C’est comme vous le savez, Monsieur, sur le visage de l’homme que les passions s’impriment, que les mouvements & les affections de l’ame se déploient & que le calme, l’agitation, le plaisir, la douleur, la crainte & l’espérance se peignent tour-à-tour. […] Le dernier Acte n’étoit employé qu’aux regrets & à la douleur ; l’humanité triomphoit des meurtres & de la barbarie ; le tyran sensible à sa voix détestoit ses crimes ; ils devenoient par gradations ses Juges & ses Bourreaux ; la mort à chaque instant s’imprimoit sur son visage ; ses yeux s’obcurcissoient ; sa voix se prêtoit à peine aux efforts qu’il faisoit pour articuler sa pensée ; ses gestes, sans perdre de leur expression caractérisoient les approches du dernier instant ; ses jambes se déroboient sous lui ; ses traits s’allongoient ; son teint pâle & livide n’empruntoit sa couleur que de la douleur & du repentir ; il tomboit enfin dans cet instant, ses crimes se retraçoient à son imagination sous des formes horribles. […] Un tel homme est fait pour aller faire le saut périlleux : le Tramplain 6 & la Batoude doivent être son Théatre puisqu’il a sacrifié l’imitation, le génie & les charmes de son Art à une routine qui l’avilit ; puisqu’au lieu de s’attacher à peindre & à sentir, il ne s’est appliqué qu’à la méchanique de son talent ; puisqu’enfin sa physionomie ne montre que la peine & la douleur, lorsqu’elle ne devroit me tracer que les passions & les affections de son ame : un tel homme enfin n’est qu’un mal-adroit dont l’exécution pénible est toujours désagréable.