divers. […] J’avoue que je tiens beaucoup à l’étude du vocabulaire ; rien ne contribue plus tard à la facilité et à la variété dans le style comme d’avoir beaucoup de mots à sa disposition. […] « Le côté du style (le crayon des anciens) qui sert à effacer est plus grand que celui qui sert à écrire, major styli pars quæ delet quam quæ scribit, » dit saint Jérôme.
Boileau a dit encore à propos du récit : Soyez vif et presse dans vos narrations ; et Horace à propos de la thèse : Quicquid præcipies, esto brevis… Je reviendrai sur la précision, quand il sera question du style. […] La variété et l’originalité dépendent surtout du style, et je recommanderai encore ici le procédé des peintres, quand, par le mélange des couleurs, ils parviennent, eu étudiant scrupuleusement la nature, à varier les nuances à l’infini. […] Trouvez sur votre palette ces mille espèces de vert et de bleu que vous donne la nature ; trouvez-les dans un style à la fois net et flexible, dans une profonde connaissance et une grande habitude des ressources de la langue, dans un vocabulaire d’une étendue considérable, qui permette de rendre, tout en évitant le néologisme, les nuances les plus légères et les plus fugitives. Mais pour reproduire ainsi les diversités de la nature par celles de la parole, il est indispensable d’avoir beaucoup vu, de s’être créé par l’étude des cartons remplis de toute sorte d’esquisses, de joindre enfin à une organisation fine et observatrice et à une raison assez vaste pour contenir sans confusion des tableaux entiers l’acquisition de subtils et nombreux procédés de style. […] Vous verrez, quand il sera question des figures, pourquoi de toutes ces formes la prosopopée qui substitue des êtres fantastiques aux êtres réels est la seule qui me paraîtrait pouvoir se rattacher au style figuré, en se plaçant auprès de l’allégorie.
. — Ornements du Style, qui consistent dans les Mots ou Figures Les figures sont des expressions, des tours, des mouvements de style, qui, par la manière dont ils rendent la pensée, y ajoutent de la force, de la singularité, de la grâce et de l’élégance. […] Il est à remarquer que le plus communément les verbes de la narration sont au présent : ce qui rend le style plus rapide, plus animé. […] Il faut user sobrement de cette figure ; autrement on tomberait dans l’affectation ; des antithèses trop multipliées deviennent fatigantes et rendent le style prétentieux. […] Elle donne beaucoup de vivacité et d’énergie au style. […] Cette figure donne au style un mouvement vif et imprévu qui frappe, saisit et étonne ; elle convient aux passions ardentes, et impétueuses, ou animées de quelque profond sentiment qui éclate avec transport.
Il dessina à grands traits les caractères du style oratoire. […] De là le contraste du style, simple et élégant chez l’un, véhément et coloré chez l’autre. […] Le style est la physionomie de la pensée, comme la figure est l’expression du caractère. […] Les genres ont, comme les individus, leur caractère, et par conséquent leur style. […] Le style doit rendre exactement les tons de la pensée, et l’éloquence est une gamme qui les comprend tous.
En effet, si vous nous donnez un bel ouvrage, où dans un style tour à tour simple, sublime et tempéré, vous nous ayez réellement attachés, et montré toutes les ressources d’un talent qui sait imiter la belle nature, ce qui est le don le plus heureux des grands peintres, que nous importe que nous ne puissions classer votre style dans un des trois genres créés par les rhéteurs ? Nous ne vous admirerons pas moins que si vous aviez observé toutes les règles, en nous parlant dans un style constamment de même genre.
Cela ne suffit cependant point encore ; il faut que son style et son débit soient capables de captiver, de commander même quelquefois l’attention de ses auditeurs. […] Tantôt, elle se borne à charmer ses auditeurs par les grâces du style et le piquant des pensées. […] De là, l’incompatibilité évidente de tout ornement étudié, soit dans les choses, soit dans le style, avec l’éloquence de l’âme et du sentiment.