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860. (1889) Les œuvres et les hommes. Les poètes (deuxième série). XI « M. Jean Richepin »

car Victor Hugo nous a donné une cour des Miracles, dans sa Notre-Dame de Paris, de manière à prouver qu’il pourrait peindre, s’il voulait, ressemblant et puissant tout à la fois. […] Je ne peux pas vous le prouver et je n’ai plus qu’à vous tourner les talons.

861. (1773) Essai sur les éloges « Chapitre XXVI. Des oraisons funèbres et des éloges dans les premiers temps de la littérature française, depuis François Ier jusqu’à la fin du règne de Henri IV. »

Elles servent encore à prouver qu’il y a dans les talents une grandeur personnelle, qu’on a crue quelquefois égale à celle des dignités. […] Ensuite l’orateur entrant dans le détail des victoires, des faits d’armes, de toutes les grandes actions de Du Guesclin, prouva que ce grand homme avait rempli tous les devoirs d’un vrai chevalier, puisqu’il avait uni au plus haut degré la probité et la valeur.

862. (1876) Chroniques parisiennes (1843-1845) « I » pp. 1-8

— Quant à Phèdre, elle a complètement réussi… Je n’ai pas vu encore mademoiselle Rachel dans ce rôle : mais tout ce qui me revient prouve que si elle n’a pas rendu la Phèdre grecque que personne ne connaît ici, elle a compris admirablement la Phèdre française, la Phèdre chrétienne, celle de Boileau et d’Arnauld, … la douleur vertueuse De Phèdre, malgré soi, perfide, incestueuse.

863. (1874) Premiers lundis. Tome I « M. Laurent (de l’Ardèche) : Réputation de l’histoire de France de l’abbé de Montgaillard  »

En voilà bien assez, j’espère, si tout est prouvé et nous renvoyons nos lecteurs à la réfutation pour faire descendre cette production si prônée de son haut rang d’histoire, et pour la réduire à la simple condition des Mémoires piquants et Suspects, dont on peut retirer quelque profit, quand on les consulte avec beaucoup de défiance.

864. (1875) Premiers lundis. Tome III « Le roi Jérôme »

Je l’ai jeté, exprès dans un commandement isolé et en chef, car je ne crois pas au proverbe que pour savoir commander il faut savoir obéir. » La campagne de Prusse donna au prince Jérôme une occasion de prouver la bonté naturelle de son cœur.

865. (1890) Conseils sur l’art d’écrire « Principes de composition et de style — Quatrième partie. Élocution — Chapitre XI. De l’ignorance de la langue. — Nécessité d’étendre le vocabulaire dont on dispose. — Constructions insolites et néologismes »

Le néologisme, la plupart du temps, ne prouve que l’ignorance de celui qui s’en sert17.

866. (1899) Les contemporains. Études et portraits littéraires. Septième série « Les snobs » pp. 95-102

La floraison du snobisme prouve, non pas la santé, mais l’abondance et comme l’intensité de la production littéraire.

867. (1835) Mémoire pour servir à l’histoire de la société polie en France « Chapitre XXX » pp. 330-337

Dans cette même année 1673, sa situation éprouva un nouveau changement : madame de Coulanges écrit à madame de Sévigné, le 20 mars : « Nous avons enfin retrouvé madame Scarron, c’est-à-dire que nous savons où elle est ; car, pour avoir commerce avec elle, cela n’est pas aisé. » La suite de cette lettre prouve que madame de Coulanges était instruite de bien des particularités concernant madame Scarron.

868. (1761) Querelles littéraires, ou Mémoires pour servir à l’histoire des révolutions de la république des lettres, depuis Homère jusqu’à nos jours. Tome I « Mémoires pour servir à l’histoire des gens-de-lettres ; et principalement de leurs querelles. Querelles particulières, ou querelles d’auteur à auteur. — Démosthéne, et Eschine. » pp. 42-52

Oui, dit-il, & je le prouve.

869. (1761) Querelles littéraires, ou Mémoires pour servir à l’histoire des révolutions de la république des lettres, depuis Homère jusqu’à nos jours. Tome II « Mémoires pour servir à l’histoire des gens-de-lettres ; et principalement de leurs querelles. Querelles particulières, ou querelles d’auteur à auteur. — Addisson, et Pope. » pp. 17-27

Un rimailleur, se croyant plus d’esprit que les autres, fit un poëme afin de prouver en règle que Pope étoit un sot.

870. (1827) Génie du christianisme. Seconde et troisième parties « Seconde partie. Poétique du Christianisme. — Livre premier. Vue générale des épopées chrétiennes. — Chapitre V. La Henriade »

Voltaire n’a flotté parmi tant d’erreurs, tant d’inégalités de style et de jugement, que parce qu’il a manqué du grand contrepoids de la religion : il a prouvé que des mœurs graves et une pensée pieuse sont encore plus nécessaires dans le commerce des Muses qu’un beau génie.

871. (1827) Génie du christianisme. Seconde et troisième parties « Troisième partie. Beaux-arts et littérature. — Livre second. Philosophie. — Chapitre II. Chimie et Histoire naturelle. »

Berthollet est, dit-on, sur le point de prouver que l’azote, regardé jusqu’à présent comme une simple essence combinée avec le calorique, est une substance composée.

872. (1733) Réflexions critiques sur la poésie et la peinture « Première partie — Section 18, que nos voisins disent que nos poëtes mettent trop d’amour dans leurs tragedies » pp. 132-142

Ce qui prouve seul qu’ils ne sont pas veritablement amoureux ; ils prétendent mettre d’accord l’amour avec la raison, deux choses aussi peu compatibles que la fievre et la santé.

873. (1733) Réflexions critiques sur la poésie et la peinture « Première partie — Section 46, quelques refléxions sur la musique des italiens, que les italiens n’ont cultivé cet art qu’après les françois et les flamands » pp. 464-478

Il me souvient bien d’avoir lû dans les écrivains italiens plusieurs passages qui le prouvent, mais je crois devoir épargner au lecteur la peine de les lire, et à moi celle de les retrouver.

874. (1733) Réflexions critiques sur la poésie et la peinture « Seconde partie — Section 2, du génie qui fait les peintres et les poëtes » pp. 14-24

L’experience prouve suffisamment que tous les hommes ne naissent pas avec un génie propre à les rendre peintres ou poëtes : nous en voïons qu’un travail continué durant plusieurs années, plûtôt avec obstination qu’avec perseverance, n’a pû élever au-dessus du rang de simples versificateurs.

875. (1895) Les règles de la méthode sociologique « Conclusion »

Nous avons montré comment le sociologue devait écarter les notions anticipées qu’il avait des faits pour se mettre en face des faits eux-mêmes ; comment il devait les atteindre par leurs caractères les plus objectifs ; comment il devait leur demander à eux-mêmes le moyen de les classer en sains et en morbides ; comment, enfin, il devait s’inspirer du même principe dans les explications qu’il tentait comme dans la manière dont il prouvait ces explications.

876. (1860) Ceci n’est pas un livre « Les arrière-petits-fils. Sotie parisienne — Deuxième tableau » pp. 196-209

Il faut d’abord faire valoir vos titres auprès du Ministre d’État, produire des actes authentiques, en un mot, prouver votre filiation.

877. (1818) Essai sur les institutions sociales « Préface » pp. 5-12

La théorie que je m’y permets prouve qu’alors il y avait place à la théorie dans l’examen d’une institution si jeune encore, et si peu éprouvée, qui d’ailleurs a reçu, depuis, bien des modifications.

878. (1909) Les œuvres et les hommes. Critiques diverses. XXVI. « Les dîners littéraires »

— n’existe plus, on verra sur-le-champ s’élever contre nous une insurrection d’amours-propres, tout autant que quand nous disons que la critique n’existe pas en France et que nous le prouvons, de la plus humble manière, par de la statistique et des faits.

879. (1865) Les œuvres et les hommes. Les romanciers. IV « Préface » pp. -

Victor Hugo et Alexandre Dumas, cet effort de 1830, prouve l’importance séculaire de la tragédie.

880. (1898) L’esprit nouveau dans la vie artistique, sociale et religieuse « Introduction »

Sa force essentielle, bien qu’elle ne se soit encore qu’incomplètement prouvée, est néanmoins suffisante pour nous donner toute confiance.

881. (1773) Essai sur les éloges « Chapitre XXXII. Des éloges des hommes illustres du dix-septième siècle, par Charles Perrault. »

Leurs ennemis auraient voulu apparemment anéantir ces deux noms, et défendre même à la postérité de s’en souvenir ; mais ces efforts ne servirent qu’à prouver l’impuissance de la haine.

882. (1782) Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur la vie et les écrits de Sénèque pour servir d’introduction à la lecture de ce philosophe (1778-1782) « Essai, sur les règnes, de Claude et de Néron. Livre premier. » pp. 15-203

L’expérience ne prouve que trop qu’il n’est ni aussi commun ni aussi facile qu’on l’imaginerait de se tirer avec noblesse et fermeté de cette dangereuse alternative. […] Ils se déterminèrent donc à élever, à rester à côté d’une bête féroce. » Que prouve évidemment ce passage ? […] Le discours de Burrhus semble prouver que l’attentat du vaisseau lui était connu : le savait-il avant, ou l’apprit-il après l’exécution ? L’étonnement, qui ôte à Sénèque sa promptitude à parler, prouve son ignorance. […] Le passage des Controverses cité ci-dessus, page 22, prouve plutôt que ce n’est pas à Sénèque, mais à son frère Méla, que Sénèque le père donna des leçons d’éloquence.

883. (1923) Nouvelles études et autres figures

Asin nous prouve que Dante a connu les œuvres dont plusieurs épisodes ressemblent si étrangement à ceux de son poème. […] Il l’a prouvé dans son Amphitryon, une pure merveille. […] Rien ne nous prouve mieux la force du rêve sur l’action. […] Berret de ne pas avoir encombré son texte de toutes ces « rencontres » qui ne prouvent rien. […] Mais il se gardait bien de nous le prouver ou de nous en faciliter les preuves.

884. (1856) Réalisme, numéros 1-2 pp. 1-32

Sous prétexte que tel individu était ou devait être doué du sens critique absent de chez les écrivains et les artistes, il a été de par la loi du journalisme quotidien, tenu de fournir chaque matin, tant de lignes, destinées à prouver souvent qu’il ne connaissait pas ce dont il parlait, et quelquefois que l’auteur ne l’avait pas salué. […] Pour le prouver, il sera bon d’étudier le roman dans ses diverses parties, le caractère, le portrait, l’action, le style, le paysage, le comique, le pathétique, et de donner la valeur relative de chacune de ces parties. […] Je ne fais que des vers fantaisistes et fantasques, ma comète le prouve de reste. […] Je sais bien qu’on a des vrais salons, avec des vraies pendules qui sonnent toujours minuit pour prouver qu’elles marchent, et des vraies glaces qui reflètent derrière le dos de l’acteur les personnages du balcon ; je sais tout cela, et aussi qu’il y a des vrais fauteuils en élastique et des vraies bouteilles de vrai vin de Champagne, mais l’illusion, mais l’illusion ? […] « Quand on veut trop prouver, on ne prouve rien », comme le dit si excellemment M. 

885. (1716) Réflexions sur la critique pp. 1-296

Elle devroit donc s’aider de sa propre érudition, pour me justifier, au lieu de me réduire à lui prouver que l’érudition même est fautive, et qu’elle est souvent trop hardie à traiter de faux ce qui lui est échapé. […] Voici, par exemple, un endroit où voulant disculper Homere d’une faute, elle prouve évidemment, ce me semble, qu’il en a fait deux. […] Pour moi je crois que cet essai malheureux de nos deux plus grands poëtes, prouve plus contre Homere que la critique la plus raisonnée. […] Cela ne prouve pas plus que le point d’exclamation ; il falloit dire en quoi cette image est sublime. […] Mais que deviendroient les allegories, et que deviendroit Homere sans elles, si j’allois prouver que cela même n’en est pas une ?

886. (1788) Les entretiens du Jardin des Thuileries de Paris pp. 2-212

Il nous prouva par des exemples que le vin le plus ordinaire pouvoit devenir excellent par la préparation. […] Il est prouvé que sans le commerce, le luxe n’iroit pas loin. […] Voilà des noms qui en imposent & qui ferment la bouche à ceux qui seroient tentés de les dénigrer… Chacun a son talent, reprit l’abbé, & la comparaison des vivans avec des morts, ne prouve rien. […] Cependant ses contes si charmans, si remplis d’esprit & de naïveté, prouvent qu’il eût pu réussir dans les chansons…. […] Son plaisir consiste à fronder tous ceux qui parlent, & à leur prouver qu’ils ont tort.

887. (1894) La bataille littéraire. Septième série (1893) pp. -307

Paul Hervieu nous a dit au théâtre que les Paroles restent, il nous prouve aujourd’hui, dans son livre Peints par eux-mêmes, que les écrits sont comme les paroles, et ne volent, hélas ! […] Elle me força à relever la tête, à là regarder, et mon visage lui prouva que je disais vrai. […] L’histoire est là pour prouver que, depuis Pierre le Grand, la Russie a maintes fois recherché l’alliance de la France ; nos gouvernements et notre diplomatie sont restés sourds à ces propositions ; nous avons payé cher ce dédain. […] Si Napoléon est reconnaissant à son vieux professeur Domairon, il a gardé rancune à un autre de ses professeurs qui l’a jadis puni trop sévèrement, et il le lui prouve étant Empereur. […] « Il lui suffit d’écrire des vers pour prouver qu’il n’est pas poète ! 

888. (1922) Nouvelles pages de critique et de doctrine. Tome II

Elle ne prouve pas la valeur intrinsèque de l’ouvrage : livre ou pièce de théâtre, mais elle décèle un certain état d’esprit chez le lecteur et le spectateur. […] Les difficultés autour de leur publication le prouvent. […] Jean-Louis Faure nous le prouve, rien qu’en évoquant deux épisodes entre tant d’autres, de sa vie d’opérateur — et ce sont deux échecs ! […] Le propos de mon tâcheron provençal le prouve. […] Que l’on me permette d’ouvrir ici une parenthèse qui prouvera que ce faux esprit fonctionne de même par tout pays et à toute occasion.

889. (1895) Les confessions littéraires : le vers libre et les poètes. Figaro pp. 101-162

Ce qui le prouve c’est que, en ce moment, plusieurs poètes affirment leur beau talent en pratiquant les vers libres, tandis que d’autres se prouvent des poètes aussi modernes, en restant dans l’ancienne prosodie, aérée en tout cas. […] Je veux dire l’Odeur sacrée, pièce prosodiée ainsi qu’un chant de Virgile ; en laquelle l’auteur s’est fait une loi et un jeu de prouver et trouver les souplesses de notre langue, et son pouvoir, de par l’allitération (naïvement et souvent niaisement reprochée à de moins audacieux), de babiller en dactyles et s’alourdir en spondées, lutter enfin avec le latin et finalement, l’emporter sur lui, avec en sus l’avantage triomphant des tintinnabulantes rimes. […] Raymond de La Tailhède, qui, dans la Métamorphose des Fontaines, sut modernement prouver que le génie français pouvait avec charme s’astreindre aux épopées rustiques (et en tapisserie, un peu) de l’Hellade. […] (Et, fort brillamment, M. de La Tailhède fait l’historique des écoles poétiques, de Ronsard au parnassisme et au symbolisme, gardant toute son admiration pour la véritable école de bonne poésie, celle qui avait pour disciples La Fontaine, Boileau, Molière et Racine.) … Ainsi donc, en art comme d’ailleurs en philosophie et en tout le reste, il n’y a qu’École ; et quant à ceux qui se donnent le titre d’individualiste, ils ne prouvent rien, sinon peut-être la crainte qu’ils ont de ne pas être le premier de la leur. […] Que Moréas et les poètes romans s’évertuent à nous prouver que la philosophie et les lettres grecques dépassent tous les mythes et toutes les métaphysiques de l’Orient et du Septentrion, j’y consens.

890. (1881) La parole intérieure. Essai de psychologie descriptive « Chapitre VI. La parole intérieure et la pensée. — Second problème leurs différences aux points de vue de l’essence et de l’intensité »

Mais, de ces deux lois, la première seule paraît être constante, uniforme et universelle dans son action ; si la perfection esthétique est, elle aussi, un principe directeur de l’esprit humain, les faits semblent prouver que son énergie est variable et son application capricieuse ; une partie seulement de l’humanité révèle par ses créations cette tendance à représenter les genres par des types individuels parfaits, et ce langage de l’art n’est pas compris par tous les hommes ; même aux époques et dans les pays où il éclate avec évidence, l’instinct esthétique n’est pas satisfait par des créations identiques ; il n’est pas de type idéal sur lequel tous les hommes puissent s’accorder. […] Et ce qui prouve bien que les éléments de l’idée dégagés par la puissance évocatrice de l’attention ne sont pas reconnus, c’est que, en opérant l’analyse de l’idée, nous ne saurions distinguer la part du souvenir et celle de l’imagination, les éléments anciens qui ont servi à la construire, mais que l’habitude a effacés, et les éléments nouveaux, inventés au moment même, seulement vraisemblables, qui n’ont avec elle qu’un rapport logique et non psychologique. […] 2° Nous nous servions tout à l’heure des rapports mutuels des idées pour prouver qu’elles conservent toujours quelque spécificité consciente. […] Ce qui prouve bien que les mots n’éclairent pas les idées, mais les éveillent seulement, c’est l’existence des mots homonymes et synonymes : il n’y a pas rigoureusement un mot pour une idée, mais souvent plusieurs mots pour une même idée, et, plus souvent encore, un seul mot pour plusieurs idées ; il n’en résulte aucune difficulté pour comprendre aisément la parole soit extérieure, soit intérieure. […] Il est donc historiquement prouvé que le simple son ap, op, up est devenu, par l’intermédiaire d’un nom d’oiseau, le nom d’une touffe de plumes ».

891. (1886) Le naturalisme

Le classicisme dominait alors, dans les sphères officielles, comme dans le goût et l’opinion de la foule, ainsi que le prouve l’anecdote du mouchoir. […] On le prouve aisément par le seul nom de Campoamor. […] Ils ont prouvé aussi qu’ils sont de grands observateurs qui savent étudier les caractères. […] Il est triste de le dire, — je le répète, — parce que le fait prouve que le public est incapable de s’intéresser à la littérature, pour la seule littérature, et que si un auteur devient célèbre d’un coup et vend éditions sur éditions d’un livre, c’est qu’il a su le saupoudrer avec le sel et le piment de la chronique scandaleuse. […] Je n’essaie pas de prouver que celles qui s’imposent à nous sont le terme fatal de l’intelligence humaine.

892. (1891) Lettres de Marie Bashkirtseff

Cette futilité vous prouve qu’il n’y a pas de futilités. […] À moins qu’il me prenne envie quelque jour de vous prouver que je ne méritais pas le n° 61. […] Comment vous prouver que je ne suis ni un farceur, ni un ennemi ? […] Gambetta laisse faire des bêtises pour prouver peut-être qu’il n’est pas tout-puissant ? […] Comme s’il n’était pas prouvé depuis longtemps que ce sont les cléricaux qui se lavent le moins, et dans les couvents les malheureuses enfants prennent un bain par mois et dans l’obscurité.

893. (1814) Cours de littérature dramatique. Tome I

Il prouve bien qu’un ouvrage peut exciter l’enthousiasme de la multitude avec de grands défauts, et par ces défauts-là même. […] Ce raisonnement ne prouve point du tout qu’un fanatique doit éprouver des remords au moment même où il reçoit un bienfait, que la passion peut alors regarder comme insulte ; qu’il a tort de les ressentir deux heures après, quand la réflexion a calmé la passion. […] Il est vrai que son héroïsme est moins agréable au public ; ce qui prouve combien l’esprit du théâtre est faux, dangereux pour les mœurs, et nuisible à la société. […] Peut-être que s’il avait obtenu la même faveur, il n’eût été que médiocre dans son rôle d’Alcippe ; mais, furieux de n’avoir rien eu, il fit des prodiges pour prouver qu’il méritait quelque chose, et la pièce y gagna beaucoup. […] Il fit rendre à Louis XIII, monarque triste et dévot, une déclaration très honorable en faveur des comédiens, et jamais Richelieu ne prouva mieux qu’il était roi de France.

894. (1814) Cours de littérature dramatique. Tome II

Boursault nous apprend que l’auteur de l’Art poétique avait la physionomie très expressive ; ce qui semble prouver qu’il était plus sensible que ne l’ont cru certains philosophes égoïstes qui n’avaient que la sensibilité de l’amour-propre. […] Le succès qu’elle obtient aujourd’hui prouve qu’elle fut alors très mal jugée, et que les littérateurs qui en ont fait une critique si amère ont suivi leurs préjugés plutôt que les principes de l’art. […] Il prouve, par une foule d’exemples tirés de la Bible, que telle est la conduite que Dieu a toujours tenue envers les impies ; qu’il a coutume de les envelopper dans leurs propres filets, de les punir par leurs propres vices. […] M. l’abbé Dubos, pour prouver qu’on ne réussit jamais éminemment dans plusieurs genres, cite La Fontaine, si admirable dans ses fables et dans ses contes, si médiocre dans ses comédies. […] Le juge lui déclare qu’il va être pendu, à moins qu’il ne prouve clairement qu’il a été aussi outragé qu’un mari peut l’être.

895. (1862) Portraits littéraires. Tome II (nouv. éd.) « Gabriel Naudé »

Le Postel fut présent de bonne heure à Naudé pour lui prouver que tout se peut dire et croire, pour lui apprendre à se méfier de la sottise humaine, jusqu’en de grands esprits et au sein de la plus haute doctrine. […] Il s’agit tout simplement de prouver que Zoroastre, Orphée, Pythagore, Numa, Virgile, etc., etc., e tutti, n’étaient point des sorciers ni des magiciens au sens vulgaire, et que s’ils peuvent s’appeler mages, c’est suivant la signification irréprochable et pure de la plus divine sagesse. […] Il ne l’est pas du tout d’ailleurs dans le choix de la thèse qu’il entreprend ici de prouver. […] Pour lui, il tient à prouver aux habiles que, bien qu’homme d’étude, il entend aussi le fin du jeu.

896. (1860) Cours familier de littérature. X « LIXe entretien. La littérature diplomatique. Le prince de Talleyrand. — État actuel de l’Europe » pp. 289-399

Indifférent au fond, comme sa vie entière l’a prouvé, à la royauté, à la république, à la cause des rois, à la forme des institutions des peuples, au droit ou au fait des gouvernements, les gouvernements n’étaient, à ses yeux, que des formes mobiles que prend tour à tour l’esprit du temps ou le génie national des sociétés, pour accomplir telle ou telle phase de leur existence. […] La colère égarait Napoléon dans cette scène ; il voulait prouver à M. de Talleyrand qu’il avait été son complice à Bayonne, et il prouvait qu’il avait été son antagoniste dans ce détrônement de Madrid. […] Essling fut son premier revers militaire, masqué sous un semblant de victoire ; cette bataille, bien combattue, mais mal donnée, prouva à l’Europe qu’il pouvait être vaincu.

897. (1864) Cours familier de littérature. XVIII « CIVe entretien. Aristote. Traduction complète par M. Barthélemy Saint-Hilaire (2e partie) » pp. 97-191

On ne prouve pas qu’on existe, on le sent. […] Voilà donc la définition de l’âme ; et le philosophe qui a fait sur la définition en général la grande théorie déposée dans les Analytiques veut prouver que celle-ci est irréprochable. […] Il s’imagine toujours que je suis celui qu’il va voir mort tout à l’heure, et me demande comment il m’ensevelira ; et tout ce long discours que je viens de faire pour prouver que, dès que j’aurai avalé le poison, je ne demeurerai plus avec vous, mais que je vous quitterai, et irai jouir de félicités ineffables, il me paraît que j’ai dit tout cela en pure perte pour lui, comme si je n’eusse voulu que vous consoler et me consoler moi-même. […] Tout ce que l’on vient de voir ne le prouve-t-il pas assez ?

898. (1772) Bibliothèque d’un homme de goût, ou Avis sur le choix des meilleurs livres écrits en notre langue sur tous les genres de sciences et de littérature. Tome I « Bibliotheque d’un homme de goût. — Chapitre I. Des poëtes anciens. » pp. 2-93

Il a donc voulu en sécouer le joug ; intimidé, dit-il, & averti par le peu de succès de quelques traducteurs de différens Poëtes ; traducteurs craintifs & scrupuleux, qui n’ont eu d’autre mérite dans leur travail que celui de prouver au public qu’ils savent expliquer mot pour mot leur auteur. […] Cette abondance excessive est comme le fond de son caractère ; & les exemples en sont si fréquens dans ses Elégies sur-tout, qu’elle n’a pas besoin d’être prouvée. […] Ce sont toujours des plaintes, dictées par la lâcheté & mêlées de flatteries qui prouvent une ame basse & sans énergie. […] Martial, Ecrivain épigrammatique, prouva par son style combien le goût du vrai beau en Littérature, avoit déjà dégénéré de son tems.

899. (1870) De l’origine des espèces par sélection naturelle, ou Des lois de transformation des êtres organisés « De l’origine des espèces par sélection naturelle, ou Des lois de transformation des êtres organisés — Chapitre V : Lois de la variabilité »

L’Artichaut de Jérusalem, qui ne se propage jamais par graines, en Angleterre, et dont par conséquent on n’a pu obtenir de variétés nouvelles, étant aussi incapable aujourd’hui qu’autrefois de supporter la rigueur de notre climat, on le cite sans cesse en exemple pour prouver que toute acclimatation est impossible. […] Mais que l’extension de cette règle ne soit pas limitée à des différences purement sexuelles, c’est ce que prouve avec toute évidence l’étude des Cirripèdes hermaphrodites. […] Un pareil fait suffit à prouver qu’un caractère quelconque, généralement considéré comme de valeur générique, peut diminuer de valeur et devenir seulement spécifique, ou même individuellement variable, sans que pour cela son importance physiologique ait changé. […] — Ce qu’on observe chez nos races domestiques suffit à prouver ces propositions.

900. (1753) Essai sur la société des gens de lettres et des grands

Je ne puis mieux l’adresser qu’à vous, dont l’exemple prouve si bien qu’on peut vivre heureux sans les grands, et dont le commerce fait sentir combien il est facile de s’en passer. […] C’est à ce langage entortillé, impropre et barbare, qu’on prétend reconnaître aujourd’hui les auteurs qui fréquentent ce qu’on appelle la bonne compagnie, mais à qui cette fréquentation, quoi qu’on en dise, est très funeste, et dont la manière d’écrire vaudrait beaucoup mieux, comme l’expérience le prouve, s’ils vivaient dans une société moins brillante. […] L’expérience ne prouve que trop que les talents persécutés n’ont rien à attendre de ce côté-là, et que les ennemis chassent bientôt les protecteurs. […] Peut-être est-ce le seul genre de succès qui ne prouve aucune espèce d’esprit ; car l’esprit d’intrigue et de manège ne mérite pas ce nom ; c’est l’esprit de ceux qui n’en ont point d’autre, et de tous ceux qui voudront l’avoir.

901. (1895) Les œuvres et les hommes. Journalistes et polémistes, chroniqueurs et pamphlétaires. XV « Granier de Cassagnac » pp. 277-345

Parce qu’ils n’étaient rien, à part les circonstances, ils se sont trouvés valoir quatre fois plus que s’ils avaient été, et Cassagnac l’a prouvé avec la plus magnifique évidence. […] Ces quinze pas nécessaires à cet habile tireur, il a bien prouve qu’il les lui fallait, mais qu’à cette distance son coup d’œil était infaillible, quand journaliste à la veille — mais seulement à la veille — d’événements qui devaient amener un état de choses jugé si longtemps impossible, il voyait si clair le lendemain. […] Dans sa puissante et lumineuse analyse, l’historien n’a rien oublié ; mais pourquoi, tout cela montré, prouvé, tiré au clair, la termine-t-il par ces mots, qui grandissent trop un pouvoir dont il fallait étaler sans pitié l’incurable et la mortelle faiblesse : « Le gouvernement de Juillet a péri par la seule et la plus improbable des chances qu’il eût contre lui : celle de se renverser lui-même !  […] Jeune, très jeune, et précisément parce qu’il sentait intérieurement sa force, et que jeune on en abuse toujours (c’est une manière de se la prouver), il débuta dans les lettres par des paradoxes retentissants et demeurés fameux.

902. (1827) Principes de la philosophie de l’histoire (trad. Michelet) « Discours sur le système et la vie de Vico » pp. -

Dans un autre, il entreprend de prouver que la sagesse italienne des temps les plus reculés peut se découvrir dans les étymologies latines. […] Toute science vient de Dieu, retourne à Dieu, est en Dieu4. » Et il se chargeait de prouver la fausseté de tout ce qui s’écarterait de cette doctrine. […] « Mais voici ce qui prouve que Vico est né pour la gloire de Naples et de l’Italie ; il venait de perdre tout espoir d’avancement dans sa patrie ; un autre aurait dit adieu aux lettres, se serait repenti peut-être de les avoir cultivées ; pour lui il ne songea qu’à compléter son système. » Nous ajouterons peu de choses à ce que nous avons dit sur les dernières années de Vico, et sur les malheurs qui attristèrent la fin de sa carrière. […] Vico, 1736, in-4º. — Quatorze lettres sur le troisième principe de la science nouvelle, relatif à l’origine du langage ; ouvrage dans lequel on montre par des preuves tirées tant de la philosophie que de l’histoire sacrée et profane, que toutes les conséquences de ce principe sont fausses et erronées, 1749. — Dans la préface de son premier ouvrage, il reconnaît que Vico a mérité l’immortalité ; dans le second, fait après la mort de Vico, il l’appelle plagiaire, etc. — Il croit prouver d’abord que le système de Vico n’est pas nouveau, et dans cette partie, malgré la diffusion et le pédantisme, l’ouvrage est assez curieux, en ce qu’il rapproche de Vico les auteurs qui ont pu le mettre sur la voie. — Il soutient ensuite que ce système est erroné, et particulièrement contraire à la religion chrétienne.

903. (1867) Causeries du lundi. Tome VIII (3e éd.) « De l’état de la France sous Louis XV (1757-1758). » pp. 23-43

Il présente au Conseil un mémoire en ce sens, pour prouver la nécessité d’une seule et principale direction. […] Les instances que j’ai faites pour vous remettre ma place m’ont perdu ; j’ai prouvé par là, d’une manière bien funeste pour moi, la confiance que j’avais en vous.

904. (1870) Causeries du lundi. Tome XIV (3e éd.) « Vie de Maupertuis, par La Beaumelle. Ouvrage posthume » pp. 86-106

Il n’est pas entièrement prouvé pour tout le monde que les Lettres de Brutus et de Cicéron ne soient pas d’un habile auteur de pastiches. […] Et ce piège, voyez combien vous étiez imprudent et coupable de le tendre : vous y avez fait tomber tout le premier un homme de votre sang et de votre nom, l’historiographe estimable, qui, en publiant votre ouvrage posthume et ce que vous y aviez préparé de pièces à l’appui, a cru vous rendre service, venger votre mémoire, réhabiliter votre caractère ; et il n’aura aidé, bien involontairement et de la meilleure foi du monde, qu’à confirmer en définitive l’opinion sévère qu’on avait conçue de vous, et à prouver à tous que vous étiez incurable dans votre procédé d’homme d’esprit foncièrement léger et sans scrupule.

905. (1867) Nouveaux lundis. Tome VII « Corneille. Le Cid(suite et fin.)  »

S’il ne tient pas à vivre, se croyant condamné par elle, que du moins il songe à l’idée qu’on prendra de lui s’il succombe ; il y va de sa gloire : « Quand on le saura mort, on le croira vaincu. » La passion a ses sophismes : c’est au nom même de son père mort, de ce comte si redouté, qu’elle prétend prouver à Rodrigue qu’il est obligé de se défendre vaillamment contre un moins vaillant que ce guerrier illustre : autrement on croira que le comte valait moins que don Sanche. […] Il n’est jamais bien prouvé, dans ce pays-ci, qu’on ait eu le droit de s’être amusé ou d’avoir été ému.

906. (1869) Portraits contemporains. Tome I (4e éd.) « George Sand — Note »

« Cela est triste ; mais ce qui prouve que c’est vrai, c’est que, cela même, il faudrait le penser et ne pas le dire. […] C’était bien là mon idée, en la montrant et si sage et si folle ; mais votre remarque me prouve que je ne l’ai pas assez expliquée. — Je ferai attention aussi, en corrigeant les épreuves, aux expressions louches et aux mauvaises constructions que vous m’avez signalées.

907. (1870) Portraits contemporains. Tome II (4e éd.) « MME DESBORDES-VALMORE. (Les Pleurs, poésies nouvelles. — Une Raillerie de l’Amour, roman.) » pp. 91-114

Cette image du violon brisé, puis rajusté et trouvé plus sonore, cette particularité technique, si difficile, ce semble, à rencontrer et à exprimer, et qui prouve que les poëtes savent toujours ce dont ils ont besoin, s’applique en toute exactitude à Mme Desbordes-Valmore, sauf que le rajustement mystérieux est demeuré inachevé en quelques points ; imperfection, d’ailleurs, qui nuit peu à l’ensemble et qui est une grâce39. […] En réalité, je n’ai jamais pu me repentir de ce mot, dit une fois pour toutes, sur cet auteur qui n’avait que des boutades sans talent, sans style, et qui était surtout poëte par la vanité. — Mais il a eu du piquant dans ses Fables, dira-t-on. — Oui, peut-être, comme le chardon a des piquants. — Si j’avais à écrire un article sur lui, je ne pourrais m’empêcher de le commencer en ces termes : « Il faut avoir quelque esprit pour être parfaitement sot : Töpffer l’a dit et Viennet l’a prouvé. » Vers la fin sa vie, il me disait en me parlant des poëtes : « Je n’en reconnais que huit avant moi. — Et lesquels ? 

908. (1871) Portraits contemporains. Tome V (4e éd.) « UN DERNIER MOT sur BENJAMIN CONSTANT. » pp. 275-299

Mais qu’est-ce que tout cela prouve, avant tout et après tout ? […] Et, pour prouver que je n’ai aucun parti pris après non plus qu’avant, je veux citer de lui une lettre encore, mais toute différente de celles qu’on connaît, une lettre fort simple en apparence, et qui a cela de remarquable à mon sens, qu’entre toutes les autres que j’ai vues, elle est la seule où il témoigne avoir un peu de calme et de contentement dans la tête et dans le cœur.

909. (1800) De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (2e éd.) « Seconde partie. De l’état actuel des lumières en France, et de leurs progrès futurs — Chapitre V. Des ouvrages d’imagination » pp. 480-512

Beaucoup d’hommes vicieux n’ont d’autre ambition que d’échapper au ridicule ; il faut leur apprendre, il faut avoir le talent de leur prouver que le succès du vice prête plus à la moquerie que la maladresse de la vertu. […] Le petit nombre des idées mythologiques des poètes du Nord sont plus analogues à la poésie française, parce qu’elles s’accordent mieux, comme j’ai tâché de le prouver, avec les idées philosophiques.

910. (1887) Discours et conférences « Réponse au discours de M. Louis Pasteur »

Aucun fait historique de ce genre n’est prouvé ni dans le présent, ni dans le passé, — j’entends prouvé sérieusement, d’une de ces preuves qui excluent toute chance d’erreur, — d’une de ces preuves comme celles que M. 

911. (1857) Causeries du lundi. Tome II (3e éd.) « Œuvres de Barnave, publiées par M. Bérenger (de la Drôme). (4 volumes.) » pp. 22-43

Ajoutons seulement que l’excessive sévérité avec laquelle, en temps de calme, et du fond de leur fauteuil, bien des gens sont portés à juger de tels accidents, prouverait seulement qu’ils diraient peut-être pis eux-mêmes dans le tumulte et dans l’occasion. […] Une telle déclaration, placée en regard du récit de Mme Campan, ne laisse pas d’embarrasser, je le répète, et de jeter dans une vraie perplexité ; car on se refuse à admettre que Barnave ait parlé simplement ici comme un avocat qui se croit en droit de nier tout ce qui n’est pas prouvé.

912. (1857) Causeries du lundi. Tome III (3e éd.) « Les Mémoires de Saint-Simon. » pp. 270-292

Saint-Simon est sincère et véridique, et ici il va nous prouver par ses aveux qu’il sait chérir la vérité au besoin jusque contre lui-même. […] Saint-Simon le sait, et il le prouve par lui-même.

913. (1865) Causeries du lundi. Tome V (3e éd.) « Œuvres de Louis XIV. (6 vol. in-8º. — 1808.) » pp. 313-333

Tout supérieur qu’il est comme observateur, il a senti son maître en l’approchant, et le détail même où il entre à ce sujet nous le prouve. […] Louis XIV était peu militaire, et il avait la prétention de l’être ; rien au besoin ne prouverait mieux son faible que cette discussion, cette apologie extraordinaire à laquelle il croit devoir se livrer parce qu’il est allé une fois à la tranchée, et une autre fois un peu plus avant.

914. (1860) Les œuvres et les hommes. Les philosophes et les écrivains religieux (première série). I « X. Ernest Renan »

Ce fut là son état, le dessus de porte de sa pensée et de sa vie, mais l’étude des langues par laquelle il voulait faire son chemin n’en fut pas moins sa manière spéciale de prouver cette non-existence de Dieu, qui est la grande affaire de la philosophie du temps, l’Essai sur le langage, réimprimé aujourd’hui, est le premier essai de cette preuve qu’ait faite M.  […] Renan prétende que le sourd-muet se crée tout seul des moyens d’expression (page 97) supérieurs à ceux qu’on lui enseigne ; ce qui prouve que l’abbé de l’Épée était un sot.

915. (1922) Durée et simultanéité : à propos de la théorie d’Einstein « Chapitre I. La demi-relativité »

Mais rien ne prouve qu’elle soit irréalisable. […] Des ondes lumineuses, des perturbations électro-magnétiques ont beau prendre naissance dans un système mobile : l’expérience prouve qu’elles n’en adoptent pas le mouvement.

916. (1919) L’énergie spirituelle. Essais et conférences « Chapitre III. “ Fantômes de vivants ” et “ recherche psychique ” »

C’est pourquoi, si c’eût été le moment de discuter avec le docteur, je lui aurais dit : « je ne sais si le récit qu’on vous a fait était digne de foi ; j’ignore si la dame a eu la vision exacte de la scène qui se déroulait loin d’elle ; mais si ce point m’était démontré, si je pouvais seulement être sûr que la physionomie d’un soldat inconnu d’elle, présent à la scène, lui est apparue telle qu’elle était en réalité — eh bien alors, quand même il serait prouvé qu’il y a eu des milliers de visions fausses et quand même il n’y aurait jamais eu d’autre hallucination véridique que celle-ci, je tiendrais pour rigoureusement et définitivement établie la réalité de la télépathie, ou plus généralement la possibilité de percevoir des objets et des événements que nos sens, avec tous les instruments qui en étendent la portée, sont incapables d’atteindre. » Mais en voilà assez sur ce point. […] Mais si les faits, étudiés indépendamment de tout système, nous amènent au contraire à considérer la vie mentale comme beaucoup plus vaste que la vie cérébrale, la survivance devient si probable que l’obligation de la prouve incombera à celui qui la nie, bien plutôt qu’à celui qui l’affirme ; car, ainsi que je le disais ailleurs, « l’unique raison de croire à l’anéantissement de la conscience après la mort est qu’on voit le corps se désorganiser, et cette raison n’a plus de valeur si l’indépendance de la presque totalité de la conscience à l’égard du corps est, elle aussi, un fait que l’on constate ».

917. (1876) Chroniques parisiennes (1843-1845) « XXVI » pp. 100-108

On l’appelle académicien : il prouvera à la tribune, et coup sur coup, son éloquence politique.

918. (1876) Chroniques parisiennes (1843-1845) « XXIX » pp. 117-125

Le roi Louis-Philippe, dont les idées particulières sont celles du xviiie  siècle, mais dont la politique vise bien plutôt à la paix du présent qu’à l’avenir et aux longues pensées, n’est pas fâché de cette grande querelle qui en ajourne de plus périlleuses et qui prouve que les temps ont changé.

919. (1864) Nouveaux lundis. Tome II « Bossuet. Œuvres complètes publiées d’après les imprimés et les manuscrits originaux, par M. Lachat. (suite et fin) »

Floquet, dans son zèle si méritoire, la redécouvrît en quelque sorte, l’exhumât laborieusement avec les preuves, les témoignages sans nombre, et de manière à nous prouver sans réplique que Bossuet avait précédé les autres grands prédicateurs de son siècle par le talent comme par la renommée, et qu’il s’était précédé lui-même, à ne considérer que la portion restée la plus glorieuse de sa carrière.

920. (1870) Portraits contemporains. Tome II (4e éd.) « APPENDICE. — M. DE VIGNY, page 67. » pp. -542

Les documents publiés au tome IV des Mémoires de d’Artigny prouvent sans doute qu’il a été entremetteur ; mais, selon la remarque de M.

921. (1874) Premiers lundis. Tome I « Deux révolutions — I. De la France en 1789 et de la France en 1830 »

A ceux qui, séduits par des ressemblances extérieures, ne voyaient dans notre révolution de 1830 que le pendant de celle de 1688, et n’en prétendaient guère tirer plus de conséquences, nous avons tâché de prouver que ces ressemblances assez piquantes ne jouaient qu’à la surface, n’apparaissaient que dans les hommes ou dans les mouvements des partis, mais qu’au fond les différences politiques étaient considérables.

922. (1800) De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (2e éd.) « Première partie. De la littérature chez les anciens et chez les modernes — Chapitre XIV. De la plaisanterie anglaise » pp. 296-306

La gaieté, qu’on doit pour ainsi dire à l’inspiration du goût et du génie, la gaieté produite par les combinaisons de l’esprit, et la gaieté que les Anglais appellent humour, n’ont presque aucun rapport l’une avec l’autre ; et dans aucune de ces dénominations la gaieté du caractère n’est comprise, parce qu’il est prouvé, par une foule d’exemples, qu’elle n’est de rien dans le talent qui fait écrire des ouvrages gais.

923. (1796) De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations « Section II. Des sentiments qui sont l’intermédiaire entre les passions, et les ressources qu’on trouve en soi. — Chapitre III. De la tendresse filiale, paternelle et conjugale. »

Dans la seconde supposition, peut-être la plus naturelle, le sentiment maternel, accoutumé par les soins qu’il donne à la première enfance, à se passer de toute espèce de retour, fait éprouver des jouissances très vives et très pures, qui portent souvent tous les caractères de la passion, sans exposer à d’autres orages que ceux du sort, et non des mouvements intérieurs de l’âme ; mais il est si tristement prouvé que, dès que le besoin de la réciprocité commence, le bonheur des sentiments s’altère, que l’enfance est l’époque de la vie, qui inspire à la plupart des parents l’attachement le plus vif, soit que l’empire absolu qu’on exerce alors sur les enfants, les identifie avec vous-mêmes, soit que leur dépendance inspire une sorte d’intérêt, qui attache plus que les succès mêmes qu’ils ne doivent qu’à eux, soit que tout ce qu’on attend des enfants alors, étant en espérance, on possède à la fois ce qu’il y a de plus doux dans la vérité et l’illusion, le sentiment qu’on éprouve, et celui qu’on se flatte d’obtenir.

924. (1823) Racine et Shakspeare « Chapitre III. Ce que c’est que le Romanticisme » pp. 44-54

D’ailleurs il faut que celui qui blâme prouve sa supériorité ; donc toute comédie satirique réclame les vers.

925. (1892) Les contemporains. Études et portraits littéraires. Cinquième série « Contre une légende »

Savoir est de tous les actes de la vie le moins profane, car c’est le plus désintéressé, le plus indépendant de la jouissance… C’est perdre sa peine que de prouver sa sainteté ; car ceux-là seuls peuvent songer à la nier pour lesquels il n’y a rien de saint. » L’Avenir de la Science est un livre de foi, car je ne connais point de livre où le scepticisme et le dilettantisme mondains soient traités avec un mépris plus frémissant de colère.

926. (1896) Les contemporains. Études et portraits littéraires. Sixième série « Guy de Maupassant »

De plus en plus il paraît compatir aux objets de ses peintures, et de plus en plus il semble se plaire à nous décrire des passions et des sentiments de telle espèce, que, de les comprendre et de les aimer comme il le fait, cela seul prouverait qu’il a dépassé  sans trop savoir d’ailleurs où il va, — ce naturalisme rudimentaire par où il avait débuté si tranquillement.

927. (1920) La mêlée symboliste. I. 1870-1890 « Laurent Tailhade à l’hôpital » pp. 168-177

Tailhade est l’homme le plus entouré du monde, ce qui prouve bien qu’en dépit de la légende que lui ont créée ses attaques furieuses, c’est un tendre et un affectueux.

928. (1781) Les trois siecles de la littérature françoise, ou tableau de l'esprit de nos écrivains depuis François I, jusqu'en 1781. Tome IV « Les trois siecles de la littérature françoise.ABCD — T. — article » pp. 372-383

Ses Epîtres, ses Chansons, ses Madrigaux, & ses Discours prononcés aux Séances publiques de la Société Royale de Nancy, sur-tout celui du 8 Mai 1752, prouvent qu’il réunit aux graces touchantes des Chaulieu, l’éloquence instructive des Fontenelle.

929. (1761) Querelles littéraires, ou Mémoires pour servir à l’histoire des révolutions de la république des lettres, depuis Homère jusqu’à nos jours. Tome I « Mémoires pour servir à l’histoire des gens-de-lettres ; et principalement de leurs querelles. Querelles particulières, ou querelles d’auteur à auteur. — Montmaur, avec tout le Parnasse Latin & François. » pp. 172-183

Les vers prouvent ce qu’il sçavoit faire, inspiré par la haine & la vengeance.

930. (1761) Querelles littéraires, ou Mémoires pour servir à l’histoire des révolutions de la république des lettres, depuis Homère jusqu’à nos jours. Tome I « Mémoires pour servir à l’histoire des gens-de-lettres ; et principalement de leurs querelles. Querelles particulières, ou querelles d’auteur à auteur. — Milton, et Saumaise. » pp. 253-264

Il veut y prouver qu’un tyran sur le trône est comptable ; qu’on peut lui faire son procès ; qu’on peut le déposer & le mettre à mort.

931. (1761) Querelles littéraires, ou Mémoires pour servir à l’histoire des révolutions de la république des lettres, depuis Homère jusqu’à nos jours. Tome II « Querelles générales, ou querelles sur de grands sujets. — Seconde Partie. De l’Éloquence. — Éloquence du barreau. » pp. 193-204

Il y eut des factums, pour lui prouver qu’il étoit un perturbateur du repos public.

932. (1782) Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur la vie et les écrits de Sénèque pour servir d’introduction à la lecture de ce philosophe (1778-1782) « A Monsieur Naigeon » pp. 9-14

A cet avantage tâchons, mon ami, d’en ajouter un second, plus précieux peut-être : qu’il ne vous suffise pas d’avoir éclairci les passages les plus obscurs du philosophe ; qu’il ne me suffise pas d’avoir lu ses ouvrages, reconnu la pureté de ses mœurs, et médité les principes de sa philosophie : prouvons que nous avons su, l’un et l’autre, profiter de ses conseils.

933. (1733) Réflexions critiques sur la poésie et la peinture « Seconde partie — Section 3, que l’impulsion du génie détermine à être peintre ou poëte, ceux qui l’ont apporté en naissant » pp. 25-34

Je l’ennuïerois par les histoires, qui prouvent que rien ne fait un obstacle insurmontable à l’impulsion du génie, il les sçait déja.

934. (1733) Réflexions critiques sur la poésie et la peinture « Seconde partie — Section 30, objection tirée des bons ouvrages que le public a paru désapprouver, comme des mauvais qu’il a loüez, et réponse à cette objection » pp. 409-421

Aussi dès que le temps de la nouveauté s’est écoulé, dès que la conjoncture qui soutenoit la piece est passée, le public oublie pleinement ces farces, et les comédiens qui les ont joüées ne s’en souviennent plus, ce qui prouve, olim cùm stetit nova, … etc. .

935. (1905) Les ennemis de l’art d’écrire. Réponse aux objections de MM. F. Brunetière, Emile Faguet, Adolphe Brisson, Rémy de Gourmont, Ernest Charles, G. Lanson, G. Pélissier, Octave Uzanne, Léon Blum, A. Mazel, C. Vergniol, etc… « III »

Et puis, qu’est-ce que cela prouve, et où tend ce discours ?

936. (1908) Les œuvres et les hommes XXIV. Voyageurs et romanciers « Madame Sand ; Octave Feuillet »

Faux à son tour, mais d’une autre fausseté que celui de Feuillet, le roman polémique de madame George Sand, entrepris pour prouver que le catholicisme doit être définitivement vaincu et enfoncé sur toute la ligne, n’est, d’exécution, qu’un livre mou et déclamatoire.

937. (1827) Principes de la philosophie de l’histoire (trad. Michelet) « Principes de la philosophie de l’histoire — Livre cinquième. Retour des mêmes révolutions lorsque les sociétés détruites se relèvent de leurs ruines — Chapitre II. Comment les nations parcourent de nouveau la carrière qu’elles ont fournie, conformément à la nature éternelle des fiefs. Que l’ancien droit politique des romains se renouvela dans le droit féodal. (Retour de l’âge héroïque.) » pp. 362-370

L’origine du mot opera nous prouve la vérité de ces principes.

938. (1875) Les origines de la France contemporaine. L’Ancien Régime. Tomes I et II « Livre troisième. L’esprit et la doctrine. — Chapitre III. Combinaison des deux éléments. »

Voltaire veut que ce rêve soit vrai, parce qu’autrement il ne peut expliquer le bel arrangement du monde et qu’une horloge suppose un horloger ; il faudrait d’abord prouver que le monde est une horloge et chercher si l’arrangement, tel quel, incomplet, qu’on y observe ne s’explique pas mieux par une supposition plus simple et plus conforme à l’expérience, celle d’une matière éternelle en qui le mouvement est éternel. […] D’autant plus qu’on lui a prouvé que toute barrière est nuisible, inventée par des pâtres rusés et malfaisants pour mieux traire et tondre le troupeau. « L’état de société est un état de guerre du souverain contre tous, et de chacun des membres contre les autres407… Nous ne voyons sur la face du globe que des souverains injustes, incapables, amollis par le luxe, corrompus par la flatterie, dépravés par la licence et l’impunité, dépourvus de talents, de mœurs et de vertus… L’homme est méchant, non parce qu’il est méchant, mais parce qu’on la rendu tel. » — « Voulez-vous408 savoir l’histoire abrégée de presque toute notre misère ? […] Cela est visible chez Descartes et dès son second pas (Théorie de l’esprit pur, idée de Dieu, preuve de son existence, véracité de notre intelligence prouvée par la véracité de Dieu, etc.).

939. (1864) Cours familier de littérature. XVII « XCVIIIe entretien. Alfieri. Sa vie et ses œuvres (3e partie) » pp. 81-152

Les lettres du poète et de la comtesse, emportées à Montpellier par Fabre après la mort des deux amis, lettres brûlées par la main sévère d’un troisième ami, puritain de décence, le prouvent. […] « Il n’est pas du tout prouvé, disent les défenseurs de la comtesse, que personne ait remplacé Alfieri dans son cœur. […] « Rome, mercredi 28 décembre 1803. » Ce scrupule d’inquiétude de Mme d’Albany prouve qu’elle redoutait quelques vérités pénibles racontées dans le public européen par un mot indiscret de Chateaubriand, dont elle sollicitait le silence.

940. (1868) Cours familier de littérature. XXVI « CLIVe entretien. Madame de Staël. Suite »

Faust maudit Méphistophélès avec fureur ; Méphistophélès accuse Faust avec sang-froid, et lui prouve que c’est lui qui a désiré le mal, et qu’il ne l’a aidé que parce qu’il l’avait appelé. […] « Il entend de loin murmurer une chanson qui prouve l’égarement de son esprit ; les paroles de cette chanson sont très-vulgaires, et Marguerite était naturellement pure et délicate. […] Le sort en est jeté, j’écris ce livre : qu’il soit lu par mes contemporains ou par la postérité, n’importe ; il peut bien attendre un lecteur pendant un siècle, puisque Dieu lui-même a manqué, durant six mille années, d’un contemplateur tel que moi. » Cette expression hardie d’un orgueilleux enthousiasme prouve la force intérieure du génie.

941. (1887) Revue wagnérienne. Tome II « Paris, le 8 mai 1886. »

Tous ces maîtres ont prouvé que la peinture pouvait, avec un égal bonheur, être descriptive de sensations réelles, ou suggestives de réelles émotions. […] Ses programmes étaient tout d’essai, et leur objet semblait être de prouver premièrement que Wagner était au moins aussi mélodique qu’aucun autre compositeur. […] Soldi prouve savamment, ce caractère réaliste de la première sculpture, et par quelles raisons elle fut modifiée.

942. (1887) Les œuvres et les hommes. Les philosophes et les écrivains religieux (deuxième série). IX « Proudhon » pp. 29-79

c’est lui-même ; car il prouve que, sauf lui, nul révolutionnaire n’a compris la Révolution. […] fait, par l’âme et la vie, avec Rousseau, le plus magnifique des contrastes, et si on avait besoin d’un argument contre Proudhon lui-même, le grand égalitaire, pour lui prouver qu’un homme n’est jamais l’égal d’un autre homme, on pourrait se servir victorieusement de celui-là. […] Il n’est pas irréprochablement superbe, comme ma critique va vous le prouver, mais il l’est d’inspiration vraie, profonde et indignée.

943. (1902) Symbolistes et décadents pp. 7-402

Longtemps nous ne pûmes espérer prouver à un critique que nous n’étions pas des Rose-Croix ; on nous objectait que les Rose-Croix se déclaraient symbolistes, que Péladan c’était presque Paul Adam. […] Jean Lahor, esprit distingué et cultivé, curieux, comme le prouve son Histoire de la littérature hindoue, n’a pas le sens absolu de l’écriture, soit en prose, soit en vers. […] Il eût aimé enseigner, instruire, prouver par de la pureté les bonnes intentions du grand Tout qui se crée lui-même ; il était adepte du bouddhisme moderne, — comme un apôtre, du christianisme. […] Je pense que l’incompréhension des critiques, devant cette œuvre, prouve suffisamment que nous sommes dans l’exceptionnel. […] Hugo et Lamartine vont plus vite et c’est eux les poètes d’une génération qui, par un singulier contraste, admet toute leur beauté verbale, et rejette leurs idées, comme le prouva juillet 1830.

944. (1903) Propos de théâtre. Première série

Arréat ne prouve guère que l’idéal moral soit plus élevé dans la littérature dramatique moderne que dans la littérature dramatique la plus ancienne, en revanche il prouve abondamment que le problème moral est le fond même de toute la littérature dramatique. […] Qu’est-ce que cela prouve ? […] On peut croire même, non pas qu’il les méconnût, les Examens de ses pièces et ses Discours sur le poème dramatique sont pour prouver le contraire, mais qu’il les aimait. […] Ce commencement de scène prouve précisément qu’Elmire ne s’y connaît aucunement en coquetterie. […] Tristes succès, succès de scandale, qui ne prouvent qu’un peu d’effronterie bien facile, et une soif honteuse de popularité malsaine.

945. (1882) Études critiques sur l’histoire de la littérature française. Deuxième série pp. 1-334

Il serait facile de prouver qu’ils l’étaient. […] Il ne nous paraît pas prouvé, c’est ici le cas de le dire, que la première des vertus de l’écrivain ou de l’orateur soit de n’avoir point de défaut. […] Allons, décidément, ce géomètre qui, voyant jouer Athalie, demandait : « Qu’est-ce que cela prouve ?  […] Un dernier fait au surplus semble bien prouver que le parlement agissait dans la plénitude indiscutable de sa compétence. […] Essaierai-je de prouver — par raison démonstrative — qu’elles n’auraient pas dû faire rire ?

946. (1774) Correspondance générale

Je sais tout ce que vous pouvez sur lui, et c’est inutilement que je lui prouverai qu’il a tort si vous lui dites qu’il a raison. […] Turgot le savait bien, et comme M. l’abbé Morellet l’aura prouvé, après M. l’abbé Beaudeau, M.  […] Je ne suis ni injuste, ni fou ; et peut-être, un jour vous prouverai-je que je serais l’un et l’autre. […] Hier je le prouvais au Baron au point de s’aller noyer, si l’éloquence et la vertu avaient encore quelque pouvoir sur nous. […] Cette lettre a été écrite au mois de juillet ou d’août 1766, comme le prouvent plusieurs faits qui y sont rapportés.

947. (1896) Les Jeunes, études et portraits

Il vient de prouver qu’il possède ce don si rare de la vision objective. […] Chose bizarre et qui prouverait assez bien l’inutilité des Révolutions ! […] Il prouve par son exemple que le métier d’écrivain ne déroge pas. […] Il y a fréquemment dans le dialogue de ces naïvetés qui prouvent assez que M.  […] C’est ce que prouve, par un frappant exemple, l’œuvre d’Annunzio.

948. (1778) De la littérature et des littérateurs suivi d’un Nouvel examen sur la tragédie françoise pp. -158

Oui, de ceux qui usurpent ce nom ou qui ont fait une seule brochure dans leur vie pour prouver qu’ils ne sont pas absolument des sots. […] Les travaux de l’Homme de Lettres ne peuvent plus être récompensés par l’argent ; & je le prouve par le fait. […] Chaque peintre a sa couleur comme son faire & son dessin ; ce qui le prouve, c’est que chaque homme ne voit pas également telle couleur. […] Rien n’est plus faux que les déclamations par lesquelles on prétend prouver que l’homme ne se corrige pas. […] Asyle de la liberté, les âmes fortes & généreuses y croîtront ou s’y rendront, & ce grand exemple donné à l’Univers, prouvera ce que peut l’homme, quand il met en dépot commun son courage & ses lumieres.

949. (1836) Portraits littéraires. Tome II pp. 1-523

Si son début était sans importance, nous n’en parlerions pas ; nos conseils prouvent assez notre sympathie. […] J’ai dit que l’auteur des Messéniennes n’était pas de son temps ; je crois la chose facile à prouver. […] Pour prouver la flexibilité de son talent, M.  […] j’espère le prouver. […] Il lui propose et lui promet de lui prouver l’infidélité de Rodolfo.

950. (1854) Causeries littéraires pp. 1-353

Elle profita trop de sa victoire, ou du moins elle parut attacher trop de prix à prouver qu’elle l’avait obtenue. […] Le hasard lui fait entendre une causerie confidentielle de Raoul, son mari, avec un de ses amis intimes, et ces confidences lui prouvent, hélas ! […] Femmes, enfants, mouchicks, boyards, popes, prélats, se jetèrent à ses pieds, et lui prouvèrent, non sans peine, que la Russie était perdue s’il n’acceptait l’empire. […] D’abord le choix du sujet prouve le goût de M.  […] Dante, Shakspeare et Milton n’ont prouvé que la force et la hauteur de leur génie individuel : leur langue et leurs conceptions sont barbares.

951. (1866) Nouveaux essais de critique et d’histoire (2e éd.)

Reynaud, l’âme créatrice de son corps, on est tenu de réfuter les faits qui prouvent combien elle est dépendante de ce corps. […] Il prouvera très-solidement à M.  […] Si la mort d’un enfant nouveau-né prouve la préexistence de l’âme humaine, la destruction des œufs de poisson prouve la préexistence de l’âme des poissons. […] M. de Chateaubriand changea de route et prouva le christianisme par des élans de sensibilité et des peintures poétiques. […] Qu’il prouve, et sa tâche est faite.

952. (1870) Causeries du lundi. Tome XI (3e éd.) « Notes et pensées » pp. 441-535

quel besoin de le prouver à tous ! […] Cousin, il est à côté : il déplace la question, et il ne prouve rien en disant qu’il n’a eu qu’à se louer du maître : lui, en effet, ne lui faisait pas concurrence, il était plus ou moins son disciple. […] La Rochefoucauld, dans une page célèbre, la plus longue qu’il ait écrite, le prétend et m’a bien l’air de le prouver. […] Veuillot, en ce seul passage, prouve qu’il n’a nul souci de la vérité ; car en ce qui me concerne il y a autant d’erreurs que de mots. […] Hugo avait prouvé qu’il savait comprendre toutes les gloires de la patrie ; sa conduite, en plus d’une circonstance, avait montré aussi qu’il était fait à la pratique de la liberté : son talent vivra et grandira avec elle, et désormais un avenir illimité s’ouvre devant lui.

953. (1866) Histoire de la littérature anglaise (2e éd. revue et augmentée) « Livre V. Les contemporains. — Chapitre IV. La philosophie et l’histoire. Carlyle. »

Sa passion pour le fait exact et prouvé. —  Sa recherche des sentiments éteints […] Il prouve que dans la transformation moderne des religions, deux sectes principales se sont élevées, surtout en Angleterre, l’une, celle des porte-guenilles, l’autre, celle des dandies. « La première est composée de personnes ayant fait vœu de pauvreté et d’obéissance, et qu’on pourrait prendre pour des adorateurs d’Hertha, la Terre ; car ils fouillent avec zèle et travaillent continuellement dans son sein, ou bien renfermés dans des oratoires particuliers, ils méditent et manipulent les substances qu’ils ont extraites de ses entrailles. […] Je voudrais faire lire le commentaire dont il entoure la chronique du moine Jocelyn1412 pour montrer l’impression qu’un fait prouvé produit sur une telle âme, tout ce qu’un vieux mot barbare, un compte de cuisine y soulève d’attention et d’émotion. « Le roi Jean sans-Terre passa chez nous, écrit Jocelyn, laissant en tout treize pence sterling pour la dépense (tredecim sterlingii). » « Il a été là, il y a été, lui, véritablement. […] Les premiers vont pas à pas, d’une idée dans l’idée voisine ; ils sont méthodiques et précautionnés ; ils parlent pour tout le monde et prouvent tout ce qu’ils disent ; ils divisent le champ qu’ils veulent parcourir en compartiments préalables, pour épuiser tout leur sujet ; ils marchent sur des routes droites et unies, pour être sûrs de ne tomber jamais ; ils procèdent par transitions, par énumérations, par résumés ; ils avancent de conclusions générales en conclusions plus générales ; ils font l’exacte et complète classification du groupe. […] Ces sceptiques croyaient à la vérité prouvée, et ne voulaient qu’elle pour maîtresse.

954. (1899) La parade littéraire (articles de La Plume, 1898-1899) pp. 300-117

Je trouve plus utile d’employer mon temps à leur prouver, par des ouvrages, que je suis digne de leurs injures, Permettez-moi néanmoins de répondre à M.  […] François Coppée, la courtoisie qu’il met à répondre aux invitations des directeurs de revue, et, après avoir raconté l’histoire abracadabrante de trois jeunes Belges à Paris (histoire qui prouverait l’extraordinaire ingénuité de M.  […] De Bouhélier et Le Blond sont animés des mêmes sentiments, mais ils ne les prouvent guère en les refusant à leurs aînés. […] L’expérience nous prouve assez, au reste, qu’ils y ont tous fait faillite : M.  […] » Voilà de singulières paroles, et qui prouvent de la légèreté sinon de la mauvaise foi.

955. (1868) Curiosités esthétiques « V. Salon de 1859 » pp. 245-358

Et je ne suis pas le seul qu’oppriment ces amères réflexions, croyez-le bien ; et je vous le prouverai tout à l’heure. […] Eh bien, il est un exemple qui prouve que l’imagination, quoique non servie par la pratique et la connaissance des termes techniques, ne peut pas proférer de sottises hérétiques en une matière qui est, pour la plus grande partie, de son ressort. […] Erreur qui pourrait être philosophiquement démontrée, si les faits ne nous prouvaient pas suffisamment le contraire, et si l’histoire de la peinture ne nous offrait pas des artistes impies et athées produisant d’excellentes œuvres religieuses. […] Ils ont prouvé que, même au xixe  siècle, l’artiste peut produire un bon tableau de religion, pourvu que son imagination soit apte à s’élever jusque-là. […] Ce qui prouve que M. 

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