Il y a plusieurs moyens très simples de dérober aux yeux du spectateur ces vilaines cordes, qui seules changent en spectacle ridicule le plus agréable merveilleux. […] L’effet serait de la plus grande beauté, si on y faisait servir la lumière à rendre aux yeux du spectateur les diverses teintes du jour naturel. […] Ce point une fois décidé, on croit que le reste regarde le décorateur, et qu’il n’est question que de peindre mécaniquement les locaux, pour établir aux yeux du spectateur le lieu où se passe la scène. […] Un poète qui a une heureuse invention jointe à une connaissance profonde de cette partie, trouvera mille moyens fréquents d’embellir son spectacle, d’occuper les yeux du spectateur, de préparer l’illusion. […] Le spectateur effrayé sera alors agréablement surpris de voir une perspective riante coupée par des paysages agréables, prendre la place de ces objets terribles.
Le Spectateur est attaché, ou par le cœur, ou par l’esprit à la suite successive de l’événement qui se passe sous ses yeux. […] Dans une action, au contraire, où la Vengeance et les Euménides voudraient inspirer les transports qu’elles ressentent à un personnage principal, tout l’art de la Danse employé à peindre par gradation et d’une manière successive, l’intention de ces barbares Divinités, les combats de l’Acteur, les efforts des Furies, les coups redoublés de pinceau, toutes les circonstances animées, en un mot, d’une pareille action demeureraient gravées dans l’esprit du Spectateur, échaufferaient son âme par degrés, et lui feraient goûter tout le plaisir que produit au Théâtre le charme de l’imitation.
Leurs compositions57 formées des trois caractères en usage, ne laissèrent rien à désirer aux Spectateurs. […] Ils devaient peindre sans cesse aux yeux des Spectateurs. […] Pylade dans toutes ses Tragédies, arrachait des larmes aux Spectateurs les moins sensibles.
Son génie, le feu de ses compositions, la vérité de son exécution causaient de l’étonnement, asservissaient les Spectateurs, les entraînaient jusqu’au respect ; mais il était sans intrigue, par conséquent sans cabales. […] Un jour qu’il représentait Hercule furieux, il s’aperçut que sa Danse, qui caractérisait l’action qu’il avait à peindre, faisait murmurer les Spectateurs. […] Ses flèches lancées au milieu des spectateurs, en blessèrent quelques-uns, en effrayèrent plusieurs, et les révoltèrent tous.
Qu’ils apprennent donc, qu’au Théâtre d’Athènes, la Danse des Euménides eut un caractère si expressif, qu’elle porta l’effroi dans l’âme de tous les Spectateurs. […] S’il en paraissait un autre qui manquât de cet aimable embonpoint si nécessaire à la justesse des proportions, il s’élevait aussitôt un murmure général, et tous les Spectateurs lui adressaient des compliments ironiques sur sa convalescence. […] Dans les représentations d’Ajax en fureur, les Spectateurs furieux comme l’Acteur qui représentait ce héros, poussaient les hauts cris, se dépouillaient de leurs habits, pour être plus dispos au combat, et en venaient souvent aux mains de la manière la plus cruelle.
Comment se peut-il, me suis-je dit vingt fois, qu’un nombre considérable de Spectateurs devienne bons Juges des Ouvrages d’esprit, tandis qu’il n’y a peut-être pas trois de ces mêmes Spectateurs en état d’écrire ? […] Il me semble encore que quelques Spectateurs délicats suffisent pour éclairer tous ceux qui les environnent : leurs pôres étant ouverts, leurs esprits étant agités, dans la chaleur d’une première représentation, lancent une inombrable quantité de petits corpuscules, qui, se liant avec ceux émanés de leurs voisins, portent par-tout le sentiment qui les anime ; & la commotion, excitée par la connaissance intime du goût, devient bientôt générale : ainsi que les impulsions de l’électricité, s’étendraient jusqu’à l’infini. […] Il s’ensuit aussi que le Lecteur d’un Ouvrage, & que le Spectateur d’un Drame, se trompent en regardant leur jugement comme infaillible, & lorsqu’ils prononcent en dernier ressort à leur petit Tribunal. […] Les seuls applaudissemens que j’envie, ce sont ceux des Spectateurs rassemblés au Théâtre du sieur Nicolet.
Suites du Vice primitif L’Opéra Français tel qu’on le forma dans sa nouveauté fut reçu de la Nation avec un applaudissement presque unanime135 ; parce que les lumières des Spectateurs sur le genre et sur tous les Arts qu’on y avait rassemblés étaient en proportion avec les forces, le talent, et l’art des sujets employés pour l’exécuter. […] Il est arrivé de là que les vices primitifs ont subsisté dans l’Opéra Français, pendant que les connaissances des Spectateurs se sont accrues.
Loret, lettre du 31 juillet 1661 Ce fut le soir de ce Jour-là Qu’icelle Cour on régala De plusieurs splendeurs nonpareilles Et des surprenantes merveilles, D’un Ballet si rare et si beau, Et dont le genre est si nouveau, Que Spectateurs et Spectatrices Admirèrent ses artifices.